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Matthieu 16, 13-19Par rolpoup :: dimanche 29 juin 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
La Confession de Pierre Actes 12, 1-11 Psaume 34 2 Timothée 4, 6-18 Matthieu 16, 13-19 13 Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples: "Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme?" 14 Ils dirent: "Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes." 15 Il leur dit: "Et vous, qui dites-vous que je suis?" 16 Prenant la parole, Simon-Pierre répondit: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." 17 Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara: "Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. 18 Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la Puissance de la mort n’aura pas de force contre elle. 19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux." * “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (v.16), a dit Pierre. À dessein sans doute, pour bien marquer que la fonction messianique est plus large que ce que voudraient certains, Matthieu a donné le terme en grec, “Christ”, traduction étrangère de l’hébreu ou araméen “Messie”. Et Jésus de souligner tout le sens du propos : “ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela” (v.17). Quant au Messie en effet, on aurait pu alors être porté à penser qu’il y avait chez lui une dimension chair et sang — du fait de la succession dynastique ; et qu'il privilégierait ceux de sa chair et de son sang. Mais c'est — au-delà de la chair et du sang — du Dieu vivant, que le Christ est le Fils, du Dieu qui est au-delà des conceptions étriquées qu'on peut s'en faire au nom de telle ou telle appartenance. Jésus est ainsi le Messie d'un Royaume universel. Il met fin à la dynastie dans laquelle est inscrit de façon symbolique sa messianité : la dynastie de David. Selon l’Évangile de Matthieu, il est au terme de cette dynastie ; mais cela par Joseph, qui selon le même Matthieu, n’est pas son géniteur. Et contre tel roman à la mode, il n’a pas de descendance biologique (il est surprenant que la gravité de cet aspect d’un fameux roman ait échappé à la plupart des critiques : l’importance donnée à la biologie, aux gènes). Contre cela, voilà un épisode de l’Évangile qui nous dit quelque chose de très important sur la filiation divine, qui, à commencer par le Christ, le Fils de Dieu, est au-delà de la biologie. Ici la filiation dynastique est de l’ordre du symbole. Jésus lui-même le soulignera. Souvenez-vous : on dit que le Messie est fils de David ? Comment alors David peut-il l’appeler son Seigneur ? (Marc 12, 35-37). Jésus, au terme — non-biologique — de la dynastie de David, accomplit ainsi la volonté de Dieu exprimée dans le refus du prophète Samuel au jour où le peuple veut un roi — que Dieu lui concède tout de même. Voilà qui est d’une portée considérable, condamnant à terme par avance tout système dynastique. N’oublions pas que les premiers républicains stricts seront les protestants anglais de la première Révolution anglaise, au XVIe siècle — et ils seront républicains au nom de leur foi, qui fonde l’humanité en Dieu seul, au-delà de la biologie. Et cela signe aussi la condamnation de tout racisme, au-delà de l’appartenance à une dynastie (qu’on appelait antan une ‘race’) : on n’est pas ce qu’on est devant Dieu pour des raisons de biologie. « Tu es le Christ le Fils de Dieu » a dit Pierre (il n’a pas dit « le fils de David) : « ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela », lui répond Jésus. Voilà qui ouvre une espérance universelle, tout simplement — ce que souligne le fait que le terme est donné d’emblée en traduction grecque par Matthieu. Et pourtant, face à la dimension chair et sang, l'espérance que le Messie, censé être lui-même dynastique, privilégierait sa chair et son sang a tout pour séduire le peuple. Ce que l’on peut comprendre : la situation économique est très difficile — peu avant Jésus multipliait les pains pour nourrir la foule. On est en outre sous domination romaine. Rien pour encourager une vision universaliste du Royaume. Il n'est pas jusqu'aux disciples eux-mêmes qui n'aient la tentation de succomber à l'étroitesse de vue concernant le Royaume de Dieu. Comme, dans la suite de notre texte, l’Apôtre Pierre. Ce n'est pas aux grands pharisiens, aux vrais maîtres rabbiniques, que Jésus s'oppose. Ils ont eux-mêmes souvent tenu des positions similaires aux siennes. Jésus ne s'oppose qu'à l'interprétation étriquée qu'on en fait, et cela jusque parmi les disciples, en ces temps de crise. Comme les anciens prophètes, ceux des pharisiens qui savent marcher dans leurs pas, écoutent la Loi. C'est pourquoi ils pouvaient se réclamer des promesses universelles pour le Jour du Royaume. Ne croyons donc pas que ce schisme qui divisera bientôt la communauté du Dieu unique en Église d'un côté et Synagogue de l'autre soit imputable à un soi-disant aveuglement de la Synagogue, comme on l'a hélas rabâché pendant des siècles. Rappelons-nous que le schisme est intervenu plusieurs années après Jésus. À y regarder de près, on doit trouver la racine du schisme dans le quiproquo entre universalisme et repli sur soi qui traverse en fait aussi bien la communauté des disciples que la Synagogue. C'est ce quiproquo qui a débouché, lorsque la communauté chrétienne s'est trouvée avoir accueilli en son sein une majorité de païens, sur un nouveau type de tensions. Tensions entre d’une part ceux qui pratiquent la Loi de Moïse, juifs ou chrétiens, et de l’autre ceux parmi les chrétiens qui en abandonnent certaines cérémonies, circoncision notamment. Ce sont ces nouvelles tensions, que décrit le livre des Actes des Apôtres, qui ont débouché sur le schisme. En proie à un problème qui n'a pu être géré à temps, la Synagogue, et le parti pharisien, où existent pourtant des courants proches de Jésus — courants nettement universalistes —, la Synagogue n’a pourtant pu alors que se résoudre à la rupture, devant une Église tentée d’abandonner déjà les rites de la Loi de Moïse. C'est le conflit qui agite l’Église primitive. L’Église abandonne ces rites en vue d’intégrer les nombreux païens, nos ancêtres spirituels en quelque sorte, qu’elle accueille, selon le vœu de Paul, sans les réduire à l'identique. La Synagogue, devant cette entrée en masse des étrangers, a opté pour la rupture plutôt que pour ce qui lui apparaît comme une perte d’identité. Un schisme donc, qui satisfait sans doute les extrémistes des deux camps. Mais que déplorent ceux qui comme Jésus veulent éviter les quiproquos. Voilà donc pourquoi Jésus refuse de voir publier sa messianité. Il a suffisamment de difficultés comme ça avec les quiproquos incessants ; inutile d'en rajouter. Lui ne cesse de prêcher l'amour du prochain quel qu'il soit. Nulle crainte dans sa prudence. Jésus le sait : sa fidélité au message universel de l'amour de Dieu lui vaudra la mort, et la fera risquer à quiconque lui sera fidèle. Jésus invite alors les siens, son peuple, même au cœur des quolibets, à n'avoir pas honte de ses paroles, celles de l'amour de Dieu pour tous les hommes. Cela reste parfaitement d’actualité. Où sont aujourd’hui les Pierre confessant Jésus Fils de Dieu contre la chair et le sang ? Contre quelle chair et quel sang le font-ils ? De quelle souche, protestante par exemple, nous sentons-nous ? Quelle priorité nous donnons-nous pour cela ? * Il est encore temps de venir devant le Messie universel. Il est encore temps d'entrer dans le Royaume, où "il n'y a ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme" (Ga 3:28), ni Européen, ni Africain, Asiatique ou Américain, ni protestant de souche ni chrétien néophyte, mais le Royaume où tous sont un en Jésus-Christ. Le reste est question d’organisation, ce qui n’est certes pas sans importance. On a vu les conséquences dans l’Église primitive : la rupture entre Église et Synagogue. Mais au-delà de ces questions, au-delà de la chair et du sang, "tu es le Christ, le Messie universel, le Fils du Dieu vivant", a dit Pierre. "Tu es béni, Simon, Pierre, répond Jésus. Et sur cette pierre, celle posée par l'Apôtre qui vient de confesser la messianité de Jésus, sur cette pierre, le Christ lui-même plutôt que l’Apôtre Pierre (1 P 2:4-6), le Christ comme espérance universelle du Royaume pour tous les peuples, je bâtirai mon Église" (v.18). * Il en résulte que le Christ n’est la propriété d’aucun peuple, d’aucune Église. Il est au-delà des appartenances de chair et de sang, le Fils de Dieu, le sauveur de l’univers. Voyons-nous le fait d’être chrétiens, protestants, de l’être depuis des générations, comme fondant un privilège, des droits particuliers, une qualité particulière de relation avec Dieu ? C’est une telle illusion qu’il nous appartient de dépasser pour découvrir en Jésus, avec Pierre, le Fils de Dieu par lequel nous pouvons recevoir de devenir enfants de Dieu nous-mêmes, au-delà de telle ou telle appartenance. R.P. Vence, 29.06.08 Trackbacks
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