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Jean 1, 38-51Par rolpoup :: dimanche 08 juin 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Du figuier au rocher… Matthieu 9, 9-13 9 Comme il s’en allait, Jésus vit, en passant, assis au bureau des taxes, un homme qui s’appelait Matthieu. Il lui dit: "Suis-moi." Il se leva et le suivit. 10 Or, comme il était à table dans sa maison, il arriva que beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs étaient venus prendre place avec Jésus et ses disciples. 11 Voyant cela, les Pharisiens disaient à ses disciples: "Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs?" 12 Mais Jésus, qui avait entendu, déclara: "Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. 13 Allez donc apprendre ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs." Jean 1, 38-51 38 Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre, il leur dit: "Que cherchez-vous?" Ils répondirent: "Rabbi-ce qui signifie Maître, où demeures-tu?" 39 Il leur dit: "Venez et vous verrez." Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là; c’était environ la dixième heure. 40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus. 41 Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon et lui dit: "Nous avons trouvé le Messie!" -ce qui signifie le Christ. 42 Il l’amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit: "Tu es Simon, le fils de Jean; tu seras appelé Céphas" - ce qui veut dire Pierre. 43 Le lendemain, Jésus résolut de gagner la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit: "Suis-moi." 44 Or, Philippe était de Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre. 45 Il va trouver Nathanaël et lui dit: "Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l’avons trouvé: c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth." 46 - "De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon?" Philippe lui dit: "Viens et vois." 47 Jésus regarde Nathanaël qui venait à lui et il dit à son propos: "Voici un véritable Israélite en qui il n’est point d’artifice." 48 -"D’où me connais-tu?" lui dit Nathanaël; et Jésus de répondre: "Avant même que Philippe ne t’appelât, alors que tu étais sous le figuier, je t’ai vu." 49 Nathanaël reprit: "Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël." 50 Jésus lui répondit: "Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes." 51 Et il ajouta: "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme." * « Où es-tu ? » avait demandé Dieu à Adam, qui répond: "J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché." — "Qui t’a révélé, dit-il, que tu étais nu? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais prescrit de ne pas manger?" (Genèse 3, 10-11) « Où demeures-tu ? » — ont demandé les disciples à leur rabbi, leur maître. « Venez et vous verrez. » Tout est dit dans cette réponse. On retrouvera ce terme « demeurer » dans la suite de l’Évangile, parlant de la présence de Dieu et en Dieu. Dans cette présence se fonde la vocation des disciples — où sera donnée la confession de Simon : sur cette pierre… Autre écho : l’antique pierre où Jacob reposait antan sa tête. Puis la confession de Philippe, puis de Nathanaël… : « parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous le figuier, tu crois. » En faut-il si peu, peut-on se demander, pour convaincre Nathanaël que Jésus est le Messie attendu ? Mais, en fait, est-ce si peu ? Apparemment, Jésus n'a pas dit grand chose de significatif : « je t'ai vu sous le figuier ». Pourquoi un tel écho en Nathanaël ? La conclusion de Jésus en laisse deviner la raison : « vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. » Référence à l’épisode biblique du rêve de Jacob, rêve dit « de l’échelle », alors qu’il est endormi, la tête posée « sur cette pierre », porte du ciel et sur laquelle montent et descendent les messagers de Dieu. L'évocation du figuier a provoqué en Nathanaël un écho d'éternité : celui d'un temps où les anges frayent avec les hommes. Cette éternité dont le fils de l'Homme en Jésus nous ouvre enfin à nouveau le ciel. L'écho d'un paradis immémorial, rappel du premier figuier, celui du paradis, premier arbre dans la Genèse, comme il en sera à nouveau dans le Royaume promis, ce jour où « ils demeureront chacun sous sa vigne et son figuier, et personne pour les troubler. Car la bouche du SEIGNEUR le tout-puissant a parlé » (Michée 4:4). Alors Jésus évoque le Fils de l'Homme au-dessus duquel montent et descendent les anges de Dieu ! Voilà une référence, à un épisode connu, une référence à Jacob, ou Israël, père des douze tribus. L'allusion qui est faite à l’échelle de Jacob n'est pas indifférente. Jésus vient d'appeler les disciples, bientôt nommés « les douze », pour une vocation qui est celle des douze fils d'Israël, mais élargie à l'humanité, au Royaume sans frontières. Et c’est là qu’apparaît Nathanaël personnage de carrefour, personnage de l'élargissement de l'Alliance, personnage que Jésus rattache à Jacob, Israël, décidément central dans ce passage, pour lui adresser le superbe compliment d'être dans la droite ligne de Jacob, d'être vraiment israélite, sans artifice. C'est le temps de l'accomplissement de la mission de Jacob, le temps de l'élargissement de sa mission, signifié par ces douze nouveaux fils de Jacob que sont les Apôtres chargés de porter la Parole jusqu'aux extrémités de la terre. Nathanaël est au carrefour, au cœur de ce tournant qui est l'entrée dans le Royaume qui vient. Ne vient-il pas de douter ouvertement de la possibilité pour Nazareth, ville semi-païenne, de produire quelque chose de bon ? — à plus forte raison le Messie... Nathanaël, sans artifice, est aussi du coup, dans sa pureté, le produit d'un vieil et tenace sens de l’identité, pour une incapacité qui nous tenaille tous, et qui a alors atteint même le peuple des descendants de Jacob, Israël, dont la vocation est pourtant l'inverse. Nathanaël est empreint lui aussi de cette fermeture. Fermeture apparente. Car la vraie vocation est là qui sommeille, la vocation d'Israël. Et il suffira que Jésus la dise, cette vocation, pour qu'elle se réveille, pour que le vrai israélite qui sommeille en Nathanaël s'éveille, pour qu'il saisisse pleinement la vocation qui est la sienne, celle de Jacob et de ses fils qui s'éveillent au monde messianique au jour de la vocation des douze qui les représentent et les signifient. Qu'est-ce qui sépare alors en Nathanaël le vrai fils de Jacob/Israël de l’homme sous le figuier — rappel d’Adam ? : suivant une tradition rabbinique, il dormait (après l’amour), forcément sous le figuier, pendant qu’Ève affrontait seule le tentateur ! — ? Qu'est-ce qui sépare alors en Nathanaël le vrai fils d’Israël de l’homme sous le figuier ? C'est tout simplement le faux prétexte de sa question en forme de préjugé : peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ? Faux prétexte, mais prétexte suffisamment fort pour laisser Nathanaël sous son figuier à ne pas accomplir ce à quoi il est destiné. Prétexte suffisant pour rester paralysé dans l'inaction. Je ferais bien des choses utiles, mais avec des gens qui me ressemblent. Si l'on attend des gens qui comprennent tout à ma façon, ou comme le dit Nahanaël, qui ne viennent pas de Nazareth, on ne fera rien que de les charger de pesants fardeaux, les fardeaux de notre exigence de les voir devenir comme nous. Double illusion : Celle de se croire meilleur, sous son figuier — qui, jusque là, demeure stérile —, et cette autre illusion qui veut que c'est justement de cette façon que l'on s'empêche de laisser émerger en nous ce qui serait l'accomplissement de l'ouverture à laquelle on est appelé. C'est parce qu'il se croyait meilleur que les autres, gens de Nazareth, Samaritains, meilleur croyant, que Nathanaël ne faisait finalement rien que rester sous son figuier à caresser son bon vouloir qui le maintenait à part des autres, moins bons croyants — hors de toute action qui aurait supposé qu'il accepte enfin de se mêler à eux. Et certes ce n'était pas facile. Les douze eux-mêmes, doués pourtant d'une vocation explicite à l'élargissement du Royaume, auront besoin d'être bousculés par l'Apôtre Paul pour accepter de se mêler à des païens sans leur demander de devenir comme eux. Alors, mais alors seulement, la mission de Dieu pourra commencer à s'accomplir. Mais voilà qu'est apparue la grâce qu'a perçue Nathanaël. La grâce précédant l'univers, devançant les prophètes, la grâce qui était déjà là au jour du premier figuier ; qui se présente aujourd'hui, en Jésus Christ, est plus grande que nos désespoirs, plus légère que les plus lourds de nos fardeaux. C'est là ce que voient ces premiers disciples que nous présente l'Évangile de Jean : ils voient où Jésus demeure (Jean 1:39). Dès avant que le monde fût, il demeure dans le sein du Père, d'où il répand la grâce et la vérité (Jean 1:17-18). André l'a perçu : "Nous avons trouvé le Messie", dira-t-il à Pierre. C’est là la pierre sur laquelle il nous faut désormais bâtir. « Ainsi, dit Jésus, qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique peut être comparé à quelqu’un d’avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé ; ils se sont précipités contre cette maison et elle ne s’est pas écroulée, car ses fondations étaient sur le roc » (Matthieu 7, 24-25). Que Dieu nous donne aujourd’hui de revenir sous le figuier, promis à nouveau pour le jour du Royaume, pour bâtir désormais sur le roc où montent et descendent les anges de Dieu. RP Vence 01.06.08 Antibes, 08.06.08 Fête de printemps - thème : le figuier Trackbacks
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