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UN AUTRE TEMPS

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Jean 14, 1-21

Par rolpoup :: dimanche 27 avril 2008 à 10:33 :: Dimanches & fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

Jésus, dévoilement du Père

 

 

 

Actes 8, 5-17

Psaume 66

1 Pierre 3, 15-18

Jean 14, 15-21

 

Jean 14, 1-21

1  "Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.

2  Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ?

3  Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi.

4  Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin."

5  Thomas lui dit : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ?"

6  Jésus lui dit : "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi.

7  Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu."

8  Philippe lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit."

9  Jésus lui dit : "Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : Montre-nous le Père ?

10  Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres.

11  Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres.

12  En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père.

 

13  Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils.

14  Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

 

15  "Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ;

16  moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours.

17  C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.

18  Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.

19  Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.

20  En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous.

21  Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m’aime : or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui."

 

 

*

*   *

 

 

Rappelons tout d’abord le contexte : Jésus va partir. Il va mourir. Et on sait de quelle façon. Alors il donne comme un Testament à ses disciples. Une promesse de consolation pour les temps difficiles qu’ils auront à traverser jusqu’à la venue du Règne de Dieu.

 

Rappelez-vous ce que Jésus va leur dire :

 

« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. » (Jean 15, 18)

 

Il n’a rien caché de ce qui attendait ceux qui le suivraient — mais il a empli cela de sa consolation :

 

« Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu’ils vous rejettent et qu’ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.

Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel; c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. (Luc 6, 22-23)

« Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous: c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes. » (Luc 6, 26)

 

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux.

Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.

Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux; c’est ainsi en effet qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » (Matthieu 5, 10-12)

 

« Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite », annonce-t-il alors quelques versets après notre texte : « le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » (Jean 15, 20)

« L’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. » (Jean 16, 2)

 

Tout cela est en vue derrière le premier verset de notre texte : « Que votre cœur ne se trouble pas : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » (Jean 14, 1)

 

On se trouve avec ce ch. 14 de Jean en présence d'un texte très connu, notamment le verset 6 — « Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi », souvent isolé du contexte que je viens de rappeler.

 

Il n’est pas question ici de conversion à une religion, mais d'entrée dans l'intimité du Père — et cela dans le contexte du départ de Jésus : « où je vais, vous en savez le chemin » (v. 4).

 

Voilà qui donne un tour inattendu à ce verset. Par là, le disciple est appelé à venir, en Jésus, à une position semblable à celle de Jésus vis-à-vis du Père.

 

*

 

Quelque chose de très concret, et je vais prendre un exemple concret contemporain : outre la commémoration de déportation aujourd’hui-même, nous sommes ces temps-ci dans le quarantenaire de la mort de Martin Luther King (le 4 avril 1968). Il nous en reste une image heureuse, celui d’un combat remporté, dont le fruit se concrétise jusque dans le déroulement de l’élection présidentielle américaine actuelle. Ce qui se passe autour de Barack Obama n’aurait pas été possible sans le combat de Martin Luther King.

 

Voilà ce qu’on en retient : un combat finalement heureux… au point qu’on en ignore presque le prix. Je ne parle pas seulement de l’assassinat du pasteur qui portait dans la non-violence son combat pour les Droits civiques. Je parle des affreuses calomnies par lesquelles on a voulu l’abattre — et qui aux yeux de certains souillent sa mémoire jusqu’à aujourd’hui — selon la formule attribuée à Goebbels : « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Et puisque c’est aujourd’hui la journée de la déportation, on voit à quel point tout se lie. On met à juste titre côte à côte ces deux grands témoins du XXe siècle, témoins de l’Évangile et de ses implications concrètes : l’allemand déporté Dietrich Bonhöffer et le combattant américain — deux combats pour la même cause : en Jésus Christ, il n’y a ni juif ni grec, ni « noir » ni « blanc », ni citoyen ni métèque... Vous êtes tous un en Jésus Christ.

 

Calomnie, disions-nous. C’est la dernière arme, l’arme des lâches, qu’on a utilisée contre Martin Luther King — comme on a calomnié son maître en le traitant d’ivrogne de glouton, d’ami des prostituées et de traître à la patrie.

 

Exactement les attaques calomnieuses qu’a endurées, avant lui, son Seigneur. Compte tenu de son combat et du contexte de la guerre froide, on l’a d’abord accusé de faire le jeu de l’Union soviétique (comme pour Jésus accusé de subversion politique, et de faire le jeu des Romains).

 

Et lorsqu’on a vu que cela ne marchait pas, que cela ne tenait pas la route, on a voulu l’abattre en s’attaquant à sa vie privée, et si possible conduire son couple à la séparation (sachant ce que cela aurait pu entraîner de discrédit dans l’Amérique d’alors). Pour cela, on n’a rien négligé, l’accusant d’infidélité conjugale. Ayant mis des micros dans ses chambres d’hôtel, on a voulu l’accuser d’y faire venir des prostituées (accusation semblable à celles proférées contre Jésus) — et on a produit des enregistrements, qui ne prouvent évidemment pas les allégations dont on les a accompagnées en les envoyant à son épouse… En vain, mais ça aurait pu la déstabiliser.

 

Dans un zèle persécuteur — quand on sait que jusqu’à aujourd’hui l’Amérique est prête à destituer un Président pour ce genre de fautes… —, ses ennemis ont aussi envoyé les allégations et les enregistrements au Vatican ! Maladresse de la haine : cela permet d’être assuré aujourd’hui que ces calomnies ne valaient rien — quand on sait que le Vatican, à cheval oh combien ! sur ce genre de choses, les a balayées d’un revers de main. Ce que visaient les ennemis de Martin Luther King dans leur zèle persécuteur, n’a fait rien d’autre que fournir la preuve de leur mensonge et de leur méchanceté. Calomnie !… mais vous verrez jusqu’à présent des films qui relèvent ces allégations sans prendre la peine de les réfuter (dans l’esprit des auteurs il est peut-être évident que c’est faux, mais la phrase de Goebbels a ainsi gardé écho dans le doute que les ennemis du pasteur ont voulu insinuer !)

 

Illustration remarquable du discours d’adieu de Jésus et de ce à propos de quoi il promet la consolation de son Esprit. Il faut rien moins que l’Esprit saint pour survivre à de telles calomnies — « heureux serez-vous lorsqu’on dira contre vous toute sorte de mal à cause de moi ».

 

« Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » Voilà une parole qui dans son contexte, devient parole de consolation, qui annonce le Consolateur, l’esprit de vérité, « qui vous conduira dans toute la vérité » — au-delà des mensonges et des calomnies. Le disciple du Christ reçoit ainsi la promesse d’un Esprit, l’Esprit de Dieu, qui précède tous les temps et tous les mensonges, et qui ancre le disciple dans une vérité indestructible. Voilà une consolation indicible, vrai chemin de Vie — Chemin, Vérité et Vie. « Je suis le chemin et la vérité et la vie », promet Jésus.

 

*

 

Rappelons-nous que l'Évangile selon Jean débute par la présentation de la Parole éternelle, venue en Jésus Christ, qui demeure éternellement dans le sein du Père. Demeurer dans le sein du Père. Ce à quoi nous sommes appelés aussi. « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père » : c’est-à-dire que chaque disciple est appelé à vivre aussi lui-même, comme être unique, cette relation d'intimité avec Dieu qui est la Consolation de Jésus et celle des siens ; et cela dès aujourd’hui.

 

Dans la présence de Dieu, les particularités individuelles de chacun sont appelées à devenir autant de signes du Dieu invisible, à l'image de Jésus.

 

C'est pourquoi (v. 12), celui qui croit en lui fait aussi les œuvres du Christ. Et mieux, par l'accès à Dieu à présent dévoilé par Jésus, dévoilé dans sa glorification à la croix par sa résurrection, les œuvres des disciples en sont même plus grandes que celles d'avant de dévoilement en Jésus de ce qui se peut savoir de Dieu. De quoi d’autre témoigne un Martin Luther King, réconciliant l’irréconciliable ? — : œuvre immense à la suite de celle de son Maître et Seigneur.

 

Cela parce que le dévoilement de Dieu en Jésus, scellé dans son départ, sa crucifixion, est attesté par sa résurrection : ici quand il parle de son retour — « lorsque je serai allé vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi » (v.3), — plutôt que de sa Parousie, de sa venue glorieuse, Jésus parle d’abord de sa résurrection. C'est là le retour qui suit son départ par la croix. Ce qui signifie que cette présence de ceux qui croient en la maison du Père ne renvoie pas tant à un après la fin des temps ou à un après la mort, qu'à un dès ici-bas. Ainsi, notre texte est immédiatement suivi par la promesse du don de l'Esprit saint. Car c’est bien ici bas que les disciples marchent dans le chemin de Vérité et de Vie — et c’est cela être disciple.

 

Ce qui est donné à chacun dans sa résurrection, le fait qu'en Jésus se dévoile l'entrée dans l'intimité du Père est ce qui s'est alors manifesté dans le temps, sous la chair : en Jésus homme, Dieu s'est dit lui-même. Sa Parole est donnée, est faite chair. Tout ce qui se peut savoir de Dieu est dévoilé à la connaissance des disciples.

 

Il s'agit là d'une connaissance concrète, dans laquelle on entre pour y prendre part. Il n'est pas question que de connaissance en un sens purement théorique (la « vérité » comme discours), mais de l’entrée dans un vécu — la Vie, dans l'intimité du Père, dès ici-bas.

 

Une telle nouvelle a de quoi étonner, sachant combien nous demeurons, en même temps, des pécheurs. Mais c'est précisément là l'Évangile : il n'est d'entrée dans la vie du Père que par le Fils en qui il se dévoile. Et on sait que ce dévoilement est dans un cheminement qui débouche sur sa croix et par elle, sur la Vie.

 

C'est en quoi Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie.

 

Cette entrée dans l'intimité du Père qui se donne dans notre temps en Jésus, est le dévoilement du Dieu éternel. Par l'Incarnation, le Père se dévoile dans le Fils. Et l'éternité du Fils déborde infiniment sa stricte présence au temps. Lorsque dans le temps, Jésus parle ou agit, c'est le Père, qui dans l'éternité, est en train d'accomplir ses œuvres. Et en lui, cela vaut pour chacun de nous, cela donne à nos actions une portée éternelle. Témoin Martin Luther King, entre autres.

 

« Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père ». Cela signifie qu'entrer par le Christ dans la maison de Dieu veut dire, non pas tomber dans un déficit de vie, mais devenir pleinement soi-même, comme le Christ n'est pas moins homme de par sa communauté de nature avec Dieu, mais est au contraire pleinement homme.

 

Il y a là ouverture possible à une cessation des morcellements de nos vies ; l'intimité du Père et du Fils fonde en effet dans l’Esprit saint la possibilité de vraies rencontres du prochain contre des vies désagrégées, atomisées, bardées de murs de désespoir. Vivre dans l'intimité de Dieu : devenir soi-même sous le regard du Père. Chemin de la rencontre du Père, manifestation de la vérité contre les masques, Jésus est aussi, et par là-même, la Vie. C’est la consolation qui nous est donnée par l’Esprit saint.

 

 

R.P.

Vence, 20.04.08

Antibes 27.04.08

 

 

 

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