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Matthieu 21, 1-11Par rolpoup :: dimanche 16 mars 2008 à 9:01 :: Dimanches & fêtes
De Soukkoth aux Rameaux Ésaïe 50, 4-7 Psaume 22 Philipppiens 2, 6-11 Matthieu 20, 29-21, 11 Matthieu 21, 1-11 1 Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples 2 en leur disant : "Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et un ânon avec elle ; détachez-la et amenez-les-moi. 3 Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin, et il les laissera aller tout de suite." 4 Cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qu’a dit le prophète : 5 Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme. 6 Les disciples s’en allèrent et, comme Jésus le leur avait prescrit, 7 ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; puis ils disposèrent sur eux leurs vêtements, et Jésus s’assit dessus. 8 Le peuple, en foule, étendit ses vêtements sur la route ; certains coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. 9 Les foules qui marchaient devant lui et celles qui le suivaient, criaient : "Hosanna au Fils de David! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Hosanna au plus haut des cieux !" 10 Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi : "Qui est-ce ?" disait-on ; 11 et les foules répondaient : "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée." Lévitique 23, 38-43 38 Vous observerez les sabbats de l’Éternel, sans compter vos dons et vos vœux, ainsi que toutes les offrandes volontaires que vous donnerez à l’Éternel. 39 Le quinzième jour du septième mois, quand vous récolterez les produits du pays, vous célébrerez donc une fête à l’Éternel, pendant sept jours: le premier jour sera un jour férié, et le huitième sera un jour férié. 40 Vous prendrez, le premier jour, du fruit de beaux arbres, des branches de palmiers, des rameaux d’arbres touffus et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez devant l’Éternel, votre Dieu, pendant sept jours. 41 Vous célébrerez chaque année cette fête à l’Éternel, pendant sept jours. C’est une prescription perpétuelle pour toutes vos générations. Vous la célébrerez le septième mois. 42 Vous demeurerez pendant sept jours sous des huttes ; tous les autochtones en Israël demeureront sous des huttes, 43 afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des huttes les Israélites, après les avoir fait sortir du pays d’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu. * « Vous prendrez, le premier jour, du fruit de beaux arbres, des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence de l'Éternel votre Dieu, durant sept jours » (Lévitique 23:40). Il s’agit de la fête de Soukkoth, célébrée au début de l’automne… Les rameaux agités pendant les jours de cette fête de Soukkoth — la fête des Cabanes —, sont donc un bouquet de feuillages. Des rameaux composés d'une palme et de feuillage de plusieurs arbres. Le dernier jour de cette fête occupe une place à part dans le judaïsme. Tous les fidèles, rameaux en main, font en cortège sept fois le tour du Livre de la Torah, en chantant Hoshanna : « O Seigneur, secours-nous ! » (Psaume 118:25). Auparavant, on lit dans la Torah le passage du Lévitique sur le Shabbath, le jour du repos, et sur les fêtes diverses, dont Soukkoth termine la liste (Lévitique 22:26-23:44). Dans le dernier chapitre du livre de Zacharie, lu le premier jour de la fête, le prophète Zacharie (chapitre 14:1-21) annonce un temps où tous les peuples se réuniront pour lutter contre Jérusalem et s'en empareront. Mais seront finalement vaincus. « Et ceux qui se seront dressés contre Jérusalem y monteront chaque année pour se prosterner devant le Roi Seigneur des Armées, et célébrer la solennité de Soukkoth ». Car, dans sa signification profonde, la fête des Cabanes, symbole de la protection divine, est aussi préfiguration des jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant. Le Messie annoncé par ce même Zacharie (ch. 9:9) arrivant sur un ânon. * Évidemment, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête de Soukkoth. Et ce n’est sans doute pas par hasard. S’annonce alors pour le peuple la venue du Règne du Messie que l’on reconnaît en Jésus. C’est là qu’il faut rappeler qu’immédiatement après Soukkoth vient la fête de Simhat-Torah, ce qui signifie « la joie de la Torah », la Torah, à savoir la Loi de Dieu. Car avec la fête de Soukkoth, il s'agit de bien autre chose que d'un simple séjour d'une semaine dans une cabane. C’est ce que rappellent les événements qui se déroulent pendant la fête de Simhat-Torah : - C'est la fête de la joie et de la liberté : libéré de l'esclavage d'Égypte, le peuple poursuit sa route vers la Terre promise sous la protection de Dieu. C'est cette même impression de liberté que fait éprouver le séjour sous cette toiture de branches qui permet de contempler le soleil et les étoiles, « libéré de la contrainte » d’une maison aux murs de pierre. - C'est la fête où l'on exprime sa confiance envers Dieu, qu'on glorifie en réunissant dans le rameau ses plus belles espèces des arbres de sa création, et en décorant la soukkah (la cabane) des fruits de l'automne ; dans l’espérance que la nature sera encore féconde et généreuse. - Mais le temps n'est pas seulement le cycle des saisons, c'est aussi l'histoire : Soukkoth est l’époque où la sortie d'Égypte est accomplie et où l'histoire du peuple de la promesse commence véritablement. - Plus qu’une fête agricole ou de commémoration, Soukkoth annonce alors aussi la réconciliation avec Dieu dans la confiance en sa promesse. La fête des Cabanes célèbre donc un chemin de liberté dont Rameaux annonce qu’il arrive à son terme avec Jésus : la terre promise, le Règne de Dieu est enfin en vue. Mais ce chemin n’est pas terminé. On n’est pas encore à Pâques, et même après le dimanche de Pâques qui annonce la résurrection de toutes choses, l’histoire, on le sait, se poursuit. Parsemée de douleurs, l’histoire est aussi chemin de liberté, promesse de joie. Et elle est telle parce que le chemin est ouvert pour nous, dessiné par la Loi de Dieu. Ce que rappelle la fête de la joie de la Torah. * Le texte des Dix paroles que nous avons lu résume le chemin de liberté qu’est la Loi de Dieu — j’allais dire l’Évangile, la bonne nouvelle de la liberté qu’est la Loi de Dieu. Car c’est une parole de liberté qui nous est donnée par ces dix paroles. Dix paroles plutôt que dix commandements, car le Décalogue — les Dix paroles — contient neuf commandements et une parole, la première, qui n’est pas un commandement. La première parole est en effet la suivante : « je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage ». Voilà tout de même une bonne nouvelle. Les neuf autres paroles déclinent pour nos vies cette première parole. Elles sont commandements, mais aussi, en tant que telles, elles sont promesse : « tu n’auras d’autre Dieu que moi et tu ne te feras pas d’images » — pour la seconde parole. Ce n’est pas simplement un commandement, c’est aussi, par là-même, une promesse ! « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » ; quand tu entreras dans la liberté que je te donne, « tu n’auras d’autre Dieu que moi et tu ne te feras pas d’idoles ». Et on peut dire la même chose de tous les autres commandements : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » ; quand tu entreras dans la liberté que je te donne, « tu ne prononceras pas le Nom de Dieu pour rien dire » ; « tu mettras à part le jour du repos, réservé à Dieu » ; « tu honoreras ton père et ta mère » ; « tu ne commettras pas de meurtre » ; « tu ne commettras pas d’adultère » ; « tu ne commettras pas de vol » ; « tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain » ; « tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain ». Bref : « toi mon peuple, tu seras libre ». Et s’il est un signe fort de cette liberté, c’est précisément le commandement et la promesse du repos. On est au cœur de la libération par rapport aux idoles. C’est la deuxième parole : « tu n’auras d’autre Dieu que moi et tu ne te feras pas d’images — d’idoles ». Parole tout à fait actuelle, quoiqu’on en pense ! Ainsi Jésus nommera, parmi d’autres idoles, cette idole en train de dévorer le monde : Mammon — le nom que Jésus donne à la puissance de l’argent ! C'est la figure de la tentation la plus terrible par laquelle le diable réclame l'adoration. Par elle, il a un pouvoir mondial, représenté à l'époque par la puissance des empires, de l’Égypte à Babylone et à l’Empire romain — au temps de Jésus. Des empires depuis longtemps écroulés, mais qui ont bien des successeurs. Et l’idole, Mammon, est bien reconnaissable au fond : aujourd’hui, règne la consommation ou son culte : le consumérisme. Un signe incontestable du règne de cette idole est le renversement des signes de Dieu qu’elle opère, l’essai d’abolition des dons de Dieu. Voulons-nous un signe ? Ne plus se reposer, ne plus recevoir le don du repos consacré à Dieu, pour, au lieu de cela, consommer ! Le toujours plus contre le Shabbath, me repos ! Signe éloquent tout de même ! Signe de notre époque. Remplacer les temps de célébration par les temps de consommation. Un autre signe ? Cette année encore, nous célébrons Pâques en pleine période scolaire. Les vacances de Pâques ont été abolies pour des raisons strictement économiques : remplacées par les vacances de ski. Entendons-nous bien, je n’ai rien contre le ski… Ni ne demande le rétablissement des vacances de Pâques dans une société laïque ! Mais il faut au moins se poser la question : laïque, vraiment, ou consumériste, c’est-à-dire en proie à l’idolâtrie qui traverse le temps, le culte de Mammon ? Et ça peut aller loin ! L’idole tue. Je lis les lignes suivantes dans un magazine, n° de cette semaine : « Ils se sont suicidés dans une agence bancaire, un bureau d'études ou une centrale nucléaire. Ils sont les dernières victimes d'un nouveau mal du siècle : le stress qui tue. Course à la productivité et isolement des salariés sont responsables de ce fléau mis en évidence, cette semaine, par un rapport officiel. […] Depuis quelques mois, la liste [des suicides] s'allonge. […] Et le travail, le stress, la souffrance professionnelle sont désignés comme la cause déterminante du geste fatal. » « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » ; quand tu entreras dans la liberté que je te donne, tu recevras le signe de cette liberté en mettant à part ce jour du repos, consacré à Dieu qui te libère aujourd’hui, pour toi, les tiens, tes employés, etc. C’est bien de liberté qu’il est question, de liberté dont on se prive en croyant être libre ! Quelle ironie ! Quelle liberté que celle de devenir une machine à produire et consommer ! On aurait pu nommer d’autres idoles contemporaines et leur culte : culte de la personnalité, culte du moi, culte du biologique d’un côté, des morts de l’autre, recherche angoissée d’on ne sait quelle bonne aventure face à un avenir incertain. Mais la promesse de Dieu est toujours là : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » ; quand tu entreras dans la liberté que je te donne, tu sauras enfin accueillir le don que je te fais, le don de toi-même. Une promesse, parce qu’il n’est pas facile d’entrer dans la terre promise pour aujourd’hui. Rappelez-vous le peuple au désert, après le don de la Loi, en rébellion perpétuelle. « Je jurai dans ma colère : on verra bien s’ils entreront dans mon repos » dira le Ps 95:11 ; cf. Hé 3:11). Le repos apparaît alors bien comme un don, une grâce ! Quelle ironie que l’idole consumériste, à l’instar des autres cultes idolâtres, qui donne à ses proies l’illusion qu’elles sont libres ! Alors le Seigneur nous redit sa promesse : « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant bien longtemps après, par la bouche de David (Ps 95:7-8), comme il a été dit plus haut : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. […] Il reste donc un repos de sabbat pour le peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là » (Hé 4:7 & 9-11). « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. » Ce n’est pas une contrainte, c’est une parole de liberté et une promesse qui nous est renouvelée en ce jour de Rameaux, en réponse à notre cri : « Hoshanna ». Alors que tel soit notre cri, pour nous et pour notre monde esclave : « Hoshanna », Sauve, Seigneur, sauve dès à présent, selon ta promesse : « je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage ». RP Antibes 16 mars 2008 |
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