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Page précédente / Page suivante Matthieu 21, 33-43Par rolpoup :: dimanche 05 octobre 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes
Histoire de vigne et de vignerons Psaume 80 Philippiens 4, 6-9 Ésaïe 5, 1-7 1 Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé et de sa vigne : Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. 2 Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix. Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais. 3 Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne. 4 Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ? 5 Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire à ma vigne : enlever la haie pour qu’elle soit dévorée, faire une brèche dans le mur pour qu’elle soit piétinée. 6 J’en ferai une pente désolée, elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces, et j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. 7 La vigne du SEIGNEUR, le tout-puissant, c’est la maison d’Israël, et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait. Il en attendait le droit, et c’est l’injustice. Il en attendait la justice, et il ne trouve que les cris des malheureux. Matthieu 21, 33-43 33 "Écoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage. 34 Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. 35 Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l’un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent. 36 Il envoya encore d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même. 37 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant: Ils respecteront mon fils. 38 Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l’héritage. 39 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40 Eh bien ! lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ?" 41 Ils lui répondirent : "Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu." 42 Jésus leur dit : "N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est là l’œuvre du Seigneur: Quelle merveille à nos yeux. (Ps 118, 22-23 ; És 28, 16) 43 Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. * « Ce texte, bien sûr, en première lecture, ne peut que grésiller aux oreilles du Juif que je suis », écrit le Rabbin Rivon Krygier en introduction de la méditation qui lui a été demandée sur ce texte du jour proposé aux Églises en ce dimanche « d’éveil et d’ouverture au judaïsme pour les communautés chrétiennes ». « Le verset 43 qui livre la clef de la parabole porte les accents de la fameuse "théologie de la substitution", poursuit-il. Le meurtre des serviteurs et puis du fils du propriétaire du domaine fait redéfiler sous mes yeux tous ces versets stridents et assourdissants : "Ces gens-là ont mis à mort Jésus le Seigneur et les prophètes" (I Thessaloniciens 2,15) [texte qui cependant ne parle pas des "juifs" mais des Judéens], "Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés " (Matthieu 23,37 ; Luc 13,34). "Afin que le sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la fondation du monde soit redemandé à cette génération" (Luc 11,50). Je pense au terrible pamphlet de Méliton de Sarde (Peri Pascha, § 85-86), écrit-il, où les accusations prennent la forme d’imprécations interminables. Mais aussi à ceux du Coran qui en reprend allégrement le topos : « (Nous les avons maudits) à cause de leur rupture de l'engagement, leur mécréance aux révélations d'Allah, leur meurtre injustifié des prophètes, et leur parole : Théologie de la substitution de l’Église à Israël, débouchant à terme sur des violences antisémites. N’est-ce pas en effet l’impression que peut donner ce texte de Mathieu ? La vigne donnée à d’autres ! Et pourtant, ce n’est pas là une parabole contre les juifs — et je précise que le rabbin Krygier propose ensuite une autre lecture possible. Le rejoignant sur ce qu’une autre lecture est possible, je laisse son commentaire, pour souligner tout d’abord que croire que c’est là une parabole contre les juifs — comme on l’a fait si souvent à travers l’histoire — n’est rien d’autre qu’une façon commode de se débarrasser de la parabole. Ceux qui cherchent à arrêter Jésus sont les divers responsables. Ils font cela conformément à une habitude qui n’est pas nouvelle contre les porte-parole que Dieu envoie. Et qui correspond à une manie universelle de rejeter ceux dont le message dérange. Le rabbin Krygier cite à ce sujet, outre Jésus des figures comme « Socrate, Gandhi, Martin Luther King, Sadate, Rabin ». Une attitude qui au temps de Jésus n’est donc pas nouvelle, et n’est pas plus nouvelle en Israël qu’ailleurs. Il n’est qu’à lire ce qui se passait au temps d’Ésaïe, ce qui — l’histoire nous l‘apprendra — ne s’arrêtera pas là. Il n’est qu’à voir la façon dont ont été traités les divers envoyés de Dieu aux époques ultérieures et notamment dans les diverses périodes de l’Église chrétienne, et particulièrement, peut-être, la nôtre ; et cela en premier lieu de la part de ceux qui se voient octroyer des responsabilités. C’est ainsi. Mais alors pourquoi une telle parabole, aussi bien chez Ésaïe que chez Jésus ? Si la chose est normale, faut-il faire avec, ne pas s’étonner, et en rester là ?! Mais voilà : dans les deux cas ce n’est pas là le propos. Le propos est en fait qu’il y a des limites, et qu’un jour vient où elles sont atteintes. Et le jour est venu. Avant d’en venir là, et pour en venir là, il y a nombre de signes. Le signe que donne Ésaïe concerne les ravages météorologiques dans les vignes littérales (car on a bien compris que la vigne de Dieu est l’Église, le projet qu’il a avec, etc.). Ésaïe 28, 2, le dit en ces termes : « Voici un puissant guerrier du Seigneur, semblable à un orage de grêle, à une tempête dévastatrice, à un orage qui fait déborder les eaux impétueuses : violemment, il couchera tout à terre. » (Cf. Ps 80). Le signe que donne Jésus est la façon dont ceux à qui est confiée la vigne (la vigne de Dieu, son Église) traitent ceux que Dieu a chargés de prêcher sa parole. Dieu donne des signes de la limite au-delà de laquelle la vigne, cette vigne-là, ces responsables-là, sont laissés dévastés. Car Dieu n’a pas besoin de nous, il n’a pas besoin de ceux qui se croient indispensables. Il mènera son projet à son terme avec eux s’il le peut, malgré eux s’il le faut. Il n’a pas besoin de responsables qui se donnent pour tâche de juger ou de noter les envoyés de Dieu. Il n’a pas besoin de ces personnages prétendument indispensables à Dieu, et qui du haut de leur prétendue expérience de sa parole croient en gérer la qualité. Jésus l’a dit ailleurs : leur appréciation n’est fonction que du sens de leur poil. Luc 6, 22-23,26 : « Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu’ils vous rejettent et qu’ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel; c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. [Mais] Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous: c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes. » De tout temps, on a donné des bons points à ceux qui caressaient dans le sens du poil. Et de tout temps, on a mal noté, critiqué, mal traité, voire physiquement, les prophètes que Dieu envoie, mais qui bien sûr ne disent pas forcément ce que l’on voudrait entendre ; mais, dans la mesure du possible, ce que Dieu dit. Et à partir de là, c’est une parabole sur la limite qui nous est donnée : les limites sont atteintes, nous disent Ésaïe comme Jésus. Et si vous ne changez pas, les choses changeront, malgré vous et contre vous. Voilà qui pourrait être d’une criante actualité quand on sait que les vignerons sont censés recueillir les fruits de la vigne de Dieu pour en répartir le fruit de manière juste. Ceux qui ont des biens les ont reçus de Dieu pour les partager. Que dire d’un monde où ce qui ont reçu non seulement n’ont pas contribué à rendre le monde plus beau et plus juste, mais n’ont fait que creuser des fossés de façon scandaleuse ? Le jour vient, et il est déjà venu — où Dieu remet les pendules à l’heure, et donne sa vigne à gérer à de meilleurs ouvriers ! Alors puisque Dieu parle encore, puisqu’il a encore quelque chose à nous dire, soyons attentifs, écoutons sa parole, et il y aura peut-être un avenir. « Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » Il s’agit de changer de comportement. Conversion, repentir, dit le Psaume 80 : « fais-nous revenir, Seigneur ». La grâce de Dieu est encore active : la preuve ? Il parle encore. Sachons l’entendre. R.P. Antibes, 05.10.08 Page précédente /
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