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Matthieu 13, 1-23Par rolpoup :: dimanche 13 juillet 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Le semeur Ésaïe 55, 10-11 ; Psaume 65 ; Romains 8, 18-23 Matthieu 13, 1-23 1 En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer. 2 De grandes foules se rassemblèrent près de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit; toute la foule se tenait sur le rivage. 3 Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. "Voici que le semeur est sorti pour semer. 4 Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin; et les oiseaux du ciel sont venus et ont tout mangé. 5 D’autres sont tombés dans les endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre; ils ont aussitôt levé parce qu’ils n’avaient pas de terre en profondeur; 6 le soleil étant monté, ils ont été brûlés et, faute de racine, ils ont séché. 7 D’autres sont tombés dans les épines; les épines ont monté et les ont étouffés. 8 D’autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. 9 Entende qui a des oreilles!" 10 Les disciples s’approchèrent et lui dirent: "Pourquoi leur parles-tu en paraboles?" 11 Il répondit: "Parce qu’à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, tandis qu’à ceux-là ce n’est pas donné. 12 Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. 13 Voici pourquoi je leur parle en paraboles: parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre; 14 et pour eux s’accomplit la prophétie d’Ésaïe, qui dit: Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. 15 Car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur, et pour ne pas se convertir. Et je les aurais guéris! 16 "Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent. 17 En vérité, je vous le déclare, beaucoup de prophètes, beaucoup de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu. 18 "Vous donc, écoutez la parabole du semeur. 19 Quand l’homme entend la parole du Royaume et ne comprend pas, c’est que le Malin vient et s’empare de ce qui a été semé dans son cœur; tel est celui qui a été ensemencé au bord du chemin. 20 Celui qui a été ensemencé en des endroits pierreux, c’est celui qui, entendant la Parole, la reçoit aussitôt avec joie; 21 mais il n’a pas en lui de racine, il est l’homme d’un moment: dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe. 22 Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit. 23 Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et comprend: alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente." * Le thème du semeur de Matthieu, Marc et Luc, est en quelque sorte l'équivalent en parabole, du thème de la naissance d'en haut dans l'Évangile de Jean — ou l’enfantement du monde en Romains 8. Autant de façons de référer aux textes prophétiques en parlant sous différentes images d'inscription de la loi dans les cœurs et du fait que cela nous échappe et ne vient pas de nous. Diverses questions sont alors posées, depuis la question du formalisme religieux et spirituel (auquel on peut quelque chose) ; Jésus y oppose une foi qui ne soit plus seulement formalisme identitaire, mais véritable lieu de la régénération des intelligences (à quoi on ne peut rien). Ici c'est l'Esprit de Dieu qui précède tout mouvement de la foi. Et nous fait perdre tout pouvoir sur nous. Depuis cette question jusqu’à celle — puisqu’il s’agit d’une parabole du Royaume — de la façon dont vient le Royaume : à savoir par l’effet d’une parole sur laquelle et sur les effets de laquelle nous n’avons aucun pouvoir. Cette parabole nous conduit au cœur du mystère du salut. Le passage de la chair au Règne de Dieu n'est pas en notre pouvoir. Tout comme le vent souffle où il veut, tout comme on ne peut pas naître de nouveau par la force de la volonté, nul ne peut préjuger du fruit d’une semence ni expliquer la raison finale de sa germination. Tout au plus Jésus renvoie-t-il à l’analogie des différents terrains sur lesquels tombe la semence. C'est la semence de cette parole que le semeur, au-delà de nos volontés et de nos refus, vient répandre en nous. Est-ce parce que cet ensemencement fait peur, au fond, que ceux qui le craignent préfèrent se boucher les yeux et les oreilles, comme le dit Jésus citant Ésaïe (6, 9) ? On retrouve une idée équivalente à cette naissance d'en haut ou à cet ensemencement mystérieux dans quelques autres textes du Nouveau Testament. Cela sous des termes qui en sont assez proches, traduits généralement par "régénération". Comme avec la "régénération" des individus ou du monde, mais plus précisément encore, on est avec le semeur dans le cadre d'une image jardinière, agricole. Ici, dans la parabole du semeur, ne pas voir et de ne pas entendre s'exprime via trois images — de la non-éclosion de la parole : - ôtée par le diable, - mal perçue, considérée comme réjouissante (ne pas croître commence par la joie), et dès lors pas enracinée, - étouffée par les soucis ou l'attrait des richesses, en un mot, la peur. Les trois causes ne renvoient pas à trois catégories de personnes, mais à trois aspects, ou trois degrés de notre incapacité à recevoir la parole dont on sent bien qu'elle écartera tout ce que l'on voudrait préserver en nous : si le grain ne meurt pas, il ne portera pas de grain à son tour... dit Jésus ailleurs. Pour des paysans entendant « semence », ils peuvent penser à tout cela. En tout cas, l’absence de maîtrise des divers éléments ne leur échappe pas. Pas en notre pouvoir. Il s’agit de lâcher prise. Comme le grain doit disparaître pour germer. Qu'il est terrible de lâcher ce que l'on a passé sa vie à établir patiemment ! C'est pourtant ce que suppose le fait de comprendre la Parole : alors seulement, le fruit que nous attendons se préparera. Mais pour cela, il faut se perdre. Perdre l’idée de notre maîtrise des choses — même nous concernant ! Voilà donc pour quelques aspects de la semence ; notons encore, concernant le semeur plutôt que la semence, du coup, que lui-même, le semeur, est contraint ici à une humilité que devrait méditer tout prédicateur : ne faire que semer, sans autre pouvoir que celui d’attendre et au mieux, d’arroser, mais encore pas trop : ça peut faire pourrir ! * Voyons les empêchements à la germination et à l’éclosion, mentionnés par Jésus. Le diable, la joie et les soucis — que signifient le bord du chemin et les oiseaux, la superficialité du terrain, et les épines du terrain qui en est envahi. Notons à nouveau que le semeur n’y peut rien. Et les bénéficiaires de la semence, de la parole, non plus. Nous n’y pouvons rien. Ce qui est souligné d’emblée par l’évocation du diable. Ce n’est pas notre résistance à la parole qui est mise en cause, c’est le diable qui en ôte la semence. Ce qui permet de bien lire les deux autres causes mentionnées : la joie superficielle, l’enthousiasme vain à son écoute ou à l’inverse le poids des soucis. Je n’ai pas beaucoup de pouvoir sur mon tempérament, qu’il soit du genre à m’enthousiasmer ou qu’il soit du genre inquiet (s’il n’est pas les deux à la fois). La venue du Royaume ne vient ni de mon enthousiasme, qui peut sous cet angle se rapprocher de l’action du diable, ni de mon inquiétude, qui sans s’en rendre compte étouffe l’effet de la parole de Dieu. La venue du Royaume ne vient que de la germination d’une parole qui me précède et qui m’échappe, et cela se compare à une graine tombée dans une bonne terre. Dieu s’est en quelque sorte placé lui-même dans la dépendance. Dieu lui-même s’est réduit à faire venir le Royaume sur le mode de l’ensemencement et de la germination ; d’une façon qui le rende en quelque sorte comme « sujet » d’aléas divers, comme pour un agriculteur les oiseaux, le soleil et les ronces. Tenter de faire venir le Royaume comme si nous avions en la matière plus de pouvoir que Dieu, c’est risquer de faire venir en lieu et place du Paradis espéré, un enfer : l’histoire l’a maintes fois prouvé… Et Dieu l’a envisagé autrement. Et c’est là qu’est le cœur de la question, celle du salut. Que nous dit au fond cette parabole ? Que le salut « ne vient pas de façon à frapper les regards », qu’on ne le fait avancer ni par nos enthousiasmes, ni par nos soucis, qu’il n’a rien à voir avec tout ce que nous prétendrions en construire à force de forcer les choses. Cette parabole nous conduit au cœur de l’Évangile de la foi, de la confiance seule. Il est de l’ordre de la semence à recevoir de la seule écoute de la Parole de Dieu. La bonne terre n’est rien d’autre que cette disposition, cette disponibilité confiante — qui n’est ni bord de chemin, ni cailloux, ni épines. Bonne terre, disponible. Et dès lors à même de fructifier en abondance. C’est la seule façon qu’a proposé Dieu de faire venir le Royaume. En le forçant, on le gâche. En y introduisant un rôle à l’enthousiasme ou au souci, on le manque. Il s’agit simplement d’être ouvert à la Parole de Dieu avec cette confiance : « Comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi en est-il de ma Parole du moment qu’elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’ai envoyée. Vous serez dans la jubilation et la paix » (Ésaïe 55, 10.11). Romains 8:18-21 : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu: livrée au pouvoir du néant-non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. » RP Vence, 13.07.2008 Matthieu 11, 25-30Par rolpoup :: dimanche 06 juillet 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Les sages et les enfants Zacharie 9, 9-10 Psaume 145 Romains 8, 9-13 Matthieu 11, 25-30 25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : "Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. 26 Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. 27 Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. 28 "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. 29 Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. 30 Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger." * Comprendre et mettre en pratique. Telles sont les deux ailes des propos de Jésus rapportés ici. Une remise en question d’une façon de se croire savant et une allusion à une façon de pratiquer la religion comme un fardeau. À cela Jésus oppose la sagesse des enfants et la douceur de son joug de sa conception de la pratique religieuse. * La sagesse. « Nous savons, nous voyons », pensent les interlocuteurs de Jésus, qui donc le prennent de haut. Et voilà que Jésus affirme que c'est leur soi-disant capacité à savoir, leur prétention à être plus malins qui leur est un voile, alors que l’humilité des enfants leur dévoile les mystères. Que peut nous dire ce texte, à nous qui ne prétendons pas à un grand savoir religieux contrairement à qu’il en est à l’époque de Jésus, n’est-ce pas ? Nous connaissons tout de même ses exhortations à l’humilité ! Quelle est notre sagesse ? Est-ce celle par laquelle nous maîtrisons le monde, et connaissons donc les vraies bonnes normes, celles qui nous permettent de décréter ce qui est bien et ce qui mal — en tout cas pour les autres ? Est-ce là la lumière du haut ? Celle dans laquelle Jésus dévoile le Père. Ou est-ce une sagesse qui consiste à se réjouir d’avoir une foi raisonnable — ou de n’en avoir point (et à se considérer comme plus éclairés que de naïfs croyants ; au point, pour certains, de se dire eux-mêmes éclairés : héritage des Lumières ! Quelle humilité !). Tout cela face aux ténèbres qui nous entourent — et que, certes, nous tolérons, effet généreux de notre lumière. La raison est la chose du monde la mieux partagée, disait Descartes, cinglant une ironie sous-jacente : chacun se considérant assez éclairé pour juger que les autres ne le sont pas ! Les gens sont stupides, affirme Monsieur Tout-le-monde ; les gens sauf moi, bien moins naïf, qui le décrète. Mais alors, si telle est notre lumière, n'est-elle pas ténèbres ? Signe d’un aveuglement d'autant plus patent que nous l'ignorons… Notre raison, est-elle si limpide ? Ou moins absurde que celle des autres, ou celle de ceux qui nous ont précédés comme les religieux du temps de Jésus, ainsi que nous voulons si communément le penser ? Eh bien, par la foi miraculeuse — le miracle : ce lieu de l’étonnement, selon un des sens du mot —, étonnement que reçoivent les enfants, Dieu vient briser ce type de prétentions finalement ridicules. Ainsi, est-il plus absurde, ou moins absurde, de croire ou de ne pas croire ce que Dieu nous donne comme fondement nouveau de toute chose, nouvelle création initiée devant un tombeau vide, Création ni plus ni moins incompréhensible et incroyable que la première ? * Concernant la première Création, on estime aujourd’hui que l'Univers observable compte quelques centaines de milliards de galaxies de masse significative, c’est-à-dire contenant quelques centaines de milliards d’étoiles. Ce nombre n’est toutefois pas limitatif, puisque le nombre d’étoiles des galaxies dites « naines », c’est-à-dire ne comptant « que » quelques millions d'étoiles, est difficile à déterminer du fait de leur masse et de leur luminosité très faibles, et qu’en outre d’autres, trop lointaines, échappent à notre observation. L'Univers dans son ensemble, dont l'extension réelle n'est pas connue, est susceptible de compter un nombre immensément plus grand de galaxies. Bref, quelques centaines de milliards de galaxies de masse significative sans compter les galaxies moins grandes, et donc plus difficilement observables, et les autres qui nous échappent ! Notre galaxie, la Voie lactée, est une des centaines de milliards de galaxies observables, et de masse dite « significative ». La Voie lactée a une extension de l'ordre de 100 000 années-lumière. C’est-à-dire que l’on perçoit les étoiles lointaines de notre seule galaxie comme elles étaient il y a 100 000 ans. Et notre galaxie est donc une seule de ces galaxies de quelques centaines de milliards d'étoiles. Le soleil est une des centaines de milliards d’étoiles de cette galaxie, elle-même une parmi quelques centaines de milliards de galaxies semblables observables. Le soleil est donc l’étoile de notre système solaire, autour duquel tourne la terre — sur laquelle se déroule le culte par lequel nous célébrons aujourd’hui celui qui s’est relevé d’entre les morts. * Comme ce premier univers est apparu, un homme s'est relevé de la mort, laissant son tombeau vide et inaugurant un Ciel nouveau et une Terre nouvelle. Est-ce moins compréhensible, plus compréhensible ? Dieu l’a caché aux sages et aux intelligents… L'aveugle n'est-il pas alors celui qui se leurre dans la prétention d'avoir accédé à une clarté telle que les mystères, et jusqu’au mystère de Dieu ou de l’univers, seraient devenus pour lui moins opaques ? Qu’est-ce que cet aveuglement, que n’ont pas les enfants, qui pousse au fond à mépriser les capacités rationnelles de son prochain, ou des hommes et femmes du passé, ou d’autres continents et d’autres sagesses ? Être dans une lumière telle qu'on se place au-dessus de tout — y compris finalement de la grâce, qui est d'abord surprise, et étonnement, lieu d'une incompréhension. La lumière de Dieu est celle qui éblouit, aveugle celui qui ainsi, confesse être aveugle. C'est cette lumière que porte Jésus, sagesse mystérieuse et cachée, que le monde ne reçoit pas (1 Co 1, 20). « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler ». Car sa mise en valeur de la foi et de l’étonnement ne veut pas dire, loin s’en faut, que Jésus nous dispenserait de tout effort intellectuel, de tout apprentissage ! Il ne s’agit pas sous prétexte que Jésus a donné les enfants en exemple face aux prétendues intelligences supérieures de s’imaginer que du coup il condamne l’intelligence et la sagesse. Non, il condamne ceux qui à force d’en être imbus se montrent ni sages ni intelligents. Ce n’est pas la même chose. La force de l’enfant est son humilité, sa capacité à s’étonner. Son absence de prétention. C’est cela que Jésus exalte : une aptitude à recevoir celui que nul ne connaît sinon celui à qui le Fils veut bien le révéler. Cela pour la sagesse. * Le joug, à présent. On sait qu’il est question pour les interlocuteurs de Jésus, outre la sagesse, du joug de la Loi biblique, du fardeau de la mise en pratique de Loi religieuse. L’allusion à cette idée est ici plus que probable. Comme il en est pour la Loi de Moïse, mettre en pratique les paroles de Jésus consiste tout d'abord à commencer par les écouter, dans l’humilité des enfants. Ici rejoint la sagesse des autres rabbins sur la douceur du joug de Dieu. Que répète-t-il dans l’Évangile de Matthieu ? Qu'il s'agit de recevoir l'enseignement de la Bible au plus intime de notre être, indépendamment de tous les qu'en dira-t-on et de tous les qu'en verra-t-on. Méditer, peser, « mastiquer » les paroles bibliques, n'est rien d'autre qu'être en train d'établir pour sa vie des fondements solides. Il s'agit de se confier en Dieu de façon à ce que lui-même produise en nous ce que sa Loi requiert. Luther dira que ce n'est pas le fruit qui produit l'arbre, mais l'inverse ; de même ce n'est pas l'œuvre qui porte la foi, mais l'inverse. Il faut nous souvenir de la distinction nette que fait Matthieu entre la vie intérieure et l’apparence. Une justice publiée sur les toits est vaine, disait Jésus dans le Sermon sur la Montagne. Une prière exhibée n'a d'autre exaucement que la satisfaction d'en obtenir l'admiration d'autrui. Et Jésus d'inviter à la mise au secret, au ciel, présent au milieu de nous, lieu de la liberté, notre récompense, car "là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur" (Mt 6, 21). Il est donc question d'une apparence, vaine, et de la vie intérieure, cachée, mais qui seule est richesse. Et les deux sont en stricte opposition. L'augmentation de l'une est nécessairement au déficit de l'autre. Se confier en Jésus plutôt qu’au regard du voisin quant à la vie devant Dieu, quant à la pratique de la justice, voilà qui est réellement reposant, voilà qui est un joug extrêmement léger, surtout si ce voisin est un connaisseur du poids du joug de la Loi, un spécialiste de ce qui est bien et de ce qui est mal, en général pour autrui plutôt que pour lui. Pour ceux qui se confient en Jésus, la Loi devient Évangile, mise en marche qui libère de tout poids, un vrai repos. * Voilà donc deux aspects de la relation à la Loi que nous propose ici Jésus. Écouter ce qu’elle dit avec humilité — c’est la sagesse, comme celle des enfants — pour connaître cet élément essentiel de la relation avec Dieu, l’humilité précisément, que connaissent les enfants, mais qui est d’un accès si difficile aux sages. Et l’intériorisant ainsi, découvrir combien dès lors ce joug de la Loi devient léger, le joug de Jésus, l’Évangile, devant son regard, dans l’humilité, sans rien à prouver à quiconque, surtout pas à ceux qui savent, ou qui l’imaginent, et qui du coup, chargés du poids de leur grandeur, ignorent ce cœur de la Loi, que connaissent les enfants. Dès lors, « ne vous inquiétez donc pas » et ayez confiance en Dieu pour toute chose. R.P. Antibes, 06.07.08 Matthieu 16, 13-19Par rolpoup :: dimanche 29 juin 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
La Confession de Pierre Actes 12, 1-11 Psaume 34 2 Timothée 4, 6-18 Matthieu 16, 13-19 13 Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples: "Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme?" 14 Ils dirent: "Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes." 15 Il leur dit: "Et vous, qui dites-vous que je suis?" 16 Prenant la parole, Simon-Pierre répondit: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." 17 Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara: "Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. 18 Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la Puissance de la mort n’aura pas de force contre elle. 19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux." * “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (v.16), a dit Pierre. À dessein sans doute, pour bien marquer que la fonction messianique est plus large que ce que voudraient certains, Matthieu a donné le terme en grec, “Christ”, traduction étrangère de l’hébreu ou araméen “Messie”. Et Jésus de souligner tout le sens du propos : “ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela” (v.17). Quant au Messie en effet, on aurait pu alors être porté à penser qu’il y avait chez lui une dimension chair et sang — du fait de la succession dynastique ; et qu'il privilégierait ceux de sa chair et de son sang. Mais c'est — au-delà de la chair et du sang — du Dieu vivant, que le Christ est le Fils, du Dieu qui est au-delà des conceptions étriquées qu'on peut s'en faire au nom de telle ou telle appartenance. Jésus est ainsi le Messie d'un Royaume universel. Il met fin à la dynastie dans laquelle est inscrit de façon symbolique sa messianité : la dynastie de David. Selon l’Évangile de Matthieu, il est au terme de cette dynastie ; mais cela par Joseph, qui selon le même Matthieu, n’est pas son géniteur. Et contre tel roman à la mode, il n’a pas de descendance biologique (il est surprenant que la gravité de cet aspect d’un fameux roman ait échappé à la plupart des critiques : l’importance donnée à la biologie, aux gènes). Contre cela, voilà un épisode de l’Évangile qui nous dit quelque chose de très important sur la filiation divine, qui, à commencer par le Christ, le Fils de Dieu, est au-delà de la biologie. Ici la filiation dynastique est de l’ordre du symbole. Jésus lui-même le soulignera. Souvenez-vous : on dit que le Messie est fils de David ? Comment alors David peut-il l’appeler son Seigneur ? (Marc 12, 35-37). Jésus, au terme — non-biologique — de la dynastie de David, accomplit ainsi la volonté de Dieu exprimée dans le refus du prophète Samuel au jour où le peuple veut un roi — que Dieu lui concède tout de même. Voilà qui est d’une portée considérable, condamnant à terme par avance tout système dynastique. N’oublions pas que les premiers républicains stricts seront les protestants anglais de la première Révolution anglaise, au XVIe siècle — et ils seront républicains au nom de leur foi, qui fonde l’humanité en Dieu seul, au-delà de la biologie. Et cela signe aussi la condamnation de tout racisme, au-delà de l’appartenance à une dynastie (qu’on appelait antan une ‘race’) : on n’est pas ce qu’on est devant Dieu pour des raisons de biologie. « Tu es le Christ le Fils de Dieu » a dit Pierre (il n’a pas dit « le fils de David) : « ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela », lui répond Jésus. Voilà qui ouvre une espérance universelle, tout simplement — ce que souligne le fait que le terme est donné d’emblée en traduction grecque par Matthieu. Et pourtant, face à la dimension chair et sang, l'espérance que le Messie, censé être lui-même dynastique, privilégierait sa chair et son sang a tout pour séduire le peuple. Ce que l’on peut comprendre : la situation économique est très difficile — peu avant Jésus multipliait les pains pour nourrir la foule. On est en outre sous domination romaine. Rien pour encourager une vision universaliste du Royaume. Il n'est pas jusqu'aux disciples eux-mêmes qui n'aient la tentation de succomber à l'étroitesse de vue concernant le Royaume de Dieu. Comme, dans la suite de notre texte, l’Apôtre Pierre. Ce n'est pas aux grands pharisiens, aux vrais maîtres rabbiniques, que Jésus s'oppose. Ils ont eux-mêmes souvent tenu des positions similaires aux siennes. Jésus ne s'oppose qu'à l'interprétation étriquée qu'on en fait, et cela jusque parmi les disciples, en ces temps de crise. Comme les anciens prophètes, ceux des pharisiens qui savent marcher dans leurs pas, écoutent la Loi. C'est pourquoi ils pouvaient se réclamer des promesses universelles pour le Jour du Royaume. Ne croyons donc pas que ce schisme qui divisera bientôt la communauté du Dieu unique en Église d'un côté et Synagogue de l'autre soit imputable à un soi-disant aveuglement de la Synagogue, comme on l'a hélas rabâché pendant des siècles. Rappelons-nous que le schisme est intervenu plusieurs années après Jésus. À y regarder de près, on doit trouver la racine du schisme dans le quiproquo entre universalisme et repli sur soi qui traverse en fait aussi bien la communauté des disciples que la Synagogue. C'est ce quiproquo qui a débouché, lorsque la communauté chrétienne s'est trouvée avoir accueilli en son sein une majorité de païens, sur un nouveau type de tensions. Tensions entre d’une part ceux qui pratiquent la Loi de Moïse, juifs ou chrétiens, et de l’autre ceux parmi les chrétiens qui en abandonnent certaines cérémonies, circoncision notamment. Ce sont ces nouvelles tensions, que décrit le livre des Actes des Apôtres, qui ont débouché sur le schisme. En proie à un problème qui n'a pu être géré à temps, la Synagogue, et le parti pharisien, où existent pourtant des courants proches de Jésus — courants nettement universalistes —, la Synagogue n’a pourtant pu alors que se résoudre à la rupture, devant une Église tentée d’abandonner déjà les rites de la Loi de Moïse. C'est le conflit qui agite l’Église primitive. L’Église abandonne ces rites en vue d’intégrer les nombreux païens, nos ancêtres spirituels en quelque sorte, qu’elle accueille, selon le vœu de Paul, sans les réduire à l'identique. La Synagogue, devant cette entrée en masse des étrangers, a opté pour la rupture plutôt que pour ce qui lui apparaît comme une perte d’identité. Un schisme donc, qui satisfait sans doute les extrémistes des deux camps. Mais que déplorent ceux qui comme Jésus veulent éviter les quiproquos. Voilà donc pourquoi Jésus refuse de voir publier sa messianité. Il a suffisamment de difficultés comme ça avec les quiproquos incessants ; inutile d'en rajouter. Lui ne cesse de prêcher l'amour du prochain quel qu'il soit. Nulle crainte dans sa prudence. Jésus le sait : sa fidélité au message universel de l'amour de Dieu lui vaudra la mort, et la fera risquer à quiconque lui sera fidèle. Jésus invite alors les siens, son peuple, même au cœur des quolibets, à n'avoir pas honte de ses paroles, celles de l'amour de Dieu pour tous les hommes. Cela reste parfaitement d’actualité. Où sont aujourd’hui les Pierre confessant Jésus Fils de Dieu contre la chair et le sang ? Contre quelle chair et quel sang le font-ils ? De quelle souche, protestante par exemple, nous sentons-nous ? Quelle priorité nous donnons-nous pour cela ? * Il est encore temps de venir devant le Messie universel. Il est encore temps d'entrer dans le Royaume, où "il n'y a ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme" (Ga 3:28), ni Européen, ni Africain, Asiatique ou Américain, ni protestant de souche ni chrétien néophyte, mais le Royaume où tous sont un en Jésus-Christ. Le reste est question d’organisation, ce qui n’est certes pas sans importance. On a vu les conséquences dans l’Église primitive : la rupture entre Église et Synagogue. Mais au-delà de ces questions, au-delà de la chair et du sang, "tu es le Christ, le Messie universel, le Fils du Dieu vivant", a dit Pierre. "Tu es béni, Simon, Pierre, répond Jésus. Et sur cette pierre, celle posée par l'Apôtre qui vient de confesser la messianité de Jésus, sur cette pierre, le Christ lui-même plutôt que l’Apôtre Pierre (1 P 2:4-6), le Christ comme espérance universelle du Royaume pour tous les peuples, je bâtirai mon Église" (v.18). * Il en résulte que le Christ n’est la propriété d’aucun peuple, d’aucune Église. Il est au-delà des appartenances de chair et de sang, le Fils de Dieu, le sauveur de l’univers. Voyons-nous le fait d’être chrétiens, protestants, de l’être depuis des générations, comme fondant un privilège, des droits particuliers, une qualité particulière de relation avec Dieu ? C’est une telle illusion qu’il nous appartient de dépasser pour découvrir en Jésus, avec Pierre, le Fils de Dieu par lequel nous pouvons recevoir de devenir enfants de Dieu nous-mêmes, au-delà de telle ou telle appartenance. R.P. Vence, 29.06.08 Matthieu 10, 16-33Par rolpoup :: dimanche 22 juin 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Habiba Jérémie 20, 10-13 Psaume 69 Romains 5, 12-15 Matthieu 10, 26-33 Jérémie 20, 10-13 10 J’entends les propos menaçants de la foule - c’est partout l’épouvante: "Dénoncez-le!" -Oui, nous le dénoncerons ! Tous mes intimes guettent mes défaillances : "Peut-être se laissera-t-il tromper dans sa naïveté, et nous arriverons à nos fins, nous prendrons notre revanche." 11 Mais le SEIGNEUR est avec moi comme un guerrier redoutable ; mes persécuteurs trébucheront et n’arriveront pas à leurs fins. Ils seront couverts de honte-ils ne réussiront pas. Déshonneur à jamais! On ne l’oubliera pas. 12 SEIGNEUR tout-puissant, toi qui examines le juste, qui vois sentiments et pensées, je verrai ta revanche sur eux, car c’est à toi que je remets ma cause. 13 Chantez au SEIGNEUR ! Louez le SEIGNEUR ! Il délivre la vie des pauvres de la main des malfaiteurs. Matthieu 10, 26-33 26 "Ne les craignez donc pas ! Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu. 27 Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses. 28 Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez bien plutôt celui qui peut faire périr âme et corps dans la géhenne. 29 Est-ce que l’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Pourtant, pas un d’entre eux ne tombe à terre indépendamment de votre Père. 30 Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. 31 Soyez donc sans crainte : vous valez mieux, vous, que tous les moineaux. 32 Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux ; 33 Mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux. * Voilà des paroles qui nous semblent loin notre actualité ? « Habiba, 36 ans, native de Tiaret en Algérie et issue d’une famille nombreuse et de modeste condition, a été arrêtée fin mars dernier (2008) par les gendarmes au retour d’un voyage à Oran où elle étudiait au Centre d’études bibliques de Bousville. La jeune femme, ancienne employée d’une crèche à Oran, est accusée par le ministère public de pratiquer un « culte non musulman sans autorisation ». Une première dans les annales judiciaires. La situation est d’autant plus inédite. Une dizaine de procès a été intentée dans ce sens à travers de nombreuses villes du pays, Oran, Mascara, Sidi Bel Abbès, Béjaïa,... et plusieurs membres de l’Église protestante ont été condamnés à des peines de prison avec sursis, assorties de lourdes amendes. Ici, il s’agit du premier procès où la pratique libre de la foi chrétienne est vertement remise en cause. Jusque-là, l’appareil judiciaire s’est borné à juger les affaires liées au prosélytisme. » « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu » dit Jésus. Ce qui se passe | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||