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UN AUTRE TEMPS

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Matthieu 13, 1-23

Par rolpoup :: dimanche 13 juillet 2008 à 10:30 :: Dimanches & fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

Le semeur

 

 

 

Ésaïe 55, 10-11 ;

Psaume 65 ;

Romains 8, 18-23

 

Matthieu 13, 1-23

1  En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer.

2  De grandes foules se rassemblèrent près de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit; toute la foule se tenait sur le rivage.

3  Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. "Voici que le semeur est sorti pour semer.

4  Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin; et les oiseaux du ciel sont venus et ont tout mangé.

5  D’autres sont tombés dans les endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre; ils ont aussitôt levé parce qu’ils n’avaient pas de terre en profondeur;

6  le soleil étant monté, ils ont été brûlés et, faute de racine, ils ont séché.

7  D’autres sont tombés dans les épines; les épines ont monté et les ont étouffés.

8  D’autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente.

9  Entende qui a des oreilles!"

10  Les disciples s’approchèrent et lui dirent: "Pourquoi leur parles-tu en paraboles?"

11  Il répondit: "Parce qu’à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, tandis qu’à ceux-là ce n’est pas donné.

12  Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré.

13  Voici pourquoi je leur parle en paraboles: parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre;

14  et pour eux s’accomplit la prophétie d’Ésaïe, qui dit: Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.

15  Car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur, et pour ne pas se convertir. Et je les aurais guéris!

16  "Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent.

17  En vérité, je vous le déclare, beaucoup de prophètes, beaucoup de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu.

18  "Vous donc, écoutez la parabole du semeur.

19  Quand l’homme entend la parole du Royaume et ne comprend pas, c’est que le Malin vient et s’empare de ce qui a été semé dans son cœur; tel est celui qui a été ensemencé au bord du chemin.

20  Celui qui a été ensemencé en des endroits pierreux, c’est celui qui, entendant la Parole, la reçoit aussitôt avec joie;

21  mais il n’a pas en lui de racine, il est l’homme d’un moment: dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe.

22  Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit.

23  Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et comprend: alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente."

 

*

 

 

Le thème du semeur de Matthieu, Marc et Luc, est en quelque sorte l'équivalent en parabole, du thème de la naissance d'en haut dans l'Évangile de Jean — ou l’enfantement du monde en Romains 8. Autant de façons de référer aux textes prophétiques en parlant sous différentes images d'inscription de la loi dans les cœurs et du fait que cela nous échappe et ne vient pas de nous.

 

Diverses questions sont alors posées, depuis la question du formalisme religieux et spirituel (auquel on peut quelque chose) ; Jésus y oppose une foi qui ne soit plus seulement formalisme identitaire, mais véritable lieu de la régénération des intelligences (à quoi on ne peut rien). Ici c'est l'Esprit de Dieu qui précède tout mouvement de la foi. Et nous fait perdre tout pouvoir sur nous.

 

Depuis cette question jusqu’à celle — puisqu’il s’agit d’une parabole du Royaume — de la façon dont vient le Royaume : à savoir par l’effet d’une parole sur laquelle et sur les effets de laquelle nous n’avons aucun pouvoir.

 

Cette parabole nous conduit au cœur du mystère du salut. Le passage de la chair au Règne de Dieu n'est pas en notre pouvoir. Tout comme le vent souffle où il veut, tout comme on ne peut pas naître de nouveau par la force de la volonté, nul ne peut préjuger du fruit d’une semence ni expliquer la raison finale de sa germination. Tout au plus Jésus renvoie-t-il à l’analogie des différents terrains sur lesquels tombe la semence.

 

C'est la semence de cette parole que le semeur, au-delà de nos volontés et de nos refus, vient répandre en nous. Est-ce parce que cet ensemencement fait peur, au fond, que ceux qui le craignent préfèrent se boucher les yeux et les oreilles, comme le dit Jésus citant Ésaïe (6, 9) ?

 

On retrouve une idée équivalente à cette naissance d'en haut ou à cet ensemencement mystérieux dans quelques autres textes du Nouveau Testament. Cela sous des termes qui en sont assez proches, traduits généralement par "régénération". Comme avec la "régénération" des individus ou du monde, mais plus précisément encore, on est avec le semeur dans le cadre d'une image jardinière, agricole.

 

Ici, dans la parabole du semeur, ne pas voir et de ne pas entendre s'exprime via trois images — de la non-éclosion de la parole :

- ôtée par le diable,

- mal perçue, considérée comme réjouissante (ne pas croître commence par la joie), et dès lors pas enracinée,

- étouffée par les soucis ou l'attrait des richesses, en un mot, la peur.

 

Les trois causes ne renvoient pas à trois catégories de personnes, mais à trois aspects, ou trois degrés de notre incapacité à recevoir la parole dont on sent bien qu'elle écartera tout ce que l'on voudrait préserver en nous : si le grain ne meurt pas, il ne portera pas de grain à son tour... dit Jésus ailleurs. Pour des paysans entendant « semence », ils peuvent penser à tout cela. En tout cas, l’absence de maîtrise des divers éléments ne leur échappe pas.

 

Pas en notre pouvoir. Il s’agit de lâcher prise. Comme le grain doit disparaître pour germer. Qu'il est terrible de lâcher ce que l'on a passé sa vie à établir patiemment ! C'est pourtant ce que suppose le fait de comprendre la Parole : alors seulement, le fruit que nous attendons se préparera. Mais pour cela, il faut se perdre. Perdre l’idée de notre maîtrise des choses — même nous concernant !

 

Voilà donc pour quelques aspects de la semence ; notons encore, concernant le semeur plutôt que la semence, du coup, que lui-même, le semeur, est contraint ici à une humilité que devrait méditer tout prédicateur : ne faire que semer, sans autre pouvoir que celui d’attendre et au mieux, d’arroser, mais encore pas trop : ça peut faire pourrir !

 

*

 

Voyons les empêchements à la germination et à l’éclosion, mentionnés par Jésus.

Le diable, la joie et les soucis  — que signifient le bord du chemin et les oiseaux, la superficialité du terrain, et les épines du terrain qui en est envahi.

Notons à nouveau que le semeur n’y peut rien.

 

Et les bénéficiaires de la semence, de la parole, non plus. Nous n’y pouvons rien. Ce qui est souligné d’emblée par l’évocation du diable. Ce n’est pas notre résistance à la parole qui est mise en cause, c’est le diable qui en ôte la semence.

 

Ce qui permet de bien lire les deux autres causes mentionnées : la joie superficielle, l’enthousiasme vain à son écoute ou à l’inverse le poids des soucis. Je n’ai pas beaucoup de pouvoir sur mon tempérament, qu’il soit du genre à m’enthousiasmer ou qu’il soit du genre inquiet (s’il n’est pas les deux à la fois).

 

La venue du Royaume ne vient ni de mon enthousiasme, qui peut sous cet angle se rapprocher de l’action du diable, ni de mon inquiétude, qui sans s’en rendre compte étouffe l’effet de la parole de Dieu. La venue du Royaume ne vient que de la germination d’une parole qui me précède et qui m’échappe, et cela se compare à une graine tombée dans une bonne terre. Dieu s’est en quelque sorte placé lui-même dans la dépendance.

 

Dieu lui-même s’est réduit à faire venir le Royaume sur le mode de l’ensemencement et de la germination ; d’une façon qui le rende en quelque sorte comme « sujet » d’aléas divers, comme pour un agriculteur les oiseaux, le soleil et les ronces.

 

Tenter de faire venir le Royaume comme si nous avions en la matière plus de pouvoir que Dieu, c’est risquer de faire venir en lieu et place du Paradis espéré, un enfer : l’histoire l’a maintes fois prouvé…

 

Et Dieu l’a envisagé autrement. Et c’est là qu’est le cœur de la question, celle du salut. Que nous dit au fond cette parabole ? Que le salut « ne vient pas de façon à frapper les regards », qu’on ne le fait avancer ni par nos enthousiasmes, ni par nos soucis, qu’il n’a rien à voir avec tout ce que nous prétendrions en construire à force de forcer les choses.

 

Cette parabole nous conduit au cœur de l’Évangile de la foi, de la confiance seule. Il est de l’ordre de la semence à recevoir de la seule écoute de la Parole de Dieu. La bonne terre n’est rien d’autre que cette disposition, cette disponibilité confiante — qui n’est ni bord de chemin, ni cailloux, ni épines. Bonne terre, disponible. Et dès lors à même de fructifier en abondance. C’est la seule façon qu’a proposé Dieu de faire venir le Royaume. En le forçant, on le gâche. En y introduisant un rôle à l’enthousiasme ou au souci, on le manque.

 

Il s’agit simplement d’être ouvert à la Parole de Dieu avec cette confiance :

« Comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi en est-il de ma Parole du moment qu’elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’ai envoyée. Vous serez dans la jubilation et la paix » (Ésaïe 55, 10.11).

 

Romains 8:18-21 :

« J’estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous.

Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu:

livrée au pouvoir du néant-non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle garde l’espérance,

car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. »

 

 

RP

Vence, 13.07.2008

 

 

 

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