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Page précédente / Page suivante Luc 4, 21-30Par rolpoup :: dimanche 31 janvier 2010 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
“l'an de grâce du Seigneur” (suite) : quel signe ? Psaume 71 Jérémie 1, 4-19 ; 1 Corinthiens 12, 31 – 13, 13 Luc 4, 21-30 21 Alors il commença à leur dire : "Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez." 22 Tous lui rendaient témoignage ; ils s’étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : "N’est-ce pas là le fils de Joseph ?" 23 Alors il leur dit : "Sûrement vous allez me citer ce dicton : Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie." 24 Et il ajouta : "Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. 25 En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Élie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ; 26 pourtant ce ne fut à aucune d’entre elles qu’Élie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. 27 Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien." 28 Tous furent remplis de colère, [dans la synagogue,] en entendant ces paroles. 29 Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. 30 Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin. * « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie ». De quoi s’agit-il ? Il s'agit de l’annonce par Ésaïe de la mise en place du Jubilé, an de grâce, selon cette loi biblique qui voulait que tous les 50 ans les compteurs soient remis à zéro. On devait alors libérer les esclaves, ne pas travailler pendant un an, redistribuer les terres acquises au cours des quarante-neuf années précédentes. Il s’agissait d’une véritable révolution périodique. (Lévitique 25, 11-18). Les négligences dans l'application de cette loi avaient valu selon les prophètes le départ du peuple en exil. C'est dans cette perspective qu'Ésaïe annonçait un an de grâce du Seigneur, celui qui verrait l'exil prendre fin — fin de l'exil liée donc à la prise au sérieux de la Loi… An de grâce du début du Royaume promettait Ésaïe, ch. 61, 1-2. « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez » vient de dire Jésus ! On aimerait quand même en voir les signes ! répondent ses auditeurs…
R.P. Luc 1, 1-4 & 4, 14-21Par rolpoup :: dimanche 24 janvier 2010 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
“l'an de grâce du Seigneur” Psaume 19, 8-15 ; Néhémie 8, 1-12 ; 1 Corinthiens 12, 12-31 Luc 1, 1-4 & 4, 14-21 : 1 Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, 2 d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole, 3 il m’a paru bon, à moi aussi, après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, d’en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile, 4 afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus. 14 Alors Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région. 15 Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire. 16 Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. 17 On lui donna le livre du prophète Ésaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit : 18 L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, 19 proclamer une année d’accueil par le Seigneur. 20 Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit ; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. 21 Alors il commença à leur dire : "Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez." » * Tel est le Jubilé, l’an de grâce inauguré par le Christ : Dieu nous invite à entrer de plain-pied dans ce temps de la grâce et dans sa liberté, en place dès aujourd'hui en Jésus-Christ. « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez. » À suivre… Nous datons nos années comme autant d'ans de grâce — « an de grâce 2010 », disons-nous ! —… Eh bien, il ne nous reste plus qu’à vivre ce que nous confessons de la sorte ! Qu’à en vivre la liberté !
R.P. Jean 2, 1-12Par rolpoup :: dimanche 17 janvier 2010 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Temps de fête… et autres temps Ésaïe 62, 1-5 ; Psaume 96 ; 1 Corinthiens 12, 4-11 ; Jean 2, 1-12 1 Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. 2 Jésus lui aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples. 3 Comme le vin manquait, la mère de Jésus lui dit: "Ils n’ont pas de vin." 4 Mais Jésus lui répondit: "Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore venue." 5 Sa mère dit aux serviteurs: "Quoi qu’il vous dise, faites-le." 6 Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs; elles contenaient chacune de deux à trois mesures. 7 Jésus dit aux serviteurs: "Remplissez d’eau ces jarres"; et ils les emplirent jusqu’au bord. 8 Jésus leur dit: "Maintenant puisez et portez-en au maître du repas." Ils lui en portèrent, 9 et il goûta l’eau devenue vin-il ne savait pas d’où il venait, à la différence des serviteurs qui avaient puisé l’eau, aussi il s’adresse au marié 10 et lui dit: "Tout le monde offre d’abord le bon vin et, lorsque les convives sont gris, le moins bon; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant!" 11 Tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. 12 Après quoi, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples; mais ils n’y restèrent que peu de jours. * Pourquoi faut-il que ce qui commence par des chants se termine dans la frustration, dans la tristesse, en manque du vin qui réjouit le cœur de l’homme ? Cette noce, par exemple, se terminera. À regarder plus loin, plus tard, elle se terminera mal comme toute noce, de toute façon par un deuil — il faudra se quitter lorsque, au mieux après la vieillesse, la mort viendra frapper. Il faudra bien quitter ce monde, se quitter l’un l’autre, arraché l’un à l’autre par la douleur de la mort, la joie tournera en deuil, comme la fête tourne court dans le manque de vin. Un reportage télévisé à Haïti montrait hier un nouveau marié dont le séisme a tué la jeune épouse. Le temps des célébrations joyeuses a été fauché par la catastrophe, laissant place aux larmes et à l’incompréhension…
Luc 3, 15-22Par rolpoup :: dimanche 10 janvier 2010 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Christ solidaire Ésaïe 40, 1-11 Psaume 104 Tite 2, 11-14 & 3, 4-7 Luc 3, 15-22 15 Le peuple était dans l’attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? 16 Jean répondit à tous : "Moi, c’est d’eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ; 17 il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas." 18 Ainsi, avec bien d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. 19 Mais Hérode le tétrarque, qu’il blâmait au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les forfaits qu’il avait commis, 20 ajouta encore ceci à tout le reste : il enferma Jean en prison. 21 Or comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait; alors le ciel s’ouvrit ; 22 l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel : "Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré." * Le baptême de Jésus : c'est le temps de la venue de cette bonne nouvelle que Jean annonçait et accompagnait d'exhortations, comme nous dit le texte (v.18), exhortations et appels à la repentance.
Matthieu 2, 1-12Par rolpoup :: dimanche 03 janvier 2010 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
“L’astre vint s’arrêter” Ésaïe 60, 1-6 Psaume 72 Éphésiens 3, 2-6 Matthieu 2, 1-12 1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent: "Où est le roi des Judéens qui vient de naître? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage." 3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître. 5 "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète : 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple." 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant: "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage." 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10 A la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. * « Voici que l'astre, que les Mages avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. » (v. 9) Étrangeté astronomique : "l’astre s’arrêta" ! Les Mages ont été conduits à l’humilité de l’enfant de Bethléem, et, chose inouïe, ce n’est pas à l’astre qui s’est arrêté qu’ils rendent hommage, mais à l’enfant. Ils “repartent alors par un autre chemin”. À suivre… Aujourd’hui s’arrêtent nos étoiles confuses, celles de nos religiosités, de nos soucis et de nos fardeaux. Nous voici devant à l’enfant qui nous a guidés jusque là : il nous appartient désormais de repartir “par un autre chemin”. Et… Bonne Année 2010 sur ce nouveau chemin ! Luc 1, 39-45Par rolpoup :: dimanche 20 décembre 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
“Tu es bénie entre les femmes” Michée 5, 1-4a Psaume 80 Hébreux 10, 5-10 Luc 1, 39-45 39 En ce temps-là, Marie partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. 40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. 41 Or, lorsque Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant bondit dans son sein et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit. 42 Elle poussa un grand cri et dit : « Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein ! 43 Comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? 44 Car lorsque ta salutation a retenti à mes oreilles, voici que l'enfant a bondi d'allégresse en mon sein. 45 Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira ! » * Après l’annonce angélique la concernant, on trouve ici Marie enceinte qui rend visite à sa parente enceinte elle aussi, miraculeusement elle aussi (Luc 1, 36). On a appris par ailleurs dès le début de l'Évangile que la famille d'Élisabeth et de Zacharie est une famille sacerdotale. Élisabeth est une descendante d'Aaron (Luc 1, 5). Zacharie son mari est prêtre. La visite de Marie correspond dès lors à ce qu'enseigne la Torah en matière de soupçon d’infidélité conjugale (Nombre 5) : un mari suspicieux devait faire appel à un prêtre. Ce que ne fait pas Joseph, mais Luc suggère ainsi que Marie fait indirectement attester par un prêtre la vérité de ce qui lui arrive. L’acclamation d’Élisabeth en témoigne : « tu es bénie entre toutes les femmes », s’exclame-t-elle à la vue de Marie. Cela signifie aussi, Élisabeth étant sa parente, que par Marie, Jésus se rattache à la lignée sacerdotale. Ce qui est sans doute loin d'être indifférent quand on sait que c’est Jean le Baptiste, le fils d'Élisabeth, qui le désignera (dans le quatrième Évangile) comme l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, fonction sacerdotale. Et Jean baptisera Jésus, baptême auquel Jésus donnera une signification sacerdotale. Or Jésus est présenté, par Luc lui-même, comme fils de David, et donc de tribu royale, par la généalogie, adoptive pour lui, de Joseph. De lignée royale, symbole nécessaire pour être le Messie, mais qui exclut a priori l'aspect sacerdotal, qui est pourtant capital pour ce qui s'avèrera être le plein sens de sa tâche messianique. La rencontre de Marie et d'Élisabeth est donc loin d'être indifférente. * Mais alors, si le fils d'Élisabeth est celui qui investi Jésus dans sa fonction sacerdotale en le baptisant, alors, et malgré sa célèbre réticence à le baptiser (selon son humilité devant celui dont il hésite même à « délier les sandales »), ne lui est-il pas supérieur dans l'ordre sacerdotal ? Face à cela, Jean hésite à le baptiser, et confesse, à nouveau dans le quatrième Évangile, que Jésus le précède de toute l'éternité : « il était avant moi », dit-il ! C'est la même idée que l'on retrouve ici. Jean, déjà dans le sein de sa mère, tressaille en la présence de la mère enceinte du Messie. Et la mère de Jean traduit, selon l'Esprit saint, précise le texte, le sens de ce tressaillement : « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni. Cela m'est un privilège que tu me visites ! » — « Bienheureuse celle qui a cru. » * « Bienheureuse parce que tel est le fruit de ton sein. » On retrouve plus tard, en Luc 11 (v. 27-28), une bénédiction semblable prononcée par une autre une femme : « Une femme, élevant la voix du milieu de la foule, dit à Jésus : Heureux le sein qui t’a porté ! Heureux les seins qui t’ont allaité ! Et il répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » Bénédiction similaire à celle d'Élisabeth, mais prononcée alors par Élisabeth dans l'intimité des commencements. * L'épisode du ch. 11 renvoie donc à ce ch. 1, à notre passage, et au v. 48, où Marie y fait elle-même écho : « toutes les générations me diront bienheureuse », disait Marie. Makaria, le même mot : la femme du ch. 11 entame l'accomplissement de la parole l’Élisabeth, et la parole de Marie sur elle-même : « toutes les générations me diront bienheureuse ». Et Jésus, lui, la renvoie à cette autre bénédiction que prononçait Élisabeth sur sa mère : en Luc 1, 45, elle prononçait : « heureuse celle qui a cru ». Et voilà qui nous renvoie aussi à toutes les grandes ancêtres, et en premier lieu à Sara, et à la promesse à Abraham. Espérer contre toute espérance, écouter la parole de Dieu et la garder pour la voir germer. « Heureux ceux qui écoutent la Parole et la gardent ». Et plus encore, ici : c'est le Fils de Dieu que Marie a porté. Ici Dieu a renversé tous les impossibles : on croirait savoir que les stériles n'enfantent pas, pas plus que les vierges ; on croirait savoir que les morts ne ressuscitent ni que les prophètes ne marchent sur les eaux ou que les pains se multiplient pour les pauvres ! * Et voilà que Dieu intervient ! Voilà que s'approche le temps où les souffrances prennent fin. Voilà que l'on découvre dans l'intimité de la rencontre de deux femmes, que Dieu, discrètement, prépare ce grand moment de façon cachée dans le sein d'une femme. Cela, Jean dans le sein de sa mère et Élisabeth à son tour, le pressentent : le jour de la délivrance approche. Ce jour que nous fêtons à Noël. Et Élisabeth a perçu le comment de l'accueil de cette délivrance : « heureuse celle qui a cru à l'accomplissement de la promesse. » Et elle est bien placée pour savoir, Élisabeth, elle, stérile mais qui a bénéficié pour sa part du miracle de l'enfantement. Mais le miracle fondamental, c'est bien sûr le mystère de la Parole. Cette Parole non seulement a fait germer le sein d'Élisabeth, et le sein de Marie —, mais c'est cette Parole-même que Marie porte en son sein, c'est le Messie par qui vient la délivrance. Élisabeth l'a compris. Son miracle à elle est là comme signe, comme tout autre miracle, jamais fin en soi. Marie, elle, porte une toute autre réalité. En elle la Parole se fait chair, pour porter toutes nos délivrances. Cette Parole est la Parole qu'il faut écouter et recevoir. Cette même Parole que Marie recevait et qui faisant fructifier son sein vierge, cette Parole est ainsi annoncée comme une semence, qui, contre tous les malheurs, est destinée à germer jusque dans le Royaume. L'intervention de Dieu n'est pas tant de l'ordre du coup d'éclat que du type de la semence. La semence d'une parole qui, reçue et gardée, produira des fruits inimaginables depuis le cœur de nos malheurs. La semence de la parole de Dieu dans le sein de Marie est celle du corps du Christ ressuscité. * Cette Parole engendre par le Christ des enfants qui ne sont pas nés de la chair ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. Au cœur des impossibles, c'est la Parole de Dieu seul qui fait germer son Royaume. Bienheureux non seulement le ventre qui a porté le Christ et le sein qui l'a nourri, mais quiconque reçoit cette Parole qui a le pouvoir de faire germer le Royaume de Dieu, où toute douleur se taira enfin. R.P. Antibes, 20.12.09 Luc 3, 3-6 & 10-18Par rolpoup :: dimanche 13 décembre 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Un baptême de conversion Sophonie 3, 14-20 Ésaïe 12 Philippiens 4 : 4-7 Luc 3, 3-6 & 10-18 3 Jean vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, 4 comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 5 Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ; 6 et tous verront le salut de Dieu. 10 Les foules demandaient à Jean : "Que nous faut-il donc faire ?" 11 Il leur répondait : "Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même." 12 Des collecteurs d'impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : "Maître, que nous faut-il faire ?" 13 Il leur dit : "N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé." 14 Des militaires lui demandaient : "Et nous, que nous faut-il faire ?" Il leur dit : "Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde." 15 Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : ne serait-il pas le Messie ? 16 Jean répondit à tous : "Moi, c'est d'eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu ; 17 il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas." 18 C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. La suite : ici...
Luc 3, 1-6Par rolpoup :: dimanche 06 décembre 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Un baptême de conversion Ésaïe 60 : 1-11 Psaume 126 Philippiens 1 : 4-11 Luc 3, 1-6 1 L'an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et Lysanias tétrarque d'Abilène, 2 sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. 3 Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, 4 comme il est écrit au livre des oracles du prophète Ésaïe : 5 Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ; 6 et tous verront le salut de Dieu. * Jean proclamait un baptême de conversion. Il est une question que l'on se pose peu, à la lecture de cela, tellement il nous semble évident que l'on sait de quoi il s'agit. Et pourtant, si on s'y arrête — proclamer un baptême de conversion : qu'est que cela peut bien signifier ? Il y avait une autre pratique baptismale dans le judaïsme du premier siècle, et qui existe toujours : c'est celle qui accompagne la conversion d'une famille au judaïsme. Lorsqu'une famille se convertit au judaïsme, tous ses membres sont baptisés : les hommes sont circoncis, et tous sont baptisés, hommes, femmes, enfants. Ceux qui naissent après cette conversion ne sont jamais baptisés : les garçons sont circoncis, et, estime-t-on, tous ont été baptisés lors du baptême collectif des parents, ou grands-parents, aïeuls, etc. On trouve trace de cette pratique dans l'Église primitive, et notamment chez Paul écrivant aux Corinthiens que les enfants nés d'un parent croyant sont « saints ». La même idée est derrière. L'appartenance à la communauté confère une participation à la sainteté du Dieu qui s'est allié avec elle. Ce qui est symbolisé, lors de l'entrée de la famille dans la communauté, par ce baptême communautaire. « Vos enfants sont saints », dit Paul aux Corinthiens, auxquels il dit aussi qu'il n'a pas voulu multiplier les baptêmes. « Vos enfants sont saints ». Une conviction, qui si elle atteste la légitimité du baptême des enfants, est aussi fort proche du risque que souligne Jean prêchant un baptême de conversion au bord du Jourdain. Rappelons-nous qu'il récuse la prétention de ses auditeurs de se réclamer d'Abraham pour se dire ipso facto purs ou saints. Ayant dit tout cela, on est mieux à même de comprendre ce qu'il en est de ce baptême de conversion. Conversion. C'est un mot que l'on peut traduire aussi par « repentir », ou, selon ce mot anglais devenu commun, « repentance ». Suivant le latin, le Moyen Âge disait « pénitence ». Autant de traductions approximatives de ce qui est littéralement « changement d'intelligence ». Jean prêchait un baptême de « changement d'intelligence », autrement dit « changement de compréhension ». À ce point, ayant vu la façon dont se comprenait le baptême — purification, au passage du paganisme extérieur à la sainteté de la communauté de l'Alliance — on est à même de mieux saisir ce qu'est ce baptême de changement d'intelligence, de changement de compréhension : vous pensez que le baptême est le rite qui vous a purifiés, ou plus précisément, qui a symbolisé votre purification ? Quel que soit l’âge où le baptême vous a été administré (« vous rendez vos prosélytes pires que vous », dira de même Jésus), votre venue à cette pureté qui est d'appartenir à la communauté d’Abraham ; et ici cela nous concerne aussi, concernant la communauté ecclésiale — si l’on pense que le baptême nous a acquis une garantie… Si vous pensez cela, eh bien ! vous vous trompez vous-mêmes, dit Jean. Changez votre compréhension. On n'est jamais assez bien purifié, même si on est le peuple avec lequel Dieu s'est allié. Alors Jean va un peu plus loin avec son baptême de conversion, repentance, changement d'intelligence en vue du pardon des péchés. Ce sont vos péchés qui vous éloignent de moi, dit Dieu. Vous qui prétendez être purs, qui l'avez symbolisé lors de votre entrée dans l'Alliance. Vous avez bel et bien besoin de confesser, de reconnaître que vous êtes impurs. C'est le nouveau sens que prend le baptême avec la prédication de Jean. C'est pour cela que Jean sera tellement gêné à l'idée de baptiser Jésus. Et Jésus qui dit : « laisse faire » ! Non pas que Jésus soit pécheur à l’instar des autres ! Mais il se solidarise avec les autres, nous autres. Mais du coup, aussi, on voit bien le sens du baptême de conversion, de repentance, de changement d'intelligence qui est celui de Jean, et c'est là que cela nous concerne tous. Si on veut comprendre le message de Jean, changer nos intelligences, vivre ce que Jésus y a vécu pour nous, il nous faut savoir que lorsque nous demandons le baptême pour nous ou pour nos enfants, nous sommes avant tout en train de dire que nous sommes des pécheurs, que nous reconnaissons que nous et nos enfants sommes des pécheurs. Depuis Jean, nous devons savoir que c'est cela que nous reconnaissons. Demander un baptême, c'est dire, à moins d'avoir rien compris et de devoir encore changer son intelligence —, depuis, demander un baptême, pour soi ou pour ses enfants, c'est dire : je suis un pécheur, moi et les miens ; je n'ai rien, moi et les miens, de brillant, dont je puisse me prévaloir devant Dieu. Alors évidemment, pour l'homme qui a entendu son appel dans le désert — et ce n'est pas pour rien que cela se passe dans le désert — ; pour Jean, dire cela, c'est prêcher dans le désert. Et pourtant, il ne faut pas se faire d'illusions : la venue du salut de Dieu est à ce prix. Dieu ne sauve que des pécheurs. Et ici la tortuosité — vous savez : « rendez droits ses sentiers », dit Jean — la tortuosité ne consiste pas à se savoir tordu, mais à se prétendre droit. Reconnaître être tordu est le premier pas pour être redressé. Se prétendre droit est le meilleur moyen de ne pas l'être, et de rester tordu. « Rendez droits ses sentiers ». Et comment la tortuosité est-elle redressée ? De la façon suivante : toute montagne, ou même colline — ou même taupinière, pourrait-on ajouter —, tout ce qui se prétend au-dessus des autres. Tout cela sera abaissé. Cela veut dire : humilité. Le salut de Dieu, c'est-à-dire la paix, est établi ainsi, et ne l'est pas autrement. * Alors, comment le salut de Dieu, qui naît avec la paix de Noël, qui naît tout petit avec l'enfant de la crèche — comment ce salut qui naît dans l'humilité peut-il venir sur la terre ? Si l'Avent est l'attente du Christ, si l'attente du Christ consiste à aplanir ses sentiers, comme le prêche le Baptiste, qu’est-ce qu’il peut en être de notre attente du Christ ? Jean proclame un baptême de changement d'intelligence pour préparer la venue du Seigneur, la venue de celui qui amène le salut de Dieu en venant tout petit à Noël. C'est ainsi que tous verront le salut de Dieu, et qu'il faudra donc bien vivre ensemble pour que règne sur la terre la paix de Noël. Sinon, et si le souvenir de notre baptême n'est pas aussi le rappel de la nécessité de ce changement d'intelligence, de la reconnaissance concrète de ce que pécheurs, même à petite mesure, nous pouvons être des obstacles à la venue du salut de Dieu ; si nous n'avons pas changé notre compréhension des choses au point de reconnaître que tortueux, nous avons donc besoin d'être redressés, alors Noël risque de ne rester pour nous qu’une affaire tristement consumériste. Mais nous le savons, Noël est aussi autre chose, et si nous l'avons compris, si notre intelligence est humiliée et entend la parole de Jean Baptiste, alors, Dieu peut être notre consolateur. N'ayons pas peur de venir à celui qui vient à nous comme un enfant pour nous donner sa paix, sans rien nous demander que, ravins ou montagnes, nous confessions être impuissants devant notre propre tortuosité. Alors le salut de Dieu s'est approché ; la paix de Noël, est là tout proche, offerte gratuitement. Celui qui vient à Noël nous a précédés, si bien que se dévoile un tout autre niveau de cette conversion, de ce retour selon le sens premier, retour à Dieu. Il s’agit de se convertir à cette lumière, de se tourner vers la lumière qui précède tout ce qui n’en est que l’ombre… Colossiens 1, 13-20 : 13 Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour; 14 en lui nous sommes délivrés, nos péchés sont pardonnés. 15 Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, 16 car en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, […] 18 Il est le commencement, Premier-né d’entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang. 19 Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude 20 et de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux […]. C’est encore l’appel du prophète Ésaïe (60, 1-3) : 1 Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du SEIGNEUR sur toi s'est levée. 2 Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. 3 Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever. R.P. Luc 21, 25-36Par rolpoup :: dimanche 29 novembre 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Dies irae Jérémie 33, 14-16 Psaume 25 1 Thessaloniciens 3, 12 – 4, 2 Luc 21, 25-36 25 "Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les nations seront dans l’angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation, 26 tandis que les hommes défailliront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées. 27 Alors, ils verront le Fils de l’homme venir entouré d’une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire. 28 "Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche." 29 Et il leur dit une comparaison : "Voyez le figuier et tous les arbres : 30 dès qu’ils bourgeonnent vous savez de vous-mêmes, à les voir, que déjà l’été est proche. 31 De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Règne de Dieu est proche. 32 En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout n’arrive. 33 Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. 34 "Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que vos cœurs ne s’alourdissent dans l’ivresse, les beuveries et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste, 35 comme un filet ; car il s’abattra sur tous ceux qui se trouvent sur la face de la terre entière. 36 Mais restez éveillés dans une prière de tous les instants pour être jugés dignes d’échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme." * Voilà qui renvoie à des perspectives bien sombres, celles qu’annonçait la prophétie de Sophonie 1, 15 : « Jour de colère que ce jour, jour de détresse et d'angoisse, jour de désastre et de désolation, jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuée et de sombres nuages ». Ce texte de Sophonie est derrière la prophétie de Jésus que nous venons de lire dans l’évangile de Luc, derrière la colère de Dieu de l’Apocalypse, et il a inspiré des réflexions jusqu’au cœur du Moyen Âge, comme le Dies Irae (en français : Jour de colère), célèbre poème apocalyptique écrit en langue latine sur le thème de la colère de Dieu et du Jugement Dernier — rattaché au texte liturgique de la messe de Requiem. (Certains attribuent ce poème au frère franciscain Thomas de Celano - 1200-1260 - ; mais sa présence dans un manuscrit de la fin du XIIe siècle semble en faire un texte plus ancien) — http://fr.wikipedia.org/wiki/Dies_Irae_(poème) Bref… Je cite la première partie du Dies Irae : Jour de colère, ce jour là Quelle terreur nous saisira, L'étrange son de la trompette, La Mort, surprise, et la nature, Le livre alors sera produit, Lorsque le Juge siégera, * Je laisse là le Dies Irae pour l’instant. Je vais y revenir. Le Dies Irae parle, comme Sophonie et notre texte de l’évangile de Luc, de la colère de Dieu. Voilà qui est troublant, sachant ce qu’est la colère ! Colère de Dieu ? Dieu en proie à une des racines de tout péché ? Puisque la colère est un des fameux péchés dits péchés-racines ou péchés capitaux, et elle n’en est pas un des moindres ! Où, parlant de Jour de colère de Dieu, il faut faire un détour par là pour ne pas confondre ! * Un contemporain de Jésus, Sénèque (-4 - +65) philosophe de l'école stoïcienne, et précepteur de Néron — il est donc bien placé en regard des menaces romaines qui sont à l’arrière plan de la prophétie de Jésus — ; Sénèque, précepteur de cet empereur capricieux et donc sujet à la colère, a écrit un ouvrage Sur la colère (De Ira). Je le cite : L'homme en proie à la colère, écrit Sénèque (Livre I) n'a plus toute sa raison. Certains la nomment courte folie. On ne peut la cacher : elle se donne à voir et éclate à découvert. Quelques siècles auparavant, Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.), disait que la colère — contrairement à la volonté qui est le désir d'un bien accompagné de raison — ; la colère est irraisonnée. Désir de vengeance, elle est le contraire du calme. Le calme est un retour de l'âme à l'état normal et un apaisement de la colère. Elle peut et doit retomber. Et dit-il : C’est là la colère de l’homme (qui, rappelle Jacques 1, 20, « n’accomplit pas la justice de Dieu » !) ; la colère des hommes étant abdication de la raison. C’est ainsi que ce qu’on appelle un peu imprudemment la colère de Jésus chassant les marchands du Temple ne le laisse à aucun moment abdiquer sa raison. La force d’indignation de cette colère-là ne le fait pas basculer en deçà du contrôle de lui-même ! De même l’attribution à Dieu, seul sage, de la colère, ne nous dit pas qu’il perd la raison ! — mais nous permet de comprendre, comme en image, à quel degré de dégradation est tombée l’humanité censée être à son image ! Et dès lors la perspective de la colère de Dieu nous invite à veiller contre la nôtre ! Puisque ce texte nous conduit — on va le voir — au Gethsémani ; au moment où Jésus invite les siens à veiller. Cette vigilance dont Pierre va bientôt manquer en cédant à la colère qui le verra blesser gravement le soldat venu arrêter Jésus. Pierre qui n’a pas compris alors que la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. Pierre qui auparavant s’est fait traiter pour cela même de satan, dont l’homme en colère est la proie : ce n’est pas la colère de l’homme qui accomplit la justice de Dieu (qu’évoque ce qu’en image on appelle sa « colère »), ce n’est pas la colère de l’homme qui accomplit la justice, mais la croix, que la colère de Pierre voudrait éviter à Jésus ! À l'époque où Jésus donne la prophétie rapportée dans ce texte de Luc, son pays est sous domination romaine depuis 63 av. J.C., donc depuis presque une centaine d'années. La Judée a cessé d'être un royaume juif depuis la mort d'Hérode le Grand, en 4 av. J.C., environ trente ou quarante ans avant. Lorsque César Auguste chasse de son trône le fils d'Hérode, Archélaüs, en 6 ap. J.C., il nomme à sa place un procurateur romain. Le procurateur de Judée est le fameux Ponce-Pilate, qui quelques heures plus tard participera au jeu des dirigeants de la région se renvoyant les responsabilités lors du procès de Jésus. C'est donc sur cette Palestine juive déjà largement soumise aux Romains que Jésus prophétise. Question de lucidité sur la continuation probable de l'évolution de la situation, jusqu'à la ruine de Jérusalem : Dieu est las de notre état. Le jugement ne tardera plus à tomber comme l'évolution du pays n'en laisse que peu de doutes. Le filet va bientôt s'abattre, comme ultimement il s’abattra sur tous. Jour de colère divine. * C'est dans le cadre de cette menace que Jésus enseigne ses disciples à percevoir, du cœur de la douleur, le signe de l'inespéré, le signe de sa venue en gloire ; et enseigne pour la même occasion aux adeptes du « tout va bien » — du moins à ceux qui voudraient bien entendre sa voix à travers les musiques de leurs fêtes, — que les temps ne sont pas à la fête. Jésus appelle ses disciples à se placer dans la joie de l'inespéré au cœur de la détresse qui va les frapper. C'est au cœur de tout cela que la parabole du figuier vient se placer dans ce texte, comme une vraie parole de consolation : lorsque la détresse aura atteint une intensité insurmontable, alors, loin de devoir désespérer, vous saurez que vous avez là le signe de la venue du Royaume, de la consolation de Dieu. De même que pour le figuier : lorsque les pousses deviennent tendres, vous savez que l'été est proche : l'été et non pas l'hiver. De même, lorsque la détresse devient insupportable, au point que non seulement Jérusalem est ravagée, mais que les puissances des cieux même en viennent à trembler, que le soleil et la lune palissent et que les étoiles s'effondrent ; au sein même d'une telle détresse, sachez percevoir la promesse de Dieu, sachez voir en cette détresse le signe de la venue du Prince de la consolation, prêt à envoyer ses anges pour le bonheur de ses élus rassemblés à l'ombre du figuier dans l'été qui s'approche. En tout cela, c’est bien sûr d’abord de la catastrophe de 70 qu’il est question : la ruine de Jérusalem et la destruction du Temple qui marque la fin du monde et annonce dès lors le temps du Royaume. Jésus invite à savoir entendre, du cœur de la détresse, la consolation du figuier : l’été s’approche. Cela dit, n'allons pas penser, puisque les événements, sur le plan historique, touchent l'Israël du premier siècle, que les avertissements de Jésus ne nous concernent pas, et que du coup, dorénavant « tout va bien ». Ne nous y trompons pas, les temps ne sont jamais à la fête pour les pèlerins de l'exil. Et plus l’histoire avance dans les ténèbres de la fin déjà advenue en 70, plus le temps du filet est proche. « Veillez et priez en tout temps », dit Jésus (v.36) à ses disciples. Le Seigneur viendra à l'heure où nous n'y penserons pas, puisque ce jour est ignoré de tous. Sur nous aussi, le filet va bientôt tomber. Où en sera le serviteur que le Maître trouvera, à sa venue, préoccupé d'autre chose que de veiller, à autre chose qu'à sa tâche de vigilance ? La vigilance est ce qui rend pleinement disponible au maître, qui peut venir d'un moment à l'autre. Sommes-nous disponibles ? — à quoi que nous demande le maître ? Recevoir cette disponibilité n'est pas sans difficulté, peut-être même douleur. Ce monde offre un sommeil qui peut nous cacher l'espérance. Il risque même de nous rendre amère l'espérance de la Vérité. La question qui nous est posée encore aujourd'hui est celle de savoir où est notre trésor, et l'ayant trouvé, comme l'homme de la parabole ayant trouvé un trésor dans un champ, si nous le jugeons suffisamment précieux pour tout lui sacrifier. Plus précieux que nos biens passagers. Le Royaume des cieux et sa justice, tel est le vrai trésor. Le Royaume de Dieu qui ne va pas sans sa justice. Y aurait-il dans le Royaume le même déséquilibre que dans le monde de l'injustice ? La justice de Dieu que la colère de l’homme n’accomplit évidemment pas, vient dans les heures qui suivent notre texte : par la croix : Dieu qui accomplit la justice par sa miséricorde déployée à la croix. C’est la qu’est advenu le jour, l’heure que nul ne connaissait. La puissance et la gloire du Fils de l’homme déployées… à la croix. Le Règne de Dieu venu avec puissance. C’est ce qui rend urgente la vigilance, la prière du cœur : entre dans ta chambre, la chambre de ton cœur, seul avec Dieu, au pied de la croix. La vigilance à laquelle nous sommes appelés concerne la justice du Royaume que Jésus a dévoilée à la croix, où il nous invite à la rechercher. Une justice qui consiste en un autre exercice de nos tâches, selon d'autres règles. Cela peut aller à y regarder de près jusqu'au partage concret des richesses, matérielles et spirituelles, qui qualifient nos tâches. À nous de discerner quelles sont les responsabilités précises que Dieu nous a confiées, en fonction des richesses, matérielles comme spirituelles, qu'il nous a octroyées. Serons-nous de ceux qui ne se seront pas endormis du sommeil de ce monde ? Demain, tout à l’heure, le filet s'abattra sur nous. « Veillez donc », pour être debout devant le Christ en croix, disponibles à Dieu, à tout appel qu'il peut vous adresser, à l'appel qu'il vous adresse en ce moment ! Je reprends le Dies Irae en sa deuxième partie, qui souligne aussi combien c’est à la croix que s’est accomplie la colère miséricordieuse de Dieu : Dans ma misère, alors, que dire ? Roi de majesté redoutable, Rappelle-toi, Jésus très bon, À me chercher tu as peiné, Tu serais juste en condamnant, Vois, je gémis comme un coupable Tu as absout Marie de Magdala Mes prières ne sont pas dignes, Parmi tes brebis place-moi, Si les méchants, couverts de honte, En m'inclinant je te supplie, Jour de larmes que ce jour là, Daigne, mon Dieu, lui pardonner. R.P. Verdi - Requiem, "Dies Irae" :
Marc 13, 24-32Par rolpoup :: dimanche 15 novembre 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
“Le Fils de l’Homme est proche” Daniel 12, 1-3 Psaume 16 Hébreux 10, 11-18 Marc 13, 24-32 24 "Mais en ces jours-là, après cette détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne brillera plus, 25 les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. 26 Alors on verra le Fils de l’homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire. 27 Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel, il rassemblera ses élus. 28 "Comprenez cette comparaison empruntée au figuier : dès que ses rameaux deviennent tendres et que poussent ses feuilles, vous reconnaissez que l’été est proche. 29 De même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il est à vos portes. 30 En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. 32 Mais ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père. * Avant le signe de la délivrance, le signe du Fils de l’Homme, il est question d’une détresse incomparable. Une détresse qui débouche sur des ténèbres incommensurables : « le soleil s’obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées » (v. 24-25). Voilà qui donne une mesure de la détresse, de l’épaisseur des ténèbres, qui vont, au sens spirituel, jusqu’à la perte du sens de Dieu… Que symbolise d’autre cette parole : « le soleil s’obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées » ? Il n’est pas simplement question d’un temps nuageux et de prévisions d’une météo sombre à rendre les astres invisibles ! Quelque chose de plus grave est en question, un véritable enténèbrement spirituel… Où derrière l’annonce que fait Jésus de la destruction de Jérusalem et de la profanation du Temple, souillé par l’abomination de la désolation (cf. v. 14) — se profile la vision d’un monde comme abandonné de Dieu, un monde sans Dieu, ou, littéralement, a-thée. Cela dans le cadre étrangement paradoxal de la promesse du Royaume de Dieu — comme en écho à la parole des anciens prophètes : « jour de ténèbres et non de lumière ». Ou si la lumière vient, c’est bien comme dévoilement inattendu depuis le cœur des ténèbres : « Alors on verra le Fils de l’homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire. » (v. 26) Au jour même de ces ténèbres, « il enverra les anges et, des quatre vents, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel » (v. 27). * Or c’est là précisément qu’est donné le signe de la venue de la délivrance, comme les pousses du figuier annoncent l’été (v. 28). Les signes comparés aux premières pousses, ce sont les ténèbres et l’épaisseur de la détresse — une détresse spirituelle profonde, d’une profondeur telle qu’elle atteint à la perte du sens de Dieu, débouchant sur un temps sans Dieu, a-thée, pour le dire littéralement. « Quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il est à vos portes » (v. 29). * Mais alors qu’en est-il de cette déclaration solennelle de Jésus, faite juste après (v. 30) : « en vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive » ? Certes, et bien sûr, il est question de la destruction de Jérusalem en 70 et de la profanation du Temple, advenue précisément au terme de la génération d’alors (40 ans après). Mais apparaît aussi une dimension intemporelle de l’annonce de la détresse, et de la promesse dont la détresse est le signe ! Ainsi, est-on jamais allé plus loin dans la perte du sens de Dieu, s’est-on jamais plus avancé dans un monde sans Dieu, a-thée littéralement, qu’au XXe siècle ? Et cela au départ dans la recherche d’un Royaume dont l’Église semblait avoir abandonné l’espérance, au point les peuples en proie à la misère et à l’injustice l’ont attendu au terme d’un combat humain qui a fini par butter sur le mur de Berlin (aujourd’hui dans l’actualité des commémorations des 20 ans de sa chute). Le signe des temps donné par Jésus ne prend-il pas, alors, tout son sens — au terme des dérives tragiques de l’espérance — « quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’il est à vos portes » (v. 29) ? Et que dire de la copie grimaçante de cette espérance échouée, copie heureusement renversée en 1945, image d’une bête parlante et hurlante ensanglantant le continent et voulant abattre définitivement tout signe de Dieu jusqu’en la destruction de quiconque témoigne de son nom, fût-ce malgré lui ? * Mais alors, à nouveau, qu’en est-il de l’annonce de Jésus : « cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive » (v. 30) ? Eh bien, la résolution de toutes les détresses, au cœur de laquelle est la perte du sens de Dieu, cette résolution dont le dévoilement vient au terme des détresses les plus épaisses, va être donnée dans les jours qui suivent la prophétie de Jésus, au sein même de la génération à laquelle il s’adresse —, la croix : voilà le signe de l’approche de l’été, de la venue du Royaume. Le cœur des ténèbres qui s’est épaissi jusqu’en la perte du sens de Dieu, jusqu’au XXe siècle, et — Dieu nous garde, sera-t-il le pire de l’histoire ? — ce cœur des ténèbres Jésus va le traverser pour nous dans quelques jours — « mais ce jour ou cette heure, nul ne les connaît » (v. 32) alors — ; Jésus va les traverser du jeudi au vendredi saint, dans la semaine qui suit. Les ténèbres, et les ténèbres spirituelles, atteignent alors une intensité telle qu’il n’y en a jamais eu et qu’il n’y en aura plus : le Fils de Dieu lui-même — selon ce que confesse alors un païen, centurion romain — traverse les plus intenses ténèbres spirituelles qui se puissent concevoir. Je lis dans ce même évangile de Marc, quelques pages plus loin, ch 15, v. 33-38 : 33 A la sixième heure, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. 34 A la neuvième heure, Jésus cria : Eloï, Eloï, lema sabachthani ? ce qui se traduit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? 35 Quelques-uns de ceux qui étaient là l'entendirent ; ils disaient : Tiens, il appelle Élie. 36 Quelqu'un courut remplir de vin aigre une éponge et la fixa à un roseau pour lui donner à boire, en disant : Laissez, voyons si Élie va venir le descendre de là. 37 Mais Jésus laissa échapper un grand cri et expira. 38 Le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas. 39 Voyant qu'il avait expiré de la sorte, le centurion qui était là, en face de lui, dit : Cet homme était vraiment Fils de Dieu. C’est là qu’est le signe promis : une détresse incomparable, celle du Fils de Dieu rejoignant, faisant siennes, toutes les détresses du temps, toutes nos détresses, jusqu’au cœur des ténèbres spirituelles, jusqu’à la perte du sens de Dieu. Il a ainsi rejoint l’humanité sans Dieu, a-thée, fait semblable aux humains athées au moment même de sa mort : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Et c’est ainsi qu’il est devenu le salut de tous les hommes, Sauveur du monde jusqu’en ses profondeurs les plus sombres. Et c’est ainsi que la croix est devenue le signe du Fils de l’Homme venant « dans la plénitude de la puissance et dans la gloire » (v. 26). Parce qu’il a partagé le cœur de plus intense de nos ténèbres : telle est la bonne nouvelle que nous ne pouvions même pas concevoir. Quand nos détresses spirituelles nous ont réduits aux ténèbres et à la plus totale impuissance, quand on ne sait plus même comment croire, alors la délivrance est proche : c’est dans ces ténèbres mêmes qu’il nous a rejoints sur la croix jusqu’au gouffre de la mort : sachez donc que « le Fils de l’homme est proche », tout proche… R.P. Page précédente /
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