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Matthieu 22, 15-22

Par rolpoup :: mercredi 25 juin 2008 à 22:05 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Rendre à Mammon ce qui appartient à Dieu !

 

 

 

Matthieu 22, 15-22

15  Alors les Pharisiens allèrent se consulter sur les moyens de prendre Jésus au piège de ses propres paroles.

16  Ils envoyèrent auprès de lui leurs disciples avec les Hérodiens: Maître, lui dirent-ils, nous savons que tu es véridique, et que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité, sans redouter personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes.

17  Dis-nous donc ce que tu en penses: Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César?

18  Mais Jésus qui connaissait leur malice répondit: Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve, hypocrites?

19  Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier.

20  Il leur demanda: De qui sont cette effigie et cette inscription?

21  De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

22  Étonnés de ce qu’ils entendaient, ils le quittèrent et s’en allèrent.

 

 

Voilà un piège dont Jésus devrait ne pas se sortir : des pharisiens qui viennent avec les hérodiens ! Surprenant ! Que les hérodiens ne supportent pas Jésus, on le comprend, ils sont payés pour ça : ce sont les pantins des Romains. Mais les pharisiens, censés être, comme les disciples de Jésus, du parti de ceux qui n’entendent pas légitimer Rome, en viennent à comploter avec eux, voilà qui est plus inquiétant.

 

La question est difficile. Apparemment, une seule alternative : payer ou ne pas payer. Ce qui revient,

- dans le premier cas à mener Jésus à dire devant les hérodiens, qui s’empresseront de faire leur rapport aux autorités, qu’il est le porte-parole, voire le Messie, d’un royaume souverain, Israël, et qu’il n’est évidemment pas comme Hérode, à la solde de Rome.

- À moins que, pire, Jésus ne se défile, et que lâchement, il ne prône la soumission symbolique, par l’impôt, se discréditant auprès des siens ! Auquel cas, ce sont les pharisiens qui se chargeront de colporter la nouvelle.

 

Les circonlocutions flatteuses ont mis la puce à l’oreille de Jésus, il s’agit de le piéger. À leur longue introduction, répond un bref : « hypocrites, pourquoi me tendez-vous un piège ? » Puis Jésus en vient à la question, la seule, qui lui est posée : l’impôt à César.

 

« Rendez à César ce qui est à César », a dit Jésus. Cela pour les hérodiens. Voilà une parole sans ambiguïté : sur la pièce est une idole, César est cette idole. Que les affaires d’idoles restent entre les idolâtres. Pas de quoi satisfaire les hérodiens, traités implicitement d’idolâtres. Car il ne faut pas s’y tromper : par son « rendez à César… », Jésus ne vient pas de légitimer l’Empire romain. C’est à tort qu’on fait professer à Jésus une théorie du double pouvoir : le temporel à César, le spirituel à Dieu, et pourquoi pas, plus tard, à celui qui est censé le représenter, le pape ? Ce serait faire des hérodiens satisfaits…

 

Quant aux pharisiens, Jésus leur donne la seconde partie de sa sentence : « et à Dieu ce qui est à Dieu ». Pour les pharisiens, comme pour tous les juifs pieux d’alors, disciples de Jésus compris, la monnaie frappée d’une idole, ici César, ne peut en aucun cas servir pour le culte du vrai Dieu, et surtout pas entrer au Temple. D’où la présence dans le Temple de changeurs, que Jésus vient d’ailleurs de fouetter (Mt 21:12 sq). N’entre au Temple, en présence de Dieu, qu’une monnaie non idolâtre, croit-on, en tout cas sans idole frappée dessus.

 

Or c’est précisément cette certitude que cette monnaie-là n’est pas idolâtre que Jésus vient de remettre en cause, comme il l’a remise en cause en chassant les changeurs du Temple.

 

La parole finale de Jésus – « rendez à Dieu ce qui est à Dieu » – est à double sens. Ce qui ne saurait échapper aux pharisiens. « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » est une façon de dénoncer leur pratique du change : « de qui est cette effigie ? » a demandé Jésus. On ne saurait représenter Dieu et ce qui lui appartient, pas même sur une monnaie. Une effigie : est-ce que vous vous imaginez, est-il sous-entendu, qu’en enlevant l’idole qui est sur la pièce, qu’en changeant l’effigie, on enlève du même coup l’idolâtrie ? Est-ce que l’on peut mettre dès lors en parallèle Dieu et César, chacun sa monnaie ? Son portrait pour l’un, le chandelier à sept branches pour l’autre ?

 

Jésus vient de dévoiler l’idolâtrie potentielle de la question qui lui est posée. Dieu et César chacun à la tête de deux banques d’État, avec possibilité de change, comme la livre britannique revêt là le symbole écossais, et ici le symbole anglais pour une valeur équivalente, ou comme les euros reçoivent les symboles souverains de chaque État européen !

 

Ces affaires de monnaies équivalentes avec symboles différents, Mammon, l’idole de l’argent, est derrière de toute façon. Dieu est au-delà, et tout lui appartient, Mammon et César y compris.

 

Pour aller un peu plus loin, remarquons que si l’on sera facilement d’accord, chrétiens d’aujourd’hui, pour renvoyer César et Mammon dos à dos, on aura en général plus de difficultés à admettre que l’un comme l’autre appartiennent à Dieu. Où l’on voit que Jésus dérange toujours autant. Car c’est quand même là le cœur de son propos : il ne s’agit pas de s’imaginer que puisque César (ou ses successeurs) frappe monnaie à sa figure, le monde lui appartient à proportion des fluctuations boursières. Ou en d’autres termes, que Mammon est un concurrent légitime de Dieu. Pharisiens et hérodiens sont renvoyés dos à dos, César et Mammon aussi, mais pas César et Dieu !

 

Nous rendons à César, bien obligés ! Nous rendons à Mammon sans qu’on nous y force, ce dispensateur du pain et des jeux, des plaisirs modernes. Et puisque Dieu a pris à nos yeux un de ses visages, entre dans une de ses cases, comme sorte de supplément d’âme, le budget de la case en question sera à proportion de l’intérêt qu’on y porte : tant pour la bonne chère, tant pour les spectacles, tant pour le sport, tant pour les vacances, et s’il en reste, tant pour ce petit plaisir supplémentaire, de l’âme celui-là, la spiritualité... C’est ainsi qu’en toute bonne conscience, aujourd’hui comme hier, on rend à Mammon ce qui appartient à Dieu.

 

« Le SEIGNEUR est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur? Le SEIGNEUR est la forteresse de ma vie, devant qui tremblerais-je? » (Psaume 27, 1)

 

 

 

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