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Jean 14

Par rolpoup :: jeudi 02 juillet 2009 à 23:57 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Où il est question de vérité

 

 

 

Jean 14

1  "Que votre cœur ne se trouble pas: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.

2  Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez?

3  Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi.

4  Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin."

5  Thomas lui dit: "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin?"

6  Jésus lui dit: "Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi.

7  Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu."

8  Philippe lui dit: "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit."

9  Jésus lui dit: "Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu: Montre-nous le Père?

10  Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres oeuvres.

11  Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces oeuvres.

12  En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les oeuvres que je fais; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père.

13  Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils.

14  Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

15  "Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements;

16  moi, je prierai le Père: il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours.

17  C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.

18  Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.

19  Encore un peu, et le monde ne me verra plus; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.

20  En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous.

21  Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m’aime: or celui qui m’aime sera aimé de mon Père et, à mon tour, moi je l’aimerai et je me manifesterai à lui."

22  Judas, non pas l’Iscariote, lui dit: "Seigneur, comment se fait-il que tu aies à te manifester à nous et non pas au monde?"

23  Jésus lui répondit: "Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure.

24  Celui qui ne m’aime pas n’observe pas mes paroles; or, cette parole que vous entendez, elle n’est pas de moi mais du Père qui m’a envoyé.

25  Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous;

26  le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.

 

 

« Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » Voilà un propos qui a fait coulé pas mal d’encre — prêtant à pas mal de confusions, faisant dire à Jésus : nul ne vient au Père que par l’Église ! — et pas n’importe laquelle ! Ou encore : nul ne vient au Père que par la religion chrétienne.

 

Quid alors de ceux qui ont vécu avant l’ère chrétienne ? Et la foi de Jésus de se voir dès lors muer en un rite, ou une série de rites — éventuellement susceptibles de varier dans le temps par un système d’évolution et d’abrogations auxquelles il s’agit dès lors d’être très vigilant sous peine de se voir taxé d’avoir raté quelque train de l’histoire religieuse !

 

Bref, à l’époque des disciples, le coche aurait été tenu par Jésus, qui aurait repris les rênes de Moïse avant qu’elles ne soient transmises à Mahomet puis aux prophètes mormons… ou autres étapes que ne franchissent que ceux qui ne stoppent pas le processus avant : à Mahomet pour les musulmans, à Jésus pour les chrétiens — c’est-à-dire, ici, concrètement, à l’Église qui en dessine le portrait adéquat !

 

À moins qu’on ne revienne au texte et à ce que Jésus y dit ! Le discours ci-dessus isole tout simplement « vérité » en oubliant « chemin » et « vie », sans compter que ce discours a au préalable investi le mot « vérité » d’un sens bien rationaliste et binaire sur le mode du « c’est vrai ou c’est faux » ! Or le mot grec traduit un mot hébreu qui, lui, a donné : « Amen » — non pas « vérité conceptuelle », mais quelque chose de l’ordre de l’acquiescement. Acquiescement en l’occurrence à un chemin qui conduit à la vie.

 

Quand on sait que ces paroles renvoient à la mort toute proche de Jésus, qui ouvre sur la résurrection des morts, on a en lui un chemin qui seul conduit au Père d’une tout autre nature que la prétention à l’exclusivité qui serait celle du chef de secte qu’on en a fait. Il n’est d’accès au Père, à la Vie éternelle, à la résurrection, que dans la mort à soi-même que Jésus s’apprête à assumer pour nous.

 

Philippe veut-il voir ? Circulez, il n’y a rien à voir ! Résumé en substance de la réponse de Jésus — qui passe dès lors du voir au croire. Ce que l’on remarque hélas trop peu. Car cela vaut, du coup, évidemment pour nous, qui n’avons pas vu Jésus.

 

« Qui m’a vu a vu le Père » n’est ainsi évidemment pas à prendre comme étant d’ordre visuel ! — mais comme signifiant au contraire : il n’y rien à voir, mais à croire ; Philippe qui vient d’enchaîner sur les propos de Thomas devenant ainsi un précurseur du Thomas qui voudra voir pour croire la résurrection de Jésus.

 

Ici comme là, c’est de nous, qui ne pouvons plus voir, qu’il s’agit — et non pas pour nous imaginer qu’il suffiraient de nous confectionner des images pour pallier à l’impossibilité de voir celui dont il nous est avantageux qu’il s’en allât.

 

Croyez seulement, confiance, et « Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. »

 

Relation étrange que celle de l'Esprit et des disciples. Jésus l'annonce, les disciples recevrons, connaîtront l'Esprit... parce qu'ils le connaissent déjà. Ils vivront de l'Esprit en quelque sorte parce qu'ils en vivent déjà ! C'est là rien d'autre que ce que ce que disent les v.16-17 : "le Père vous donnera... l'Esprit de vérité... [cela parce que contrairement au monde,]... vous le connaissez, parce qu'il demeure près de vous et qu'il est en vous"...

 

L'Esprit ne se fait donc connaître qu'à ceux qui le connaissent, il n'est donné qu'à ceux en qui il demeure déjà. Contrairement au “monde”, c’est à dire à “l’apparence”, qui ne peut pas le recevoir, parce qu'il ne le connaît pas. Tout un programme, nous donnant un rapport étroit entre l'Esprit de Jésus, qui est la communion au Père et au Fils (v. 20), — et l'obéissance à sa parole, à ses commandements

 

On entre dans la question de l'Alliance entre Dieu et son peuple. L’Esprit ou la Torah telle qu’elle s'inscrit dans le cœur des croyants par le don de l'Esprit. C’est un des aspects connus des Prophètes et qui est signifié à nouveau dans le dévoilement de la Parole de Dieu en Jésus Christ ; la Torah s'inscrit dans le cœur des croyants par le don de l'Esprit que Jésus promet de la part du Père.

 

En tout cela l'Esprit de la promesse nous précède.

 

Et là, apparaît Jude… Ou « Judas, non pas l’Iscariote », dit littéralement le texte. Il est significatif que la TOB ait choisi de rendre cela par « Jude, non pas Judas l’Iscariote ». Pour le grec, « Jude » s’écrit bien « Judas », qui rend l’hébreu « Juda ».

 

Or voilà que ce nom superbe, renvoyant à l’idée de « louange » en est venu à être chargé d’une signification telle que l’on peine même à l'utiliser pour un autre Judas, qui n’est pas le traître.

 

Ambivalence de notre « louange » ? Louange du « monde », en forme de flatterie et de « baiser de Judas » ; ce monde qui ne reçoit pas le Christ. Louange dans l’Esprit de Vérité envoyé par le Père qui se traduit concrètement par l’observance de sa parole, cette parole venue finalement en Jésus, et dont l’observance est le signe de la présence de celui à qui est destinée la louange.

 

« J’avais mis en l’Eternel mon espérance ; Et il s’est incliné vers moi, il a écouté mes cris.

Il m’a retiré de la fosse de destruction, Du fond de la boue ; Et il a dressé mes pieds sur le roc, Il a affermi mes pas.

Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, Une louange à notre Dieu ; Beaucoup l’ont vu, et ont eu de la crainte, Et ils se sont confiés en l’Eternel. » (Psaume 40, 1-3)

 

 

 

Jean 13

Par rolpoup :: mardi 30 juin 2009 à 23:17 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Servir ou trahir

 

 

 

Jean 13

1  Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême.

2  Au cours du repas, alors que déjà le diable avait jeté au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer,

3  sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il va vers Dieu,

4  Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint.

5  Il verse ensuite de l'eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

6  Il arrive ainsi à Simon-Pierre qui lui dit : « Toi, Seigneur, me laver les pieds ! »

7  Jésus lui répond : « Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras. »

8  Pierre lui dit : « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu ne peux pas avoir part avec moi. »

9  Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, non pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »

10  Jésus lui dit : « Celui qui s'est baigné n'a nul besoin d'être lavé, car il est entièrement pur : et vous, vous êtes purs, mais non pas tous. »

11  Il savait en effet qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il dit : « Vous n'êtes pas tous purs. »

12  Lorsqu'il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous ?

13  Vous m'appelez “le Maître et le Seigneur” et vous dites bien, car je le suis.

14  Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ;

15  car c'est un exemple que je vous ai donné : ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi.

16  En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l'envoie.

17  Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique.

18  Je ne parle pas pour vous tous ; je connais ceux que j'ai choisis. Mais qu'ainsi s'accomplisse l'Ecriture : Celui qui mangeait le pain avec moi, contre moi a levé le talon.

19  Je vous le dis à présent, avant que l'événement n'arrive, afin que, lorsqu'il arrivera, vous croyiez que Je Suis.

20  En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j'enverrai, c'est me recevoir moi-même, et me recevoir c'est aussi recevoir celui qui m'a envoyé. »

21  Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé intérieurement et il déclara solennellement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous va me livrer. »

22  Les disciples se regardaient les uns les autres, se demandant de qui il parlait.

23  Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se trouvait à côté de lui.

24  Simon-Pierre lui fit signe : « Demande de qui il parle. »

25  Se penchant alors vers la poitrine de Jésus, le disciple lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? »

26  Jésus répondit : « C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Sur ce, Jésus prit la bouchée qu'il avait trempée et il la donna à Judas Iscariote, fils de Simon.

27  C'est à ce moment, alors qu'il lui avait offert cette bouchée, que Satan entra en Judas. Jésus lui dit alors : « Ce que tu as à faire, fais-le vite. »

28  Aucun de ceux qui se trouvaient là ne comprit pourquoi il avait dit cela.

29  Comme Judas tenait la bourse, quelques-uns pensèrent que Jésus lui avait dit d'acheter ce qui était nécessaire pour la fête, ou encore de donner quelque chose aux pauvres.

30  Quant à Judas, ayant pris la bouchée, il sortit immédiatement : il faisait nuit.

31  Dès que Judas fut sorti, Jésus dit : « Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié par lui ;

32  Dieu le glorifiera en lui-même, et c'est bientôt qu'il le glorifiera.

33  Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. Vous me chercherez et comme j'ai dit aux Judéens : “Là où je vais, vous ne pouvez venir”, à vous aussi maintenant je le dis.

34  « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.

35  A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »

36  Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. »

37  « Seigneur, lui répondit Pierre, pourquoi ne puis-je te suivre tout de suite ? Je me dessaisirai de ma vie pour toi ! »

38  Jésus répondit : « Te dessaisir de ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te le dis, trois fois tu m'auras renié avant qu'un coq ne se mette à chanter. »

 

 

« Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent, mais par la suite tu comprendras » dit Jésus à Simon Pierre.

 

À ce moment là un « fils de Simon ! », Judas fils de Simon, a déjà arrêté la pensée de trahir.

 

Trahir ou servir. Jésus a insisté pour laver les pieds de ses disciples, en exemple de ce qu’ils doivent servir.

 

Judas a arrêté sa pensée : trahir. Pierre trahira aussi, mais pour une trahison d’une portée limitée.

 

Auparavant, comme pour un signe, Jésus leur a lavé les pieds.

 

« C’est impossible aux hommes, mais à Dieu tout est possible ». Tel pourrait être le résumé de la leçon reçue par Pierre. Homme courageux, Pierre découvrira ses limites au chant du coq, volatile symbolisant à merveille les capacités du courage des hommes face aux limites de l’impossible signifié par la Croix — mais « à Dieu, tout est possible ».

 

Dieu qui nous a rejoints en Jésus servant… que l’on rejoint par le service.

 

Telle est la Cène dans l’Évangile de Jean, comme pour dire que la communion n’est pas un phénomène mécanique de partage d’un repas — Judas y a participé ! — mais est dans le service de Dieu, service par lequel il nous rejoint, et hors duquel il n’y a que trahison.

 

« Mes ennemis sont pleins de vie, pleins de force ; Ceux qui me haïssent sans cause sont nombreux.

Ils me rendent le mal pour le bien ; Ils sont mes adversaires, parce que je recherche le bien.

Ne m’abandonne pas, Eternel ! Mon Dieu, ne t’éloigne pas de moi !

Viens en hâte à mon secours, Seigneur, mon salut ! » (Psaume 38, 19-22)

 

 

 

Jean 12, 20-50

Par rolpoup :: lundi 29 juin 2009 à 23:41 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Si le grain ne tombe en terre…

 

 

 

Jean 12, 20-50

20  Il y avait quelques Grecs parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant la fête.

21  Ils s’approchèrent de Philippe, de Bethsaïda en Galilée, et lui demandèrent: Seigneur, nous voudrions voir Jésus.

22  Philippe alla le dire à André, puis André et Philippe allèrent le dire à Jésus.

23  Jésus leur répondit: L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.

24  En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25  Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui a de la haine pour sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle.

26  Si quelqu'un veut me servir, qu'il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, le Père l'honorera.

27  « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est précisément pour cette heure que je suis venu.

28  Père, glorifie ton nom. » Alors, une voix vint du ciel : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. »

29  La foule qui se trouvait là et qui avait entendu disait que c'était le tonnerre ; d'autres disaient qu'un ange lui avait parlé.

30  Jésus reprit la parole : « Ce n'est pas pour moi que cette voix a retenti, mais bien pour vous.

31  C'est maintenant le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors.

32  Pour moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. »

33  — Par ces paroles il indiquait de quelle mort il allait mourir.

34  La foule lui répondit : « Nous avons appris par la Loi que le Christ doit rester à jamais. Comment peux-tu dire qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé ? Qui est-il, ce Fils de l'homme ? »

35  Jésus leur répondit : « La lumière est encore parmi vous pour un peu de temps. Marchez pendant que vous avez la lumière, pour que les ténèbres ne s'emparent pas de vous : car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.

36  Pendant que vous avez la lumière croyez en la lumière, pour devenir des fils de lumière. » Après leur avoir ainsi parlé, Jésus se retira et se cacha d'eux.

37  Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui,

38  de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Esaïe avait dite : Seigneur, qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?

39  Le même Esaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient croire :

40  Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas, et je les aurais guéris !

41  Cela, Esaïe le dit parce qu'il a vu sa gloire et qu'il a parlé de lui.

42  Cependant, parmi les dirigeants eux-mêmes, beaucoup avaient cru en lui ; mais, à cause des Pharisiens, ils n'osaient le confesser, de crainte d'être exclus de la synagogue :

43  c'est qu'ils préféraient la gloire qui vient des hommes à la gloire qui vient de Dieu.

44  Cependant, Jésus proclama : « Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé,

45  et celui qui me voit, voit aussi celui qui m'a envoyé.

46  Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.

47  Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, ce n'est pas moi qui le juge : car je ne suis pas venu juger le monde, je suis venu sauver le monde.

48  Qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles a son juge : la parole que j'ai dite le jugera au dernier jour.

49  Je n'ai pas parlé de moi-même, mais le Père qui m'a envoyé m'a prescrit ce que j'ai à dire et à déclarer.

50  Et je sais que son commandement est vie éternelle : ce que je dis, je le dis comme le Père me l'a dit. »

 

 

Un signe, pour Jésus, que son jour approche : des Grecs veulent le voir. Ils vont le voir, élevé dans la gloire. Ces Grecs, qui sont en fait des Judéens de la diaspora, viennent de loin ; ils viennent au Temple, pour la Pâque. Et ils veulent voir Jésus, qui annonçait son corps ressuscité comme le Temple du Royaume qui vient.

 

Ils veulent voir Jésus, ils vont bientôt le voir : dès lors, il le sait, son heure approche. Ils vont le voir, élevé à la croix, élevé à la gloire, d’où il va attirer tous les hommes à lui, depuis les extrémités de la Terre.

 

Et ainsi, mis à mort comme le grain qui tombe en terre, il va porter le fruit de la promesse faite à Abraham jusqu’aux extrémités de la Terre.

 

La question est alors celle de notre entrée dans ce Royaume. Et Jésus en indique le chemin en réponse à ses disciples venus lui annoncer la demande des Grecs : « Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s’y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. »

 

Être sur la croix avec lui, dans sa gloire.

 

Si le Christ demeure éternellement, s’il est la lumière qui permet la vie et le devenir, il peut être retiré du monde. C’est ce qui advient lors de son élévation, à la croix, donc.

 

C’est ainsi que si la croix, comme élévation, comme ascension, est glorification du Christ, elle est aussi signe de son retrait, de son absence.

 

C’est en sa présence que l’on devient en plénitude, que l’on devient enfant de lumière. Son absence est signe de ténèbres, préfiguration de la croix — et comme pour une mise en garde : « il s’en alla et se cacha loin d’eux ».

 

« Ne t'enflamme pas contre les méchants, ne fais pas de zèle contre les criminels,

car ils se faneront aussi vite que l'herbe, et comme la verdure, ils se flétriront.

Compte sur le SEIGNEUR et agis bien pour demeurer dans le pays et paître en sécurité.

Fais tes délices du SEIGNEUR, il te donnera ce que ton cœur désire. » (Psaume 37, 1-4)

 

 

 

Marc 5, 21-43

Par rolpoup :: dimanche 28 juin 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

“Jeune fille, lève-toi”

 

 

 

Ézéchiel 18, 21-32

Psaume 30

2 Corinthiens 8, 7-15

 

Marc 5, 21-43

21  Quand Jésus eut regagné en barque l'autre rive, une grande foule s'assembla près de lui. Il était au bord de la mer.

22  Arrive l'un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros : voyant Jésus, il tombe à ses pieds

23  et le supplie avec insistance en disant : "Ma petite fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive."

24  Jésus s'en alla avec lui ; une foule nombreuse le suivait et l'écrasait.

 

25  Une femme, qui souffrait d'hémorragies depuis douze ans

26  - elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu'elle possédait sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré,

27  cette femme, donc, avait appris ce qu'on disait de Jésus. Elle vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.

28  Elle se disait : "Si j'arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée."

29  À l'instant, sa perte de sang s'arrêta et elle ressentit en son corps qu'elle était guérie de son mal.

30  Aussitôt Jésus s'aperçut qu'une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : "Qui a touché mes vêtements ?"

31  Ses disciples lui disaient : "Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : Qui m'a touché ?

32  Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela.

33  Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.

34  Mais il lui dit : "Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal."

 

35  Il parlait encore quand arrivent, de chez le chef de la synagogue, des gens qui disent : "Ta fille est morte ; pourquoi ennuyer encore le Maître ?"

36  Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : "Sois sans crainte, crois seulement."

37  Et il ne laissa personne l'accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques.

38  Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit de l'agitation, des gens qui pleurent et poussent de grands cris.

39  Il entre et leur dit : "Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte, elle dort."

40  Et ils se moquaient de lui. Mais il met tout le monde dehors et prend avec lui le père et la mère de l'enfant et ceux qui l'avaient accompagné. Il entre là où se trouvait l'enfant,

41  il prend la main de l'enfant et lui dit : "Talitha qoum", ce qui veut dire : "Fillette, je te le dis, réveille-toi !"

42  Aussitôt la fillette se leva et se mit à marcher, — car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés.

43  Et Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache, et il leur dit de donner à manger à la fillette.

 

*

 

Ce texte intercale un récit à un autre pour une raison bien précise. La clé de cela est dans la précision "douze ans" : la femme est atteinte d'une perte de sang depuis douze ans. La jeune fille a atteint ses douze ans. C'est l'âge où dans la tradition biblique un enfant atteint la maturité, la responsabilité, par la bar-mitsva, pour un garçon comme Jésus revendiquant à douze ans son autonomie devant Dieu face à ses parents ; l'équivalent pour une fille comme le montre notre récit. Or cela est une véritable mort pour les parents, ici pour le père Jaïros, appelé à être une sorte de Jephté laissant sa fille à Dieu seul — la perdant en la consacrant, mais pour qu’elle vive.

 

Le fait que Jésus croise cette femme qui perd son sang depuis douze ans, l'âge de la jeune fille, n'est pas dû au hasard. C'est pour Jésus, en chemin vers la fillette, un signe de ce qui va se passer. Cela dans le cadre de la solidarité des êtres humains. La femme devient comme la mère, au sens large, de la fillette. Comme pour dire, en écho anticipé d’une parole qui retentira plus tard : « femme voici ta fille, fille, voici ta mère ». Il s’agit déjà de rien moins que d’une résurrection !

 

L'accession de la fillette de sa vie d’enfant devant Jaïros à sa vie de femme devant Dieu suppose ce signe : la guérison de la femme ; le double miracle sera pour une guérison des deux femmes de la servitude de la biologie, de la chair, pour accéder à la vie de l’Esprit ; et pour la fillette, libération de sa dépendance de son père, Jaïros, chef de communauté religieuse de plus. La jeune fille revit, droite devant Dieu, exorcisée de toute peur.

 

Connaissez-vous le conte La belle au bois dormant, de Charles Perrault — lui-même connaissait-il ce récit de l'Évangile ?

 

Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire. Enfin pourtant la reine devint grosse, et accoucha d'une fille : on donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on pût trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables.

 

La fée, les fées, comme un monde spirituel et mystérieux ; un monde ambigu que ce monde où la fillette n'est pas entrée, monde dangereux, qui attend la proclamation de la victoire du Christ.

 

Après les cérémonies du baptême, la compagnie revint au palais du roi, où il y avait un grand festin pour les fées. On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif, où il y avait une cuiller, une fourchette, et un couteau de fin or, garni de diamants et de rubis. Mais comme chacun prenait sa place à table, on vit entrer une vieille fée qu'on n'avait point priée parce qu'il y avait plus de cinquante ans qu'elle n'était sortie d'une tour et qu'on la croyait morte, ou enchantée. Le roi lui fit donner un couvert, mais il n'y eut pas moyen de lui donner un étui d'or massif, comme aux autres, parce que l'on n'en avait fait faire que sept pour les sept fées. La vieille crut qu'on la méprisait, et grommela quelques menaces entre ses dents.

 

Voilà une fée blessée, qui ne se remet pas d'un cycle de la vie qui va bientôt l'en exclure. Elle vieillit. La naissance de la fillette en est le signe. Sa féminité est blessée. Sa féminité en saigne continuellement : on ne se guérit pas de l'irrémédiable, le temps qui blesse, se ruinerait-on auprès des médecins et souffrirait-on beaucoup de leur fait, comme le dit le texte de l’Évangile quant à la femme. — Exclue, impure, selon la Loi, comme une mauvaise fée, une sorcière, son contact souille ce qu’elle touche. Mais, chose miraculeuse, le contact de Jésus, plus fort, purifie ce qu’il touche ! Jésus la guérira au prix de sa renonciation à sa blessure anonyme, renonciation qui renverse sa transgression, quant à l’impureté, en acte de foi. Elle l'a touché, il l'a su, sa guérison publiée la sort de l'anonymat de sa blessure. Mais on n'en est pas encore là.

 

Une des jeunes fées qui se trouva auprès d'elle l'entendit grommeler, et jugeant qu'elle pourrait donner quelque fâcheux don à la petite princesse, alla, dès qu'on fut sorti de table, se cacher derrière la tapisserie, afin de parler la dernière, et de pouvoir réparer autant qu'il lui serait possible le mal que la vieille aurait fait.

Cependant les fées commencèrent à faire leurs dons à la princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments à la perfection. Le rang de la vieille fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait.

 

Préfiguration de la croix — au temps de la venue du sang, ici sang comme celui de la femme qui perd son sang — ou de la blessure d'un fuseau —, l'enfant meurt, ou plutôt, dit Jésus, elle dort.

 

Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleurât. Dans ce moment la jeune fée sortit de derrière la tapisserie, et dit tout haut ces paroles : "Rassurez-vous, roi et reine, votre fille n'en mourra pas : il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait. La princesse se percera la main d'un fuseau ; mais au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller."

 

"Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? — dit Jésus. L'enfant n'est pas morte, elle dort." L’enfant de la chair s’en va, l’enfant de Dieu qu'elle est va s'éveiller.

"Je dormais mais je m'éveille : j'entends mon chéri qui frappe", dit le Cantique des Cantiques (ch.5, v.2) — "Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite ; car ma tête est pleine de rosée ; mes boucles, des gouttes de la nuit."

 

Le roi — disons Jaïros —, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par la vieille, fit publier aussitôt un édit, par lequel il défendait à tous de filer au fuseau, ni d'avoir des fuseaux chez soi sous peine de mort.

 

Que ne ferait pas un père, ou une mère, pour conserver enfant son enfant.

 

Au bout de quinze ou seize ans — en fait douze ans, on le sait —, il arriva que la jeune princesse courant un jour dans le château, et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut d'un donjon, où une bonne vieille était seule à filer sa quenouille. Cette bonne femme n'avait point entendu parler des défenses que le roi avait faites de filer au fuseau.

— "Que faites-vous là, ma bonne femme ?" dit la princesse.

— "Je file, ma belle enfant" lui répondit la vieille qui ne la connaissait pas.

— "Ha ! que cela est joli" reprit la princesse, "comment faites-vous ? Donnez-moi que je voie si j'en ferais bien autant."

Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs l'arrêt des fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main, et tomba évanouie.

Alors le roi se souvint de la prédiction des fées, et jugeant bien qu'il fallait que cela arrivât, puisque les fées l'avaient dit, fit mettre la princesse dans le plus bel appartement du palais, sur un lit en broderie d'or et d'argent.

La bonne fée qui lui avait sauvé la vie en fut avertie. La fée partit aussitôt, et on la vit au bout d'une heure arriver dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons. Le roi lui alla présenter la main à la descente du chariot. Elle approuva tout ce qu'il avait fait; mais comme elle était grandement prévoyante, elle pensa que quand la princesse viendrait à se réveiller, elle serait bien embarrassée toute seule dans ce vieux château.

Voici ce qu'elle fit : elle toucha de sa baguette tout ce qui était dans ce château (hors le roi et la reine), gouvernantes, filles d'honneur, femmes de chambre, gentilshommes, officiers. Il crût dans un quart d'heure tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d'épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n'y aurait pu passer : en sorte qu'on ne voyait plus que le haut des tours du château, encore n'était-ce que de bien loin. On ne douta point que la fée n'eût encore fait là un tour de son métier, afin que la princesse, pendant qu'elle dormirait, n'eût rien à craindre des curieux.

Au bout de cent ans, le fils du roi qui régnait alors, et qui était d'une autre famille que la princesse endormie, étant allé à la chasse de ce côté-là, demanda ce que c'était que ces tours qu'il voyait au-dessus d'un grand bois fort épais. Un vieux paysan prit la parole, et lui dit :

— "Mon prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai entendu dire de mon père qu'il y avait dans ce château une princesse, la plus belle du monde ; qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le fils d'un roi, à qui elle était réservée."

Le jeune prince résolut de voir sur-le-champ ce qu'il en était. A peine s'avança-t-il vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines s'écartèrent d'eux-mêmes pour le laisser passer :

 

Jésus s'en alla avec lui ; une foule nombreuse le suivait et l'écrasait. Ses disciples lui disaient : "Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : Qui m'a touché ?

 

Il marche vers le château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre, parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé. Il continua donc son chemin. Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il vit d'abord était capable de le glacer de crainte : c'était un silence affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il traverse plusieurs chambres pleines de gentilshommes et de dames, dormant tous, les uns debout, les autres assis ; il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans — douze ans, en fait, on le sait.

Alors comme la fin de l'enchantement était venue, la princesse s'éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : "Est-ce vous, mon prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre."

 

Ici, on quitte le conte où le prince épouse la princesse. On le quitte de la façon suivante : c’est dans un tout autre monde que celui qui était prévu par les fées que Jésus fait entrer la fillette. Jésus lui disant "Talitha qoum, jeune fille lève-toi", la fait se lever du sommeil de son enfance, de l’enfance spirituelle, à sa réalité d’enfant de Dieu, passant de la mort à l'ouverture vers la vie. Ce qu’on appelle un saut qualitatif, que même Jaïros n’avait pas prévu !

 

C'est à la liberté de l'Évangile à laquelle d'autres femmes ont accédé à Pâques, que Jésus nous donne, à nous tous, par ces femmes, d'accéder aujourd'hui. Il nous dépouille tous du sommeil de nos dépendances, comme la jeune fille ; de nos fausses espérances, comme celles, peut-être, de Jaïros avant ; de l'amertume de ce que nous aurions perdu, comme la femme qu'il guérit ; et nous dit à tous, dit à nos âmes ensommeillées dans l'oubli de leur Dieu, "jeune fille, lève-toi" : "Je dormais mais je m'éveille : j'entends mon chéri qui frappe !" (Lui) "Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite; car ma tête est pleine de rosée ; mes boucles, des gouttes de la nuit."

 

 

R.P.

Vence, 28.06.09

 

 

 

Jean 12, 1-19

Par rolpoup :: samedi 27 juin 2009 à 10:11 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Onction pour la sépulture

 

 

 

Jean 12, 1-19

1  Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts.

2  Là, on lui fit un repas; Marthe servait et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui.

3  Marie prit une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, en répandit sur les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum.

4  Un de ses disciples, Judas Iscariot, celui qui devait le livrer, dit alors:

5  Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres?

6  Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait.

7  Mais Jésus dit: Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture.

8  Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous ne m’avez pas toujours.

9  La foule nombreuse des Judéens apprit qu’il était là, et ils y vinrent, non pas seulement à cause de Jésus, mais pour voir aussi Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts.

10  Les principaux sacrificateurs délibérèrent afin de faire mourir aussi Lazare,

11  parce que beaucoup de Judéens s’éloignaient à cause de lui et croyaient en Jésus.

12  Le lendemain, la foule nombreuse de gens venue pour la fête, apprit que Jésus se rendait à Jérusalem;

13  ils prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre, et il criaient: Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël.

14  Jésus trouva un ânon et s’assit dessus, selon ce qui est écrit:

15  Sois sans crainte, fille de Sion; Voici, ton roi vient, Assis sur le petit d’une ânesse.

16  Ses disciples ne comprirent pas cela tout d’abord; mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que ces choses étaient écrites de lui, et que, pour lui, ils les avaient faites.

17  La foule, qui était avec Jésus quand il appela Lazare du tombeau et le ressuscita d’entre les morts, lui rendait témoignage.

18  C’est pourquoi la foule vint à sa rencontre, car elle avait appris qu’il avait fait ce miracle.

19  Les Pharisiens se dirent donc les uns aux autres: Vous voyez que vous ne gagnez rien, voici que (tout) le monde est allé après lui.

 

 

Tandis que l’on complote pour faire mourir le gêneur, celui qui risque par ses actions d’attirer l’attention, et les foudres, des Romains — tandis que l’on veut même pour le coup renvoyer à la tombe le ressuscité Lazare, le temps de la condamnation approche effectivement pour Jésus, et va être signifié par la fameuse onction messianique, qui lui sera administrée par une femme.

 

Si Marc et Matthieu insistent sur la dimension d’onction messianique en soulignant que le parfum est répandu sur sa tête, l’Évangile de Jean s’intéresse à la descente en humanité, et jusqu’à la mort (« pour le jour de ma sépulture » — v. 7), en s’attachant au geste concernant les pieds de Jésus.

 

Descente en humanité et jusqu’à la mort, de celui qui vient du ciel. L’Évangile de Jean y a abondamment insisté (Jésus est celui qui vient du ciel), et il vient de le souligner avec cette résurrection de Lazare qui le fait accéder dès aujourd’hui au monde à venir.

 

Eh bien, celui qui vient du ciel nous rejoint en humanité. Il nous rejoint jusqu’en notre propre individualité — avec en signe, ce geste humain qui consacre l’humanité du Messie parmi les hommes, geste accomplie par une femme, nommée ici, signe de son individualité : Marie (v. 3).

 

Un geste qui ouvre l’accomplissement des Écritures auquel correspond l’entrée à Jérusalem, selon l’intention expresse de Jésus en vue de sa « glorification » / sa crucifixion. Sera scellé désormais le projet de ses ennemis, le mettre à mort, le tout en lien avec la résurrection de Lazare qui a déclenché pour lui cette popularité mortelle.

 

« La parole impie du méchant est au fond de son cœur ; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux.

Car il se flatte à ses propres yeux, Pour consommer son iniquité, pour assouvir sa haine.

Les paroles de sa bouche sont fausses et trompeuses ; Il renonce à agir avec sagesse, à faire le bien.

Il médite l’injustice sur sa couche, Il se tient sur une voie qui n’est pas bonne, Il ne repousse pas le mal.

Eternel ! ta bonté atteint jusqu’aux cieux, Ta fidélité jusqu’aux nues. » (Psaume 36, 1-5)

 

 

 

Jean 11, 45-57

Par rolpoup :: vendredi 26 juin 2009 à 23:10 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils ne se laisseront pas persuader,

même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts

 

 

 

Jean 11, 45-57

45  Plusieurs des Judéens venus chez Marie, qui avaient vu ce qu’il avait fait, crurent en lui.

46  Mais quelques-uns d’entre eux allèrent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu’avait fait Jésus.

47  Alors les principaux sacrificateurs et les Pharisiens assemblèrent le sanhédrin et dirent: Qu’allons-nous faire? Car cet homme fait beaucoup de miracles.

48  Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront (nous) enlever et notre Lieu (saint) et notre nation.

49  L’un d’eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là, leur dit: Vous n’y entendez rien;

50  vous ne vous rendez pas compte qu’il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas.

51  Or, il ne dit pas cela de lui-même mais, étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation.

52  Et non seulement pour la nation, mais aussi afin de réunir en un seul (corps) les enfants de Dieu dispersés.

53  Dès ce jour, ils résolurent de le faire mourir.

54  Jésus donc ne circula plus ouvertement parmi les Judéens; mais il partit de là pour la contrée voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm; il y séjournait avec ses disciples.

55  La Pâque des Judéens était proche; et beaucoup de gens du pays montèrent à Jérusalem avant la Pâque, afin de se purifier.

56  Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres dans le temple: Qu’en pensez-vous? Ne viendra-t-il point à la fête?

57  Or, les principaux sacrificateurs et les Pharisiens avaient donné des ordres pour que, si quelqu’un savait où il était, il le dénonce, afin qu’on l’arrête.

 

 

« S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts. » (Luc 16, 31) Telle est la parole adressée par Abraham au riche décédé qui lui demande d’envoyer Lazare parmi les siens pour les avertir d’être plus attentif aux pauvres (comme lui, Lazare, le fut de son vivant) qu’il ne l’a été lui-même de son vivant confortable !

 

« Ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts. » Tel est l’effet produit par la résurrection de Lazare en Jean. Les uns croient, mais ceux qui n’ont pas envie de croire (de s’en laisser conter pourront-ils dire) non seulement ne croient pas, mais au regard des incidences gênantes (au regard des Romains) que pourrait avoir la chose, envisagent carrément d’éliminer celui qui peut susciter l’agacement des Romains, Jésus, qui vient de ressusciter Lazare !

 

« Il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas » (v. 50), ira jusqu’à dire — en prophète, relève l’évangile — le grand-prêtre Caïphe.

 

« Eternel ! défends–moi contre mes adversaires, Combats ceux qui me combattent !

Saisis le petit et le grand bouclier, Et lève–toi pour me secourir !

Brandis la lance et le javelot contre mes persécuteurs ! Dis à mon âme : Je suis ton salut ! » (Psaume 35, 1-3)

 

 

 

Jean 11, 17-44

Par rolpoup :: jeudi 25 juin 2009 à 16:54 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

“Lazare, sors !”

 

 

 

Jean 11, 17-44

17  A son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau; il y était depuis quatre jours déjà.

18  Comme Béthanie est distante de Jérusalem d’environ quinze stades,

19  beaucoup de Judéens étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère.

20  Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison.

21  Marthe dit à Jésus: "Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.

22  Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera."

23  Jésus lui dit: "Ton frère ressuscitera."

24  -"Je sais, répondit-elle, qu’il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour."

25  Jésus lui dit: "Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra;

26  et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?"

27  -"Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde."

28  Là-dessus, elle partit appeler sa sœur Marie et lui dit tout bas: "Le Maître est là et il t’appelle."

29  A ces mots, Marie se leva immédiatement et alla vers lui.

30  Jésus, en effet, n’était pas encore entré dans le village; il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.

31  Les Judéens étaient avec Marie dans la maison et ils cherchaient à la consoler. Ils la virent se lever soudain pour sortir, ils la suivirent: ils se figuraient qu’elle se rendait au tombeau pour s’y lamenter.

32  Lorsque Marie parvint à l’endroit où se trouvait Jésus, dès qu’elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit: "Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort."

33  Lorsqu’il les vit se lamenter, elle et les Judéens qui l’accompagnaient, Jésus frémit intérieurement et il se troubla.

34  Il dit: "Où l’avez-vous déposé?" Ils répondirent: "Seigneur, viens voir."

35  Jésus pleura;

36  et les Judéens disaient: "Voyez comme il l’aimait!"

37  Mais quelques-uns d’entre eux dirent: "Celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle n’a pas été capable d’empêcher Lazare de mourir."

38  Alors, à nouveau, Jésus frémit intérieurement et il s’en fut au tombeau; c’était une grotte dont une pierre recouvrait l’entrée.

39  Jésus dit alors: "Enlevez cette pierre." Marthe, la sœur du défunt, lui dit: "Seigneur, il doit déjà sentir… Il y a en effet quatre jours…"

40  Mais Jésus lui répondit: "Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?"

41  On ôta donc la pierre. Alors, Jésus leva les yeux et dit: "Père, je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé.

42  Certes, je savais bien que tu m’exauces toujours, mais j’ai parlé à cause de cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé."

43  Ayant ainsi parlé, il cria d’une voix forte: "Lazare, sors!"

44  Et celui qui avait été mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit aux gens: "Déliez-le et laissez-le aller!"

 

 

« Cette maladie n’est pas pour la mort » avait dit Jésus ; et pourtant, Lazare meurt !

Jésus arrivant quatre jours après son inhumation, s’est-il trompé ?

 

« Ton frère ressuscitera », promet-il alors à Marthe… qui confesse sa foi, celle de son catéchisme : « Oui je sais qu’il ressuscitera au dernier jour ». Et puisqu’il le faut, je m’en consolerai…

 

Sachant qui est Jésus, ce qu’on attendait de lui — « si tu avais été ici, Lazare ne serait pas mort » — on a de quoi concevoir une certaine déception : une affirmation sur la foi commune quant à la résurrection future !

 

Et voilà que la parole de Jésus avait une autre portée ! En relevant Lazare, c’est-à-dire en le faisant accéder dès aujourd’hui au dernier jour, au jour du Royaume, Jésus accomplit une chose qui s’adresse, à travers Marthe, à nous tous : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi vivra quand bien même il sera serait mort ».

 

Et Marthe croit… et entre aujourd’hui pour toujours dans la présence de celui qui est la résurrection et la vie. La résurrection de Lazare en sera le signe. Même le passage par la destruction du corps n’enlève rien à ce que Jésus est la résurrection et la vie. Ce pourquoi « cette maladie n’est pas pour la mort » !

 

« Crois-tu cela ? » a-t-il demandé à Marthe. — « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde ». À ce moment-là, elle sait : elle, et Lazare, sont passés de la mort à la vie !

 

« Lazare, sors ! » Tel est l’ordre de la liberté et de la vie, écho à toutes les paroles de la loi qui libère, depuis le « va, quitte » adressé à Abraham, parole de Loi, jusqu’à, cet autre « sors », qui est l’ordre de départ de l’Exode, et au « sortez de Babylone » concernant cet autre exil.

 

La liberté se reçoit comme parole de loi, la libération par rapport à tous les esclavages et enfin par rapport à l’esclavage de la mort.

 

Loi qui ne s’accomplit qu’en étant obéie. Parole de loi qui s’accompagne de son pendant : « Déliez-le et laissez-le aller ! » — autre parole de Loi, écho à « laisse aller mon peuple ! »

 

« Je bénirai l’Eternel en tout temps ; Sa louange sera toujours dans ma bouche.

Que mon âme se glorifie en l’Eternel ! Que les malheureux écoutent et se réjouissent ! » (Psaume 34, 1-2)

 

 

 

Jean 11, 1-16

Par rolpoup :: mercredi 24 juin 2009 à 19:19 :: Général

 

 

 

 

 

 

 

 

La maladie à la mort

 

 

 

Jean 11, 1-16

1  Il y avait un homme malade; c’était Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe.

2  Il s’agit de cette même Marie qui avait oint le Seigneur d’une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux; c’était son frère Lazare qui était malade.

3  Les sœurs envoyèrent dire à Jésus: "Seigneur, celui que tu aimes est malade."

4  Dès qu’il l’apprit, Jésus dit: "Cette maladie n’aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu: c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié."

5  Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare.

6  Cependant, alors qu’il savait Lazare malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.

7  Après quoi seulement, il dit aux disciples: "Retournons en Judée."

8  Les disciples lui dirent: "Rabbi, tout récemment encore les Judéens cherchaient à te lapider; et tu veux retourner là-bas?"

9  Jésus répondit: "N’y a-t-il pas douze heures de jour? Si quelqu’un marche de jour, il ne trébuche pas parce qu’il voit la lumière de ce monde;

10  mais si quelqu’un marche de nuit, il trébuche parce que la lumière n’est pas en lui."

11  Après avoir prononcé ces paroles, il ajouta: "Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller."

12  Les disciples lui dirent donc: "Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé."

13  En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu’ils se figuraient, eux, qu’il parlait de l’assoupissement du sommeil.

14  Jésus leur dit alors ouvertement: "Lazare est mort,

15  et je suis heureux pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui!"

16  Alors Thomas, celui que l’on appelle Didyme, dit aux autres disciples: "Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui."

 

 

« Cette maladie n’est point pour la mort » (v. 4). Cette affirmation de Jésus ouvre le Traité du désespoir de S. Kierkegaard, qui constate : « et cependant Lazare mourut ». Kierkegaard en déduit : « Ainsi, pour le chrétien, pas même la mort n’est "la maladie mortelle", et encore moins tout ce qui ressortit aux souffrances corporelles ».

 

« La maladie à la mort », c’est le désespoir, « le désespoir, ce mal du moi, la "maladie mortelle". Le désespéré est un malade à mort ».

 

Or ce n’est pas là la maladie de Lazare. Sa maladie — qui verra son décès ! — n’est donc pas pour la mort, « mais pour la gloire de Dieu ».

 

Ici « le salut est le suprême impossible humain ; mais à Dieu tout est possible »… « Il s’agit de croire, il n’y a qu’un seul remède : À Dieu tout est possible ».

 

« Le croyant voit et saisit en tant qu’homme sa perte, mais il croit. »

 

Les disciples voulaient bien espérer, mais pas par-delà la mort ! S’il y a un espoir, c’est qu’il n’est pas mort — tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir !

 

Ou bien, quand Jésus a dit clairement : « Lazare est mort », les disciples comprennent son invitation à croire comme invitation à mourir avec Jésus qui, allant rejoindre Lazare, les a invités à le suivre.

 

Bref l’espoir est pour eux cette chose normale, qui se réfère à tous les possibles connus, à des relations normales de cause à effet…

 

Mais ce n’est pas ce qu’a dit Jésus. La victoire sur le vrai désespoir, qu’il s’agit de réaliser, le vrai désespoir qu’est la maladie à la mort, est victoire sur la maladie à la mort, sur la mort, et même sur cette espérance normale qui ne conçoit que les possibles normaux. C’est ainsi que, comme le comprendra Paul, il s’agit au fond d’espérer non seulement contre le désespoir pour lui substituer cet espoir « normal », désespoir qui s’ignore — mais d’espérer même contre cet espoir « raisonnable » : « espérer contre toute espérance ».

 

L’espérance à laquelle Jésus ouvre est de cette nature, par-delà toute maladie à la mort, celle-ci eût-elle des allures d’espoir raisonnable…

 

« Justes, réjouissez–vous en l’Eternel ! La louange sied aux hommes droits.

Célébrez l’Eternel avec la harpe, Célébrez–le sur le luth à dix cordes.

Chantez–lui un cantique nouveau ! Faites retentir vos instruments et vos voix ! » (Psaume 33, 1-3)

 

 

 

Marc 4, 35-41

Par rolpoup :: dimanche 21 juin 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

La tempête apaisée

 

 


Job 38, 1 & 8-11

Psaume 107

2 Corinthiens 5, 14-17

Marc 4, 35-41

Job 38, 1 & 8-11

1  Le SEIGNEUR répondit alors à Job du sein de l'ouragan et dit :

8  Quelqu'un ferma deux battants sur l'Océan
quand il jaillissait du sein maternel,

9  quand je lui donnais les brumes pour se vêtir,
et le langeais de nuées sombres.

10  J'ai brisé son élan par mon décret,
j'ai verrouillé les deux battants

11  et j'ai dit : « Tu viendras jusqu'ici, pas plus loin ;
là s'arrêtera l'insolence de tes flots ! »

 

Marc 4, 35-41

35  Ce jour-là, le soir venu, Jésus leur dit : « Passons sur l'autre rive. »

36  Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque où il se trouvait, et il y avait d'autres barques avec lui.

37  Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque, au point que déjà la barque se remplissait.

38  Et lui, à l'arrière, sur le coussin, dormait. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ? »

39  Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

40  Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n'avez pas encore de foi ? »

41  Ils furent saisis d'une grande crainte, et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

 

*

 

On sait que l'Église a souvent perçu l'épisode de la tempête apaisée comme signifiant sa propre situation : barque du Christ sur les flots agités de ce monde.

 

Situation plus ou moins réelle selon tel ou tel contexte. L'Église primitive, on le sait, prenait le large, s'embarquant, fragile, face à un Empire romain qui ne lui épargnait aucune violence, aucune persécution. Elle était évidemment fondée à trouver une consolation dans ce texte, dans le récit de ce miracle de Jésus.

 

Les choses étant ce qu'elles sont, l'Église a continué, en d'autres périodes, à faire sienne cette lecture du miracle. L'Église s'est rarement avouée en situation tempérée. Il est vrai que l'inconfort, la menace, la douleur, ne connaissent pas de baromètre objectif. Telle personne subira comme une véritable catastrophe un revers que telle autre jugera insignifiant. Cette subjectivité à l'épreuve est fonction de l'éducation, des influences diverses, de la culture, etc. Cela doit nous conduire à l'humilité.

 

L'écrivain anglais George Orwell, dans son ouvrage décrivant les systèmes totalitaires, intitulé 1984, nous montre un pouvoir policier proche de la toute-puissance, parvenir à force de surveillance à connaître les terreurs intimes de ses sujets. Tel sera terrorisé par les insectes, tel par les incendies, tel par les instruments chirurgicaux, etc. Le héros du livre d'Orwell est terrorisé par les rats. Le pouvoir le sait et utilisera à son égard cet instrument-là de torture, voire simplement de menace de torture, les rats.

 

Ne sachant pas ce qu'endure autrui, nous sommes naturellement tentés de penser que nos épreuves à nous, quand nous en subissons, nos tempêtes, sont les plus menaçantes, suffisamment pour nous laisser au port...

 

Notre Église traverse pour sa part une période, peut-être pas de tempête, mais de difficultés économiques. Avec parfois une certaine propension à s'imaginer être la seule dans cette situation. Si cela est à même d'être rassurant, je peux, connaissant un certain nombre d'autres paroisses, dire que nous ne sommes pas les seuls. Je ne sais pas si c'est vraiment rassurant, non plus que de dire que ce type de problèmes ne concerne pas que l'Église, mais c'est ainsi. Et cela s'accompagne souvent d'une relative baisse des effectifs, qui correspond à une tendance générale, face aux tempêtes ou aux épreuves, au repli cellulaire et individuel, affectif et financier. Épreuve donc, aujourd'hui, — tempête peut-être, demain.

 

Malgré cela, il faut aussi le remarquer, aux yeux du reste du monde, l'Église en Occident et en Europe, et l'Europe en général, apparaissent comme étant dans une situation de confort extraordinaire. Combien de pays où l’on est persécuté pour être chrétiens — avec des bourreaux à l'abri du regard des médias ? Et ici, pour dire à quel point nous sommes de toute façon dans la même mer, il faudrait gratter assez peu pour découvrir que le silence médiatique n'est pas sans rapport avec la présence ou l'absence de matières premières recherchées de notre côté du monde…

 

Dans le même ordre, autre exemple d'inconfort plus significatif que le nôtre, plus besoin de gratter — c’est désormais connu —, l'explosion démographique des bidonvilles des pays du Sud n'est pas sans rapport avec le prix de nos produits de consommation, du café jusqu’au bœuf, que nous souhaitons naturellement maintenir au plus bas, accentuant indirectement un exode vers les villes des petits paysans de nombreux pays — cela sans compter la déforestation servant à cultiver un soja qui nourrit les animaux qui finissent dans nos assiettes, quand ce n’est pas, concernant le même soja, dans les moteurs de nos voitures.

 

Rapport quand même lointain, pourrait-on dire, avec notre tempête à nous ! Sauf que comme opinion publique, il est une façon de pester contre notre tempête, qui du coup n'est pas la nôtre seule, qui incite nos dirigeants à tenter de l'apaiser en faisant, non pas des miracles, mais des démarches, ou des non-démarches, par lesquelles, bien que les intermédiaires continuent à sucrer leur café au passage, les prix octroyés au départ restent bas, ainsi que les conditions sociales, et les déséquilibres mondiaux sont maintenus — ce qui va jusqu'à grossir le chômage chez nous. Sans compter l’épuisement de la planète…

 

Car si on pense ici à la crise économique et financière, on peut dès lors aussi penser à la crise écologique — sans doute primordiale. Si la destruction de la planète et de ses ressources continue à ce rythme, certains avertissent que dans dix ans le basculement pourrait être irréparable. Alors les problèmes engendrés par la crise financière actuelle pourraient même relever de l’anecdote !

 

Voilà que nous avons largement dépassé les difficultés budgétaires de notre Église. Avec pourtant un constat : nous sommes décidément tous dans la même mer…

 

*

 

Tout cela pour nous ramener à notre texte, pour y constater que c'est la mer, précisément, que Jésus apaise, la mer qui est la même pour tous ; il ne propose pas de ramener la barque au bord. Il apaise la tempête en lui donnant un ordre.

 

La mer, dans l'Antiquité, et donc à l'époque de notre récit, a toute une signification, une signification ambiguë.

La mer a certes une dimension positive : par exemple les pêcheurs que sont les Apôtres en tirent leur nourriture. À l’époque, on n’a pas encore détruit ou menacé des espèces entières, et l’équilibre écologique avec.

Mais la mer a alors surtout une signification négative, qui s'exprime dans cette tempête. Toujours menaçante, la mer signifie tout ce qui brave la Création. Seul Dieu peut la dompter et en fixer les limites. La mer a même une dimension de symbolique diabolique. C'est ainsi que, toujours symboliquement, l'Apocalypse annonce le jour où la mer ne sera plus.

 

La mer ramène alors symboliquement à la menace qui pèse aujourd’hui sur la survie de la planète. Menaçante, la mer n'échappe cependant pas au pouvoir de Dieu, au point-même que son Esprit n'est pas étranger à ses agitations. Rappelez-vous la Genèse, le récit de la Création : l'Esprit de Dieu planait à la surface des eaux.

 

Notre texte, lui, parle du vent que Jésus apaise. Souffle de Dieu ou vent créé, esprit angélique ou démoniaque, esprit bon ou mauvais, souffle et vent. L'Esprit de Dieu souffle où il veut, dit Jésus, montrant aux disciples l’action de Dieu, celui qui fixe ses limites à la mer, celui qui donne l'esprit ou le retient, celui qui donne ses ordres à la mer et aux anges et esprits et souffles, mais ne leur fait pas de concessions.

 

*

 

Jésus apaise donc la mer, en se faisant obéir du vent et de la mer qui sont les mêmes pour tous. En montrant la puissance divine à ses disciples, Jésus leur montre aussi que si lui a pouvoir sur la tempête, pour tous, il leur serait mal venu, à eux, de limiter leur foi en son pouvoir aux frontières de l'Église, ou de leur terre d’origine, Israël. Comme Église, c'est jusqu'aux fin-fonds de l'Empire romain, mer hostile, qu'il envoie leur barque.

 

Voilà qui nous ramène à notre tempête à nous, à l’autre bout de vingt siècles, notre tempête elle aussi plus vaste que notre seule barque, voilà qui nous ramène à notre crise économique et sociale, financière, et écologique. La tempête s'apaise pour tous, montre Jésus en réduisant à l'obéissance la mer et le vent ; elle s'apaise pour tous ou ne s'apaise pas.

 

Et ici Jésus pose une interpellation, comme celle du livre de Job percevant la voix de Dieu du milieu de la tempête. On a dit, on le sait, qu'un des aspects de la crise est le repli, cellulaire, individuel, affectif ou financier — après moi le déluge...

 

Au plan religieux, un tel repli s’appelle la secte ou l’intégrisme. On a dit que les Églises en Europe connaissent à peu près toutes, une crise similaire. Crise financière, crise de fréquentation, crise des effectifs, parallèle du chômage.

 

Or, cela n'est pas tout à fait vrai de tous les mouvements religieux. Actuellement, des mouvements religieux prospèrent, ceux qui promettent que demain, on rase gratis.

 

Or, un groupe qui succombe à la tentation sectaire ou intégriste ne prospère que grâce à la tempête. Mal serait venu à ceux vivent ainsi sur le mode du repli identitaire de tenter de l’apaiser. Plus c’est agité ailleurs, plus c’est calme chez nous, dans notre mouvement, et bientôt dans tous les lieux que l’on aura conquis : demain, on rase gratis. C’est qu’en général, là, on n’a jamais vraiment pris la mer, ou on y a renoncé, gesticulant plutôt depuis la plage. Jésus, lui, est dans la barque, au milieu des flots agités, agités pour tout le monde. Et il calme la tempête, pour tous.

 

Mais lorsqu’on voit sa barque être d’une façon ou d’une autre poussée à la mer, on découvre alors à quel point on ne l’avait peut-être pas prise jusqu'alors. Que proposer quand on ne fait que s’exclamer contre le monde ? Le fuir ?

 

Car au milieu des flots, contrairement à ce qu’il en est sur la plage, les choses peuvent s’avérer moins simples. Ce qui est vrai au niveau de l'Église l’est aussi au niveau de la Cité, les Apôtres sont envoyés dans la vaste Cité humaine, la Cité romaine en leur temps.

 

Nous y sommes envoyés aussi. Je vous envoie dans le monde, dit Jésus. Ce qui nous ramène aux pays pauvres, l’immense majorité de l’humanité. Au niveau de la Cité, l'équivalent de la secte existe aussi. C'est là aussi le repli sur soi, grâce auquel en temps de crise, seule la démagogie prospère. Elle n'a dès lors aucun intérêt à voir cesser la tempête. Parce qu'elle prospère grâce à elle, et parce qu'en outre, elle ne l'affronte pas, restant sur la plage.

 

Et quand on découvre que la tempête ne sera évidemment pas apaisée comme cela, on risque de voir simplement couler sa barque qu’on a bien bétonnée… Au rythme de la musique du Titanic : tant que ce n’est que le niveau inférieur qui est sous l’eau, tout va bien !

 

*

 

Dans la situation qui est la nôtre, le miracle de Jésus est un appel :

            - à lui faire confiance : il a pouvoir sur toutes les tempêtes ; en lui est dévoilée notre identité réelle : votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu.

            - et, sachant qu'il n'apaise la tempête que pour tout le monde et que notre barque ne peut connaître de paix que quand la tempête est apaisée pour tous, à aller courageusement dans le monde, pour notre humble part, à notre humble place, y vivre de façon responsable, concrète et réaliste, dans la solidarité, et dans un esprit de prière vraiment universelle. Esprit d'ouverture œcuménique qui résiste aux tentations sectaires. Esprit de solidarité qui résiste aux égoïsmes et autres replis.

 

Il ne nous est finalement demandé pas grand chose d'autre que la vigilance et la fidélité dans les petites choses. Mais ce peu de choses nous est demandé. Avec cette promesse : prenez courage, à Dieu obéissent même le vent et la mer de toutes nos crises.

 

 

 

R.P.

Antibes, 21.06.09

 

 

 

Hébreux 9, 11-15

Par rolpoup :: dimanche 14 juin 2009 à 10:30 :: Dimanches & fêtes

 

 

 

 

 

 

 

 

“Par l’Esprit éternel, il s’est offert lui-même”

 

 

 

Psaume 116

Exode 24, 3-8

Hébreux 9, 11-15

Marc 14, 12-26

 

Exode 24, 3-8

3  Moïse vint raconter au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et toutes les règles. Tout le peuple répondit d'une seule voix : « Toutes les paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique. »

4  Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR ; il se leva de bon matin et bâtit un autel au bas de la montagne, avec douze stèles pour les douze tribus d'Israël.

5  Puis il envoya les jeunes gens d'Israël ; ceux-ci offrirent des holocaustes et sacrifièrent des taureaux au SEIGNEUR comme sacrifices de paix.

6  Moïse prit la moitié du sang et la mit dans les coupes ; avec le reste du sang, il aspergea l'autel.

7  Il prit le livre de l'alliance et en fit lecture au peuple. Celui-ci dit : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous l'entendrons. »

8  Moïse prit le sang, en aspergea le peuple et dit : « Voici le sang de l'alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous, sur la base de toutes ces paroles. »

 

Hébreux 9, 11-15

11  Christ est survenu, grand prêtre des biens à venir. C’est par une tente plus grande et plus parfaite, qui n’est pas œuvre des mains-c’est-à-dire qui n’appartient pas à cette création-ci,

12  et par le sang, non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang, qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et qu’il a obtenu une libération définitive.

13  Car si le sang de boucs et de taureaux et si la cendre de génisse répandue sur les êtres souillés les sanctifient en purifiant leur corps,

14  combien plus le sang du Christ, qui, par l’esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant.

15  Voilà pourquoi il est médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau; sa mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel déjà promis.

 

*

 

 

Ce texte de l’Épître aux Hébreux évoque le tabernacle — la tente — nécessairement provisoire, où se célébrait le culte de l’Exode. Une description empruntée à la Torah :

 

Hébreux 9, 1-10

1  La première alliance avait donc un rituel pour le culte et un sanctuaire terrestre.

2  En effet, une tente fut installée, une première tente appelée le Saint, où étaient le chandelier, la table et les pains d’offrande.

3  Puis, derrière le second voile, se trouvait une tente, appelée Saint des Saints,

4  avec un brûle-parfum en or et l’arche de l’alliance toute recouverte d’or; dans celle-ci un vase d’or qui contenait la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri et les tables de l’alliance.

5  Au-dessus de l’arche, les chérubins de gloire couvraient de leur ombre le propitiatoire. Mais il n’y a pas lieu d’entrer ici dans les détails.

6  L’ensemble étant ainsi installé, les prêtres, pour accomplir leur service, rentrent en tout temps dans la première tente.

7  Mais, dans la seconde, une seule fois par an, seul entre le grand prêtre, et encore, ce n’est pas sans offrir du sang pour ses manquements et pour ceux du peuple.

8  Le Saint Esprit a voulu montrer ainsi que le chemin du sanctuaire n’est pas encore manifesté, tant que subsiste la première tente.

9  C’est là un symbole pour le temps présent: des offrandes et des sacrifices y sont offerts, incapables de mener à l’accomplissement, en sa conscience, celui qui rend le culte.

10  Fondés sur des aliments, des boissons et des ablutions diverses, ce ne sont que rites humains, admis jusqu’au temps du relèvement.

 

Le texte emploie le passé : il renvoie en effet à un sanctuaire du passé (le tabernacle, la tente, du désert). Cela permet à l’auteur de souligner la dimension passagère, comme pour toutes les choses de ce temps, du culte qu’il décrit.

 

Un culte, remarquable mais nécessairement provisoire — tant que dure le monde, mais seulement tant que dure le monde. Or, l’ancien monde est en train de passer, lui et son sanctuaire — tous ses sanctuaires.

 

Ayant décrit le sanctuaire biblique au passé, le texte continue au présent, pour parler de l’office qui s’y déroule, laissant à penser que le sanctuaire devenu le Temple de Jérusalem, n’a alors pas encore été détruit — avant l’an 70, donc.

 

Il n’en emploie pas moins toujours le terme « tente » : comme pour dire que cela est provisoire, donc, comme le monde est provisoire.

 

Une réalité provisoire, ce qui est encore souligné par le fait, connu de tous, que le rituel des offrandes d’animaux est un rituel quoi doit se répéter, y compris celui, pourtant seulement annuel, du Yom Kippour — auquel il est fait allusion ici. Ce rite-ci a lieu un fois par an et il est célébré dans le lieu très-saint, par le grand-prêtre uniquement. Le grand-prêtre doit à cette occasion demander le pardon des fautes du peuple, et de ses propres fautes y compris. Des choses provisoires, des choses de ce temps selon l’Épître aux Hébreux.

 

Ainsi, l’Épître distingue entre les choses terrestres et les réalités célestes — ce « qui n’appartient pas à cette création-ci » — ; et donc : entre ce qui se voit et ce qui existe en profondeur. Ce qui revient à parler de notre présent — notre aujourd’hui, ce temps — d’une part, face aux enfouissements de notre mémoire d’autre part.

 

La stratification des enfouissements du passé rejoint la conception antique des cieux, de mondes et des temps, considérés alors comme stratifiés. Au ch. 1, l’Épître aux Hébreux parle de la Création des « mondes », ou mieux des « temps » — le mot traduit par « les siècles », dans le « Notre Père : « aux siècles des siècles ». Les stratifications de la mémoire.

 

La mémoire ainsi stratifiée, comme les temps, est aussi, on le sait bien, celle des blessures : l’entassement d’un passé qui blesse et qui assaille le souvenir par le rappel des fautes. Or c’est bien ce passé dont le rituel veut dire qu’il est pardonné. Et face aux blessures du passé, à la douleur récurrente, le signe du pardon se fera dans un rituel évoquant douleur et sang : le rituel sacrificiel. Un rituel précieux, mais chargé de cette faiblesse : la transposition seulement symbolique de la douleur dans la mort d’un animal. Et on sait très bien, l’auteur de l’Épître le rappelle, que cela est symbolique, que l’octroi du pardon est au-delà du rite, au-delà du sang des boucs et des taureaux, au-delà de la cendre de la génisse requise pour le rituel.

 

En bref, le Tabernacle céleste, le vrai Tabernacle qu’a contemplé Moïse et sur le modèle duquel il a fait construire le tabernacle historique, est au-delà de ce qui se dit par le rituel accompli dans le tabernacle, ou le Temple. Cela touche à quelque chose de plus enfoui.

 

Ce « lieu » céleste-là, cette « profondeur »-là, au-delà, ou en deçà, des abîmes de notre mémoire, lieu de notre vrai fondement, au cœur de Dieu, lieu d’en deçà, ou d’au-delà des blessures du temps, du péché et de la culpabilité, est le vrai cœur du vrai sanctuaire. C’est là qu’officie le Christ éternellement, c’est là qu’il s’est offert lui-même éternellement (« par l’Esprit éternel »), une seule fois, pour nous guérir vraiment, pour guérir nos mémoires. S’étant « offert lui-même par l’Esprit éternel ».

 

Mourir à tout ce qui blesse est le passage, la traversée des cieux, la traversée des profondeurs de la mémoire, pour l’obtention de la paix. C’est là ce qu’a effectué le Christ, dévoilant le cœur de l’Alliance éternelle, le cœur de l’Alliance avec Abraham, et de la promesse faite à Abraham. C’est en ce sens que la mort du Christ est « intervenue pour le rachat des transgressions » en vue de « l’héritage éternel déjà promis ».

 

*

 

Allons un pas plus loin, pour percevoir plus précisément le bouleversement qu’initie Jésus en matière de sacrifice qui met fin au cycle du péché et de la culpabilité. Je m’en référerai à ce qu’a écrit René Girard sur le sacrifice en rapport avec le mimétisme, l’imitation les uns des autres, et à son rapport avec la violence. Avec le péché et la culpabilité qu’il nourrit.

 

Si deux individus désirent la même chose, dit-il, il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. Il suffit d’observer la naissance d’un querelle chez des enfants au sujet d’une queue de cerise, ou ce qui revient évidemment au même d’un jouet publicitaire dans une boîte de lessive. IL suffit qu’il y en ait un pour deux, et que l’un des deux l’ai trouvé intéressant pour que s’amorce une querelle. Qu'est-ce d'autre que le fait d'être plusieurs à le convoiter tel métal jaune — ce désir partagé qui lui donne tant de valeur ? Et on reconnaît là le point de départ de toute querelle, ce que René Girard appelle le « mimétisme », l’imitation les uns des autres dans le désir — ce qui fait que le fautif n'est pas celui qui commence (en fait on ne sait jamais qui c'est), mais celui et ceux qui continuent.

 

L’objet de la querelle est vite oublié, tandis que les rivalités se propagent, et le conflit se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, « la guerre de tous contre tous » (ce que Girard appelle la « crise mimétique ») — fruit du péché, qui nous poursuit ensuite par la culpabilité.

 

Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ? Ici, les hommes ont trouvé « l’idée » d’un « bouc émissaire » (le terme fait référence à l'animal expulsé au désert chargé symboliquement des fautes du peuple selon la Bible).

 

Où on retrouve bien sûr, l’idée de sacrifice. C’est ainsi, précisément, qu’au paroxysme de la crise de tous contre tous peut intervenir ce « mécanisme salvateur » du groupe : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un (ou une minorité), qui n’a d’ailleurs même pas de rapport avec le problème de départ ! Si le report sur un « bouc émissaire » ne se déclenche pas, c’est la destruction du groupe. Pourquoi « mécanisme » ? C'est que sa mise en marche ne dépend de personne mais découle du phénomène lui-même.

 

Plus les rivalités pour le même objet s’exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier ce qui en fut l’origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus instable, changeante, et c’est là qu’il se pourra qu’un individu (ou une minorité) polarise l’appétit de violence.

 

Que cette polarisation s’amorce, et par un effet boule de neige, elle s’emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique (ou une minorité).

 

Ainsi la violence à son paroxysme aura tendance à se focaliser sur une victime et l’unanimité à se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme l’origine de la crise et la responsable de ce miracle de la paix retrouvée – par une sorte de « plus jamais ça ». Elle devient sacrée, c'est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux selon Girard, du sacrifice rituel comme répétition de l’événement violent fondateur.

 

Si les explorateurs et ethnologues n’ont pu être les témoins de semblables faits fondateurs des rites, qui peuvent remonter à la nuit des temps, les preuves indirectes abondent, comme l’universalité du sacrifice rituel dans toutes les communautés humaines et les innombrables mythes les expliquant qui ont été recueillis chez les peuples les plus divers.

 

*

 

Cela a très souvent concerné les juifs, en tant que minorité – pas eux seuls, eux très souvent. Un événement déclencheur et un massacre qui ne peut plus s’arrêter !

 

Phénomène similaire à des époques très récentes, du Rwanda à l’ex-Yougoslavie.

 

Mais l’illégitimité de cette violence va déboucher sur une sorte de réhabilitation des victimes. Pour un « plus jamais ça ».

 

« Plus jamais ça » ! Eh bien c’est précisément ce cycle infernal vers un « plus jamais ça » que les sacrifices rituels mettent entre parenthèse tandis que Jésus y met fin en ne s’y prêtant pas, en ne répliquant pas, en mourant, donc.

 

Une seule solution contre le cycle sans fin de la violence : le pardon, déjà dans nos relations quotidiennes. Ce qui suppose l’acceptation de la violence contre soi — pour la stopper. Jésus acceptant la croix : c’est là sa mission. Peu dans l’histoire ont compris cela, même après Jésus.

 

Jésus est venu pour mettre fin à un cycle infernal qui est tout simplement ce qui empêche l’avènement du Royaume : il est venu stopper le cycle de la violence qui empêche la venue du Royaume.

 

Il se fait lui-même, qui est innocent, la victime qui met fin aux sacrifices par lesquels on détournait provisoirement la violence. Voilà ce que dit, en ses termes à elle, l’Épître aux Hébreux.

 

*

 

Voilà aussi qui donne tout un sens au dernier repas de Jésus, où il annonce sa mort, dans un geste qui fait de sa mort le dernier sacrifice que nous commémorons, pour la guérison de nos mémoires, jusqu’à ce qu’il vienne instaurer le monde d’où il a banni la violence.

 

Marc 14, 12-26

12  Le premier jour des pains sans levain, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »

13  Et il envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez à la ville ; un homme viendra à votre rencontre, portant une cruche d'eau. Suivez-le

14  et, là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître dit : Où est ma salle, où je vais manger la Pâque avec mes disciples ? ”

15  Et lui vous montrera la pièce du haut, vaste, garnie, toute prête ; c'est là que vous ferez les préparatifs pour nous. »

16  Les disciples partirent et allèrent à la ville. Ils trouvèrent tout comme il leur avait dit et ils préparèrent la Pâque.

17  Le soir venu, il arrive avec les Douze.

18  Pendant qu'ils étaient à table et mangeaient, Jésus dit : « En vérité, je vous le déclare, l'un de vous va me livrer, un qui mange avec moi. »

19  Pris de tristesse, ils se mirent à lui dire l'un après l'autre : « Serait-ce moi ? »

20  Il leur dit : « C'est l'un des Douze, qui plonge la main avec moi dans le plat.

21  Car le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est écrit de lui, mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet homme-là ! »

22  Pendant le repas, il prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »

23  Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous.

24  Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude.

25  En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu. »

26  Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers.

 

 

RP

Vence, 14.06.09

 

 

 

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