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Jean 17, 1-11Par rolpoup :: dimanche 04 mai 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Le départ du Christ Actes, 1, 12-14 Psaume 27 1 Pierre 4, 13-16 Jean 17, 1-11 1 Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit: "Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie 2 et que, selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. 3 Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. 4 Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. 5 Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût. 6 "J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés et ils ont observé ta parole. 7 Ils savent maintenant que tout ce que tu m’as donné vient de toi, 8 que les paroles que je leur ai données sont celles que tu m’as données. Ils les ont reçues, ils ont véritablement connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. 9 Je prie pour eux; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés: ils sont à toi, 10 et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et j’ai été glorifié en eux. 11 Désormais je ne suis plus dans le monde; eux restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi. Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous sommes un. * Dans cette glorification du Christ annoncée par l’Évangile de Jean, le départ du Christ qui est sa mort, sa crucifixion, se superpose à son Ascension. Apparaissent deux plans : au premier plan la croix et la mort, à l’arrière plan, comme par transparence, l’Ascension. Dans l’Ascension comme dans la crucifixion, le Christ est « enlevé » (Actes 1:2). « Vous ne me verrez plus », disait Jésus de sa mort, puis « encore un peu de temps et vous me verrez », disait-il de sa résurrection (Jean 16:16). « Vous ne me verrez plus » : « une nuée le déroba à leurs yeux » (Actes 1:9), « puis vous me verrez encore » : bientôt la venue en gloire. L'Ascension, comme la mort, est tout d'abord la marque d'une absence — il ne faut pas imaginer cette élévation comme un déplacement local qui conduirait le Christ à une droite de Dieu « géographique » : Dieu est dans un au-delà infini : une élévation comme déplacement local durerait indéfiniment ! Et d'autre part, Dieu est universellement présent : la droite de Dieu est partout ! Et de plus le Christ ressuscité emplit lui-même corporellement toutes choses. L'Ascension est un départ, déjà signifié par la Croix. À l'arriète-plan du départ du Christ Dans le départ du Christ, c'est une réalité essentielle de la vie de Dieu avec le monde qui est exprimée : son retrait, son absence. Car si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même corporellement présent, il est aussi à l’instar du Père, comme absent, caché. Cette « absence » a plusieurs sens. Elle est d'abord signe de son règne, de ce que l'on n'a point de mainmise sur lui. Le rituel biblique exprime cela par le voile du Tabernacle, et celui du Temple, derrière lequel ne vient, et qu'une fois l'an, le grand prêtre. Ce lieu très saint a son équivalent céleste, comme nous l'explique l'Épître aux Hébreux (8:5) lisant l'Exode (25:40). Moïse devait établir le Tabernacle terrestre sur le modèle du Tabernacle céleste qui lui était présenté et dans lequel, selon l'Épître aux Hébreux, officie le Christ. C'est dans ce lieu très saint céleste qu'il est entré par son départ, départ avéré à sa mort, et, après ce premier retour qu'est sa résurrection, signifié à nouveau dans l'Ascension. Le Christ entre dans son règne et se retire, voilé dans une nuée. Un Dieu qui nous laisse la place Mais derrière l'expression de son règne, une autre signification transparaît en ce que nous sommes mystérieusement appelés à suivre le Christ dans le Tabernacle céleste. Nous aussi nous devons croître à son image, et entrer dans l'unité du Père et du Fils (Jean 17:11). C'est en ce sens que le départ de Jésus est en relation précise avec la venue de l'Esprit : « si je ne m'en vais pas, disait Jésus avant sa crucifixion, l’Esprit Saint ne viendra pas » (Jean 16:7). C'est que le don de l'Esprit est présence de l'Absent, présence dans l'absence, par l'absence, et partage de sa vie. Jésus présent, Jésus dans ce monde, est celui qu’on voulait fixer sur un trône palpable, lors des Rameaux, il est celui qu'on croyait fixer, par la crucifixion ; ou celui dont on voudrait se faire un Dieu commode, saisissable, visible, en somme. Or Jésus manifeste le Dieu insaisissable, invisible, celui qui nous échappe, qui échappe à nos velléités de nous en fixer la forme, d'en faire une idole ! Dès qu’il échappe aux hommes, ils lui en veulent. C’est là l’Esprit du monde. Le Saint-Esprit est celui qui nous communique cet impalpable, imperceptible présence de l'Absent, nous met dans la communion de l'insaisissable. C'est pourquoi sa venue est liée au départ de Jésus. La dépossession de nous-mêmes que suppose de don de l'Esprit est la dépossession de toute sagesse et puissance qu'a connue Jésus crucifié (1 Corinthiens 2:1-11 ; Philippiens 2:7). Dépossession qui doit aussi être notre part. Et cette dépossession correspond précisément à l'action mystérieuse de Dieu dans la création. Dieu créant le monde s'est retiré pour laisser la place au monde, pour que le monde puisse advenir. Et on lit dans la Genèse que Dieu est entré dans son repos. Dieu s'est retiré pour que nous puissions être, comme le Christ s'en va pour que vienne l'Esprit qui nous fasse advenir, devenir nous-mêmes en Dieu. Avec un risque terrible : Dieu retiré du monde y laisse de la place aussi au risque du mal, retirant en quelque sorte avec sa présence, aussi sa protection. Mais là est l'autre face de ce retrait ambivalent : Dieu est tellement saint, que sa pleine présence dans le monde détruirait le monde, son peuple y compris. Aussi son retrait a toute une dimension de charité, de charité souffrante : le départ du Christ, avant l'Ascension, est d'abord sa crucifixion. Mais alors, nous laissant la place, dans sa souffrance, il nous permet de devenir par l'Esprit saint ce à quoi Dieu nous destine, ce pourquoi il nous a créés. Venue du Royaume et don de l'Esprit Cela nous enseigne en parallèle ce qu'il nous appartient de faire en ces temps d'absence : devenir ce à quoi nous sommes destinés, en marche vers le Royaume. Alors, l'effusion de l'Esprit est prémisse (Romains 8:23) de la communication plénière de l'Esprit qui, à la venue du Christ en gloire, ressuscitera nos corps mêmes. Ce n'en est pas moins déjà la nouvelle effusion promise par les prophètes, une effusion générale (Joël 3 / Actes 2), et plus seulement sur Israël, mais sur tous les peuples (cf. Actes 8 et 10). C'est d'ailleurs là la nouveauté fondamentale, cette universalité, car en Israël, les vrais fidèles connaissaient la vie de l'Esprit auparavant (cf. par ex. Luc 2:25) — et des temps d'effusion, de Réveil. Dorénavant, dans cette nouvelle effusion, tous les peuples sont au bénéfice du don de Dieu : « élevé de la terre », le Christ « attire tous les hommes à lui » (Jean 12:32). Élevé de la terre c'est-à-dire crucifié, c'est aussi à dire glorifié (Jean 12:28). C'est à cette glorification qu'en appelle Jésus en Jean 17, afin que par sa connaissance partagée du Père, soit ouverte la vie éternelle (Jean 17:3). Cette connaissance, consolation, n'est autre que la communion à son humilité, à son entrée dans la condition de l'esclave, que nous sommes conviés à faire notre (Philippiens 2:4-6). L'achèvement de la création C'est en quelque sorte l'étape ultime de la création qui se met en place. Le jour s'approche de son entrée dans le repos de Dieu, le jour de l'apaisement qu'appelle les prières du peuple de Dieu dans la liturgie divine dans laquelle s'inscrivent dès lors les Apôtres (v.14). En se retirant, ultime humilité à l'image de Dieu, le Christ, Dieu créant le monde, nous laisse la place pour qu'en nous retirant à notre tour, nous devenions, par l'Esprit, par son souffle mystérieux, ce que nous sommes de façon cachée. Non pas ce que nous projetons de nous-mêmes, non pas ce que nous croyons être en nous situant dans le regard des autres. Devenir ce que nous sommes en Dieu qui s'est retiré pour que nous puissions être, suppose que nous nous retirions à notre tour de tout ce que nous avons pris l'habitude de croire de nous-mêmes, ou de nous mêler des affaires d’autrui, suppose que nous nous retirions de l'image qu'ont forgée de nous nos parents, nos maîtres, nos amis ou ennemis ; que nous nous retirions de la volonté de leur plaire, de les séduire ; que nous nous retirions aussi de notre volonté de nous différencier d'eux. L'Esprit de Dieu est celui qui insuffle en nous la liberté d'être tout et de n'être rien, de ne plus rechercher ce que nos habitudes nous ont rendu désirable, de ne plus aimer, ni haïr en réaction, ce que croyaient ou faisaient nos parents ou nos maîtres, ou ce qu'ils continuent de croire ou de faire. Le Christ lui-même s'est retiré pour nous laisser notre place, pour que l'Esprit vienne nous animer, cela à l'image de Dieu se retirant dans son repos pour laisser le monde être. À combien plus forte raison, devons-nous voir se retirer tous nos modèles et nos anti-modèles, tous nos désirs de plaire, ou nos volontés de nous démarquer. C'est là seulement que se complète notre création à l'image de Dieu. C'est là seulement qu'est notre entrée avec le Christ dans le Tabernacle éternel où nous sommes consacrés à officier dans le repos de Dieu. Hors cela il n'est que stérile agitation et poursuite de la vanité, fût-elle parée du nom chrétien. Que ce dimanche, qui sépare l'Ascension de la Pentecôte de l'Esprit, soit pour nous vraie occasion d'une prière de retrait en Dieu — de sorte que l'Esprit de Dieu lui-même soit le souffle qui nous fasse accéder à la liberté de devenir enfants de Dieu. R.P. Antibes 03.05.2008 Actes, 1, 1-14Par rolpoup :: jeudi 01 mai 2008 à 10:48 :: Dimanches & fêtes
L’Ascension Actes, 1, 1-14 1 J’avais consacré mon premier livre, Théophile, à tout ce que Jésus avait fait et enseigné, depuis le commencement 2 jusqu’au jour où, après avoir donné, dans l’Esprit Saint, ses instructions aux apôtres qu’il avait choisis, il fut enlevé. 3 C’est à eux qu’il s’était présenté vivant après sa passion: ils en avaient eu plus d’une preuve alors que, pendant quarante jours, il s’était fait voir d’eux et les avait entretenus du Règne de Dieu. 4 Au cours d’un repas avec eux, il leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, "celle, dit-il, que vous avez entendue de ma bouche: 5 Jean a bien donné le baptême d’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours." 6 Ils étaient donc réunis et lui avaient posé cette question: "Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël?" 7 Il leur dit: "Vous n’avez pas à connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité; 8 mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre." 9 A ces mots, sous leurs yeux, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs regards. 10 Comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se trouvèrent à leur côté 11 et leur dirent: "Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel." 12 Quittant alors la colline appelée Mont des Oliviers, ils regagnèrent Jérusalem-cette colline n’en est distante que d’un chemin de sabbat. 13 A leur retour, ils montèrent dans la chambre haute où se retrouvaient Pierre, Jean, Jacques et André; Philippe et Thomas; Barthélemy et Matthieu; Jacques fils d’Alphée, Simon le zélote et Jude fils de Jacques. 14 Tous, unanimes, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus. L'Ascension est un départ, déjà signifié par la Croix. L'Ascension, comme la mort, est tout d'abord la marque d'une absence. Cette « absence » a plusieurs sens.
Elle est signe du règne du Christ, de ce que l'on n'a point de mainmise sur lui. Le Christ entre dans son règne et se retire, voilé dans une nuée. « Il siège à la droite de Dieu. » Dieu est universellement présent : la droite de Dieu est partout ! Le Christ ressuscité emplit lui-même corporellement toutes choses. L'Ascension annonce aussi que le Christ s'est retiré pour nous laisser notre place, pour que l'Esprit vienne nous animer, cela à l'image de Dieu se retirant dans son repos pour laisser le monde être. « Peuples, battez tous des mains, acclamez Dieu par un ban joyeux. Car le SEIGNEUR, le Très-Haut, est terrible; il est le grand roi sur toute la terre » (Psaume 47, 1-2). Jean 14, 1-21Par rolpoup :: dimanche 27 avril 2008 à 10:33 :: Dimanches & fêtes
Jésus, dévoilement du Père Actes 8, 5-17 Psaume 66 1 Pierre 3, 15-18 Jean 14, 15-21 Jean 14, 1-21 1 "Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2 Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? 3 Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. 4 Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin." 5 Thomas lui dit : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ?" 6 Jésus lui dit : "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. 7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu." 8 Philippe lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit." 9 Jésus lui dit : "Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : Montre-nous le Père ? 10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres. 11 Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres. 12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. 13 Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils. 14 Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. 15 "Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; 16 moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. 17 C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. 19 Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi. 20 En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous. 21 Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m’aime : or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui." * * * Rappelons tout d’abord le contexte : Jésus va partir. Il va mourir. Et on sait de quelle façon. Alors il donne comme un Testament à ses disciples. Une promesse de consolation pour les temps difficiles qu’ils auront à traverser jusqu’à la venue du Règne de Dieu. Rappelez-vous ce que Jésus va leur dire : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. » (Jean 15, 18) Il n’a rien caché de ce qui attendait ceux qui le suivraient — mais il a empli cela de sa consolation : « Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu’ils vous rejettent et qu’ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel; c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. (Luc 6, 22-23) « Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous: c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes. » (Luc 6, 26) « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » (Matthieu 5, 10-12) « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite », annonce-t-il alors quelques versets après notre texte : « le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jean 15, 20) « L’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. » (Jean 16, 2) Tout cela est en vue derrière le premier verset de notre texte : « Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » (Jean 14, 1) On se trouve avec ce ch. 14 de Jean en présence d'un texte très connu, notamment le verset 6 — « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi », souvent isolé du contexte que je viens de rappeler. Il n’est pas question ici de conversion à une religion, mais d'entrée dans l'intimité du Père — et cela dans le contexte du départ de Jésus : « où je vais, vous en savez le chemin » (v. 4). Voilà qui donne un tour inattendu à ce verset. Par là, le disciple est appelé à venir, en Jésus, à une position semblable à celle de Jésus vis-à-vis du Père. * Quelque chose de très concret, et je vais prendre un exemple concret contemporain : outre la commémoration de déportation aujourd’hui-même, nous sommes ces temps-ci dans le quarantenaire de la mort de Martin Luther King (le 4 avril 1968). Il nous en reste une image heureuse, celui d’un combat remporté, dont le fruit se concrétise jusque dans le déroulement de l’élection présidentielle américaine actuelle. Ce qui se passe autour de Barack Obama n’aurait pas été possible sans le combat de Martin Luther King. Voilà ce qu’on en retient : un combat finalement heureux… au point qu’on en ignore presque le prix. Je ne parle pas seulement de l’assassinat du pasteur qui portait dans la non-violence son combat pour les Droits civiques. Je parle des affreuses calomnies par lesquelles on a voulu l’abattre — et qui aux yeux de certains souillent sa mémoire jusqu’à aujourd’hui — selon la formule attribuée à Goebbels : « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Et puisque c’est aujourd’hui la journée de la déportation, on voit à quel point tout se lie. On met à juste titre côte à côte ces deux grands témoins du XXe siècle, témoins de l’Évangile et de ses implications concrètes : l’allemand déporté Dietrich Bonhöffer et le combattant américain — deux combats pour la même cause : en Jésus Christ, il n’y a ni juif ni grec, ni « noir » ni « blanc », ni citoyen ni métèque... Vous êtes tous un en Jésus Christ. Calomnie, disions-nous. C’est la dernière arme, l’arme des lâches, qu’on a utilisée contre Martin Luther King — comme on a calomnié son maître en le traitant d’ivrogne de glouton, d’ami des prostituées et de traître à la patrie. Exactement les attaques calomnieuses qu’a endurées, avant lui, son Seigneur. Compte tenu de son combat et du contexte de la guerre froide, on l’a d’abord accusé de faire le jeu de l’Union soviétique (comme pour Jésus accusé de subversion politique, et de faire le jeu des Romains). Et lorsqu’on a vu que cela ne marchait pas, que cela ne tenait pas la route, on a voulu l’abattre en s’attaquant à sa vie privée, et si possible conduire son couple à la séparation (sachant ce que cela aurait pu entraîner de discrédit dans l’Amérique d’alors). Pour cela, on n’a rien négligé, l’accusant d’infidélité conjugale. Ayant mis des micros dans ses chambres d’hôtel, on a voulu l’accuser d’y faire venir des prostituées (accusation semblable à celles proférées contre Jésus) — et on a produit des enregistrements, qui ne prouvent évidemment pas les allégations dont on les a accompagnées en les envoyant à son épouse… En vain, mais ça aurait pu la déstabiliser. Dans un zèle persécuteur — quand on sait que jusqu’à aujourd’hui l’Amérique est prête à destituer un Président pour ce genre de fautes… —, ses ennemis ont aussi envoyé les allégations et les enregistrements au Vatican ! Maladresse de la haine : cela permet d’être assuré aujourd’hui que ces calomnies ne valaient rien — quand on sait que le Vatican, à cheval oh combien ! sur ce genre de choses, les a balayées d’un revers de main. Ce que visaient les ennemis de Martin Luther King dans leur zèle persécuteur, n’a fait rien d’autre que fournir la preuve de leur mensonge et de leur méchanceté. Calomnie !… mais vous verrez jusqu’à présent des films qui relèvent ces allégations sans prendre la peine de les réfuter (dans l’esprit des auteurs il est peut-être évident que c’est faux, mais la phrase de Goebbels a ainsi gardé écho dans le doute que les ennemis du pasteur ont voulu insinuer !) Illustration remarquable du discours d’adieu de Jésus et de ce à propos de quoi il promet la consolation de son Esprit. Il faut rien moins que l’Esprit saint pour survivre à de telles calomnies — « heureux serez-vous lorsqu’on dira contre vous toute sorte de mal à cause de moi ». « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » Voilà une parole qui dans son contexte, devient parole de consolation, qui annonce le Consolateur, l’esprit de vérité, « qui vous conduira dans toute la vérité » — au-delà des mensonges et des calomnies. Le disciple du Christ reçoit ainsi la promesse d’un Esprit, l’Esprit de Dieu, qui précède tous les temps et tous les mensonges, et qui ancre le disciple dans une vérité indestructible. Voilà une consolation indicible, vrai chemin de Vie — Chemin, Vérité et Vie. « Je suis le chemin et la vérité et la vie », promet Jésus. * Rappelons-nous que l'Évangile selon Jean débute par la présentation de la Parole éternelle, venue en Jésus Christ, qui demeure éternellement dans le sein du Père. Demeurer dans le sein du Père. Ce à quoi nous sommes appelés aussi. « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père » : c’est-à-dire que chaque disciple est appelé à vivre aussi lui-même, comme être unique, cette relation d'intimité avec Dieu qui est la Consolation de Jésus et celle des siens ; et cela dès aujourd’hui. Dans la présence de Dieu, les particularités individuelles de chacun sont appelées à devenir autant de signes du Dieu invisible, à l'image de Jésus. C'est pourquoi (v. 12), celui qui croit en lui fait aussi les œuvres du Christ. Et mieux, par l'accès à Dieu à présent dévoilé par Jésus, dévoilé dans sa glorification à la croix par sa résurrection, les œuvres des disciples en sont même plus grandes que celles d'avant de dévoilement en Jésus de ce qui se peut savoir de Dieu. De quoi d’autre témoigne un Martin Luther King, réconciliant l’irréconciliable ? — : œuvre immense à la suite de celle de son Maître et Seigneur. Cela parce que le dévoilement de Dieu en Jésus, scellé dans son départ, sa crucifixion, est attesté par sa résurrection : ici quand il parle de son retour — « lorsque je serai allé vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi » (v.3), — plutôt que de sa Parousie, de sa venue glorieuse, Jésus parle d’abord de sa résurrection. C'est là le retour qui suit son départ par la croix. Ce qui signifie que cette présence de ceux qui croient en la maison du Père ne renvoie pas tant à un après la fin des temps ou à un après la mort, qu'à un dès ici-bas. Ainsi, notre texte est immédiatement suivi par la promesse du don de l'Esprit saint. Car c’est bien ici bas que les disciples marchent dans le chemin de Vérité et de Vie — et c’est cela être disciple. Ce qui est donné à chacun dans sa résurrection, le fait qu'en Jésus se dévoile l'entrée dans l'intimité du Père est ce qui s'est alors manifesté dans le temps, sous la chair : en Jésus homme, Dieu s'est dit lui-même. Sa Parole est donnée, est faite chair. Tout ce qui se peut savoir de Dieu est dévoilé à la connaissance des disciples. Il s'agit là d'une connaissance concrète, dans laquelle on entre pour y prendre part. Il n'est pas question que de connaissance en un sens purement théorique (la « vérité » comme discours), mais de l’entrée dans un vécu — la Vie, dans l'intimité du Père, dès ici-bas. Une telle nouvelle a de quoi étonner, sachant combien nous demeurons, en même temps, des pécheurs. Mais c'est précisément là l'Évangile : il n'est d'entrée dans la vie du Père que par le Fils en qui il se dévoile. Et on sait que ce dévoilement est dans un cheminement qui débouche sur sa croix et par elle, sur la Vie. C'est en quoi Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Cette entrée dans l'intimité du Père qui se donne dans notre temps en Jésus, est le dévoilement du Dieu éternel. Par l'Incarnation, le Père se dévoile dans le Fils. Et l'éternité du Fils déborde infiniment sa stricte présence au temps. Lorsque dans le temps, Jésus parle ou agit, c'est le Père, qui dans l'éternité, est en train d'accomplir ses œuvres. Et en lui, cela vaut pour chacun de nous, cela donne à nos actions une portée éternelle. Témoin Martin Luther King, entre autres. « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père ». Cela signifie qu'entrer par le Christ dans la maison de Dieu veut dire, non pas tomber dans un déficit de vie, mais devenir pleinement soi-même, comme le Christ n'est pas moins homme de par sa communauté de nature avec Dieu, mais est au contraire pleinement homme. Il y a là ouverture possible à une cessation des morcellements de nos vies ; l'intimité du Père et du Fils fonde en effet dans l’Esprit saint la possibilité de vraies rencontres du prochain contre des vies désagrégées, atomisées, bardées de murs de désespoir. Vivre dans l'intimité de Dieu : devenir soi-même sous le regard du Père. Chemin de la rencontre du Père, manifestation de la vérité contre les masques, Jésus est aussi, et par là-même, la Vie. C’est la consolation qui nous est donnée par l’Esprit saint. R.P. Vence, 20.04.08 Antibes 27.04.08 Jean 14, 1-12Par rolpoup :: dimanche 20 avril 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Jésus, dévoilement du Père Actes 6, 1-7 Psaume 33 1 Pierre 2, 4-9 Jean 14, 1-12 1 "Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. 2 Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? 3 Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. 4 Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin." 5 Thomas lui dit : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ?" 6 Jésus lui dit : "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. 7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu." 8 Philippe lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit." 9 Jésus lui dit : "Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : Montre-nous le Père ? 10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres. 11 Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres. 12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. * Message central : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » Jésus annonce cela au moment de son départ : il va mourir. Et on sait de quelle façon. Alors il donne comme un Testament à ses disciples : une promesse de consolation pour les temps difficiles qu’ils auront à traverser jusqu’à la venue du Règne de Dieu. À suivre… : Voilà une parole qui, ainsi, devient parole de consolation, annonçant le Consolateur, l’esprit de vérité, « qui vous conduira dans toute la vérité » — et qui précède tous les temps d’où il ancre le disciple dans une vérité indestructible. Voilà une consolation indicible, vrai chemin de Vie — Chemin, Vérité et Vie. Jean 10, 1-10Par rolpoup :: dimanche 13 avril 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Histoire d’apprivoisement Actes 2, 14 & 36-41 ; Psaume 23 ; 1 Pierre 2, 20-25 Jean 10, 1-10 1 "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et ils les emmène dehors. 4 Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. 5 Jamais elles ne suivront un étranger ; bien plus, elles le fuiront parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers." 6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait. 7 Jésus reprit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. 10 Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. * * * Une histoire que raconte Jésus pour parler de lui-même comme d’un berger. Traditionnellement le berger évoque sans doute les moutons et les pâturages, mais aussi le roi d’Israël. Mais le roi qu’est Jésus est particulier, un roi qui ne vient « pas de façon à frapper les regards ». Voilà une histoire de berger où il est donc question de moutons et d’apprivoisement — les brebis connaissant sa voix. Moutons et apprivoisement. Ça ne vous rappelle rien ? « S'il vous plaît... dessine-moi un mouton ! » demanda le petit prince... Jésus nous parle ici de sa relation avec les siens — de deux façons. Selon la première, il est le berger, selon la seconde il est la porte. Il parle en paraboles, c'est-à-dire par une série d'images dont les détails n'ont pas de sens pour eux-mêmes, mais par rapport au centre qu'ils désignent. Ici ce sens est que Jésus est celui qui est dans une vraie relation d'intimité avec les siens, une relation telle qu'il en est responsable — jusqu'à donner sa vie. Car il n'y a pas de vraie relation d'intimité sans responsabilité. On a vu la semaine dernière comment la relation du Ressuscité avec les disciples d’Emmaüs se faisait dans moment d’intimité entre lui et eux. C'est ici que l'on rejoint le petit prince, mais pas dans ses dessins de moutons. Dans l'explication de la naissance d'une relation d'intimité — avec le renard. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||